Je m'appelle Maximilien et je suis aveugle de naissance. Ma cécité ne m'empêche pas de vivre pleinement mes passions. Je suis massothérapeute et j'adore le sport : ski alpin, voile, marche, vélo en tandem. Je suis aussi passionné par la radio (CB, PMR 446) et la musique, avec des goûts variés allant du blues au rock'n'roll en passant par la chanson française. À travers ce blog, je partage mes aventures et mes découvertes.
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samedi 3 octobre 2026
Le braille en 2026 : dépassé ? Certainement pas !
Salut à toutes et à tous !
En janvier dernier, j’avais publié un article intitulé « Le braille : une écriture essentielle qu’il ne faut pas laisser disparaître ».
J’y expliquais pourquoi, malgré les synthèses vocales, les smartphones et toutes les technologies dont nous disposons aujourd’hui, le braille reste à mes yeux quelque chose d’essentiel.
Mais neuf mois plus tard, j’ai eu envie de revenir sur le sujet d’une autre manière.
Pas pour refaire le même article.
Cette fois, j’ai plutôt envie de vous montrer quelle place le braille occupe réellement dans ma vie en 2026.
Est-ce que je lis des romans entiers en braille ?
Non.
Est-ce que j’utilise encore le braille ?
Oh que oui !
Et pour comprendre pourquoi, il faut remonter presque trente ans en arrière.
Tout a commencé avec… une boîte à œufs !
J’avais environ 6 ou 7 ans et j’étais au CPHV, à Lausanne.
Pour nous apprendre le principe de la cellule braille à six points, on utilisait notamment quelque chose de très sophistiqué, bourré d’électronique et certainement hors de prix…
Une boîte à œufs !
Eh oui.
Six emplacements permettaient de comprendre la disposition des six points d’une cellule braille.
À l’époque, c’est le braille traditionnel à six points que j’apprenais. Le braille informatique ne faisait pas encore partie de mon apprentissage.
Et surtout, je n’imaginais absolument pas qu’une trentaine d’années plus tard, j’utiliserais encore quotidiennement ces fameux petits points devant un ordinateur.
Les PC équipés de JAWS et d’une ligne braille étaient alors encore très peu répandus dans mon environnement. Pour être franc, je ne soupçonnais même pas leur existence.
Puis les années 2000 sont arrivées.
Et avec elles, pour moi, le braille informatique à huit points.
Deux points de plus qui changent beaucoup de choses
Le passage de six à huit points ne m’a pas posé de problème particulier.
Au contraire, les points 7 et 8 sont devenus très rapidement naturels.
Et j’ai découvert quelque chose de particulièrement appréciable : dans certaines situations, le braille informatique permet de gagner du temps à la lecture.
Avec le braille six points, certaines informations nécessitent des cellules supplémentaires. C’est notamment le cas de certaines indications comme les majuscules.
Avec le braille informatique à huit points, on peut intégrer davantage d’informations directement dans la cellule.
Cela peut sembler être un détail.
Sous les doigts, ça ne l’est pas forcément.
Et aujourd’hui, après environ vingt-six ans d’utilisation du braille informatique, les huit points font tout simplement partie de ma manière de travailler.
JAWS ou le braille ? Les deux !
Les synthèses vocales ont fait des progrès considérables.
Je serais bien mal placé pour prétendre le contraire puisque j’utilise JAWS quotidiennement.
Mais il y a une idée avec laquelle je ne suis absolument pas d’accord :
« Maintenant que les ordinateurs parlent, le braille ne sert plus à rien. »
Non.
Chez moi, JAWS et la ligne braille travaillent ensemble.
La synthèse vocale permet d’aller vite, d’entendre immédiatement une information, de naviguer dans les menus, de lire du texte et de faire énormément de choses.
Le braille m’apporte autre chose.
Je peux travailler sur un texte, revenir sur quelque chose que je n’ai pas compris, relire tranquillement un passage ou regarder précisément ce qui est affiché sous mes doigts.
Tiens, encore ce fameux verbe « regarder » !
Comme quoi, même devant une ligne braille, il vient tout naturellement.
Le braille est également très pratique pour repérer certaines coquilles ou erreurs de frappe. Je ne vais pas prétendre qu’il me permet de trouver miraculeusement toutes les fautes d’orthographe : ce serait faux.
Mais une lettre manquante, un caractère en trop ou quelque chose qui semble bizarre peut parfois se repérer beaucoup plus facilement lorsque je l’ai sous les doigts.
Alors non, pour moi, la question n’est pas :
« JAWS ou le braille ? »
C’est :
« JAWS et le braille. »
Enlevez-moi la ligne braille et je pourrai toujours utiliser mon ordinateur.
Mais il me manquera quelque chose.
Je perdrai aussi du temps dans certaines situations.
Et surtout, qu’on ne vienne pas décider à ma place que, puisque la synthèse vocale existe, je n’ai plus besoin du braille.
J’ai déjà suffisamment connu ce genre de raisonnement dans mon parcours pour savoir que je ne suis pas d’accord.
Et lorsque je me fâche tout rouge, paraît-il que cela peut faire quelques dégâts à l’ego de la personne qui se trouve en face !
Quand une cellule commence à rendre l’âme
Ma ligne braille actuelle est une BAUM SuperVario.
Elle m’accompagne depuis longtemps, mais elle commence malheureusement à montrer des signes de fatigue.
Sur la première cellule à gauche, notamment, certains points ne ressortent plus correctement, en particulier les points 5 et 6.
On pourrait penser :
« Bah, ce ne sont que deux petits points ! »
Oui.
Sauf que lorsque vous lisez du braille, un point qui manque peut modifier ce que vous avez sous les doigts.
La lecture devient donc fausse ou beaucoup plus difficile.
Je peux afficher quelque chose d’aussi simple que mon nom et mon prénom et constater immédiatement que la cellule ne restitue plus correctement ce qu’elle devrait afficher.
Et comme BAUM n’existe plus sous cette forme aujourd’hui, il faudra bien que je finisse par remplacer cette ligne.
Voilà aussi ce qu’est le braille en 2026.
Pas une écriture conservée dans une vitrine.
Un véritable outil informatique qui, lorsqu’il tombe en panne, peut gêner mon travail.
Le braille n’est pas seulement derrière mon ordinateur
Si je ne rencontrais le braille que sur ma ligne braille, on pourrait encore penser qu’il s’agit essentiellement d’un outil informatique.
Mais j’en trouve ailleurs.
Prenons les médicaments.
Le nom est généralement inscrit en braille sur les boîtes, et oui, je m’en sers.
Il arrive malheureusement que l’embossage soit trop faible et que les points soient difficiles à lire.
Et il arrive aussi quelque chose de beaucoup plus bête.
La pharmacie ajoute une étiquette…
Et la colle directement sur le braille !
L’accessibilité était là.
Il suffisait simplement de ne pas coller quelque chose dessus.
Parfois, il ne faut vraiment pas grand-chose pour transformer une bonne idée en quelque chose d'inutilisable.
Mes fameux classeurs
À la maison ou pour mes affaires, le braille me sert aussi à identifier des objets.
Et notamment mes fameux classeurs fédéraux.
Petite parenthèse linguistique pour nos amis français : en Suisse, lorsque je parle d’un classeur, je parle notamment de ce gros classeur en carton avec des anneaux à l’intérieur, généralement deux. Le mot n’a donc pas forcément exactement le même usage partout.
Mes classeurs sont étiquetés en braille avec du ruban Dymo.
Pourquoi ?
Parce que je peux faire les étiquettes moi-même et savoir ensuite immédiatement quel classeur j’ai entre les mains.
J’ai également utilisé cette méthode autrefois pour mes boîtiers de CD.
Le problème était que les étiquettes avaient tendance à se décoller.
Et puis, soyons francs : aujourd’hui, les CD sont devenus beaucoup moins présents dans ma vie.
Cet usage du braille a donc pratiquement disparu.
Et c’est justement intéressant.
Le braille n’est pas resté figé pendant que le monde changeait autour de lui.
Certains usages ont disparu.
D’autres sont apparus.
D’autres encore sont toujours là.
À la gare et dans l’ascenseur : oui, je le lis !
Le braille présent dans l’espace public m’est également utile.
Dans une gare, une indication tactile peut par exemple me permettre de vérifier que l’escalier que je m’apprête à prendre conduit bien à la voie 8.
Dans un ascenseur, le braille me permet de savoir quel bouton correspond à quel étage ou lequel indique la sortie.
Ce sont de petites informations.
Mais ce sont justement ces petites informations qui permettent de faire les choses soi-même.
Pas besoin de sortir un téléphone.
Pas besoin d'une application.
Pas besoin de demander :
« Excusez-moi, quel bouton correspond au rez-de-chaussée ? »
Je passe le doigt dessus.
Je lis.
J’appuie.
Terminé.
Et les livres en braille ?
Alors là, je vais peut-être surprendre certains lecteurs.
Je ne lis pas suffisamment vite le braille pour avoir envie de lire des livres entiers de cette manière.
Pour un roman ou une longue lecture, l’audio est beaucoup plus approprié pour moi.
J’utilise également le numérique.
Et je n’y vois aucune contradiction.
Défendre le braille ne signifie pas vouloir tout faire en braille.
L’audio est formidable pour certaines choses.
La synthèse vocale est formidable pour certaines choses.
Le numérique est formidable pour certaines choses.
Et le braille est formidable pour d’autres.
Pourquoi faudrait-il absolument choisir un camp ?
Personnellement, je préfère choisir l’outil qui me convient pour ce que je suis en train de faire.
Une tablette qui fonctionne toujours
J’ai également encore une petite tablette permettant d’écrire du braille manuellement avec un poinçon.
Je l’ai achetée il y a peut-être quinze ou dix-sept ans.
Je ne m’en sers pratiquement plus.
Mais elle est toujours là.
Et surtout, elle pourrait encore servir demain.
Si je rencontre une autre personne aveugle et que je veux lui laisser un numéro de téléphone ou une petite information, je peux parfaitement ressortir ma tablette et écrire quelques mots en braille.
Pas de batterie.
Pas de Bluetooth.
Pas de mise à jour.
Pas de machine qui décide de foutimasser au mauvais moment.
Quelques points, un bout de papier et c’est parti !
J’avais d’ailleurs utilisé le braille sur mes premières cartes de visite professionnelles.
J’y avais inscrit simplement :
« massage »
Et comme je dois refaire des cartes de visite, j’aimerais bien remettre du braille sur les prochaines.
Là encore, quelques points suffisent pour que cette écriture vieille de deux siècles trouve parfaitement sa place dans ma vie professionnelle en 2026.
Alors, le braille va-t-il disparaître ?
Je ne le pense pas.
Il y aura toujours des personnes aveugles qui le liront.
Les outils changeront certainement encore.
Les synthèses vocales continueront à progresser.
Les lignes braille évolueront.
Peut-être utiliserons-nous demain des technologies que nous avons aujourd’hui autant de peine à imaginer que j’en avais, enfant, à imaginer ma ligne braille actuelle.
Mais lorsqu’on ne voit rien, pouvoir lire soi-même une information en braille représente une part importante de l’autonomie.
Pas toute l’autonomie.
Le braille ne fait pas tout.
Mais il permet de travailler, de vérifier une information, d’identifier un médicament, de trouver un étage, de reconnaître un classeur, de lire une indication dans une gare, d’écrire une petite note…
Et surtout, il permet de lire.
Tout simplement.
De la boîte à œufs à la ligne braille
Lorsque j’avais 6 ou 7 ans devant ma boîte à œufs au CPHV, je n’aurais jamais imaginé qu’environ trente ans plus tard je serais devant un ordinateur avec JAWS et une ligne braille sous les doigts.
Je ne pouvais pas l’imaginer.
Je ne soupçonnais même pas réellement l’existence de ce genre de matériel.
Depuis, les ordinateurs ont changé.
Les téléphones ont changé.
Les synthèses vocales ont énormément progressé.
Le braille à huit points est entré dans mon quotidien.
Les CD que j’étiquetais autrefois ont pratiquement disparu.
Ma vieille SuperVario commence elle-même à avoir quelques points qui ne veulent plus sortir.
Bref, le monde technologique a sacrément bougé.
Et pourtant…
Sous mes doigts, il y a toujours des points.
La boîte à œufs de mon enfance a disparu depuis longtemps.
Le braille, lui, est toujours là.
Et vous ?
Si vous êtes aveugle ou malvoyant, quelle place le braille occupe-t-il aujourd’hui dans votre vie ? L’utilisez-vous sur papier, avec une ligne braille, pour vous orienter, pour travailler ou seulement dans certaines situations ?
Et si vous êtes voyant, imaginiez-vous que le braille puisse encore servir quotidiennement dans autant de situations en 2026 ?
N’hésitez pas à réagir directement sous cet article ou dans les groupes où il sera partagé. Vos expériences, vos désaccords et vos propres usages sont les bienvenus.
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Pour retrouver ma première réflexion sur le sujet, publiée le 20 janvier 2026 :
« Le braille : une écriture essentielle qu’il ne faut pas laisser disparaître »
https://blindpower.blogspot.com/2026/01/le-braille-une-ecriture-essentielle.html
À bientôt pour un prochain article !
Aveugle mais capable !
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