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mercredi 13 novembre 2024

L’histoire de la radio : des premières transmissions à nos jours

Salut à tous !** Vous le savez peut-être déjà si vous suivez ce blog depuis quelque temps : **la radio et moi, c’est une assez longue histoire**. Pourtant, mon premier véritable poste CB n’est arrivé qu’en 2022. Alors pourquoi parler d’une longue histoire ? Parce qu’en réalité, mes premiers souvenirs de radio remontent à mon enfance. Bien avant mes premiers QSO, bien avant la CB, le PMR446 ou la VHF, il y avait déjà les émissions écoutées au petit-déjeuner, la radio dans la voiture, les communications des taxis qui m’emmenaient à l’école et, un peu plus tard, les premiers talkies-walkies avec lesquels nous jouions avec ma sœur. Mais avant de raconter tout cela, remontons encore beaucoup plus loin. Car bien avant nos petits portatifs, nos postes CB, nos VHF ou nos radios numériques, il a fallu réussir quelque chose qui paraissait presque fou : **transmettre une information à distance sans aucun fil entre celui qui l’envoyait et celui qui la recevait.** Et c’est par là que commence notre histoire. ## La radio : une invention devenue presque banale La radio fait tellement partie de notre quotidien qu’on oublie facilement à quel point son invention avait quelque chose d’incroyable. Aujourd’hui, nous avons Internet, les smartphones, le Wi-Fi, les réseaux mobiles, les communications par satellite et quantité de services permettant de joindre quelqu’un presque instantanément à l’autre bout du monde. Pourtant, la radio est toujours là. Elle diffuse nos émissions et notre musique, accompagne nos trajets, permet à des passionnés de discuter entre eux et reste un outil essentiel pour de nombreux professionnels. Elle conserve également une importance considérable pour la sécurité, notamment en mer. Et puis il y a quelque chose de particulier avec la radio : dans sa forme la plus simple, **pas besoin de carte SIM, d’abonnement ou de serveur quelque part à l’autre bout du monde**. Deux appareils compatibles, une fréquence commune, une portée suffisante : on appuie sur le PTT et on parle. Mais nous y reviendrons. Avant de parler de CB, de PMR446, de VHF, de DAB+ ou encore de communications numériques, revenons à une époque où réussir à envoyer un simple signal sans fil sur quelques kilomètres constituait déjà un exploit. ## Mes premiers souvenirs de radio Pour moi, évidemment, cette histoire commence beaucoup plus tard. Quand j’étais enfant, chez mes parents, **la radio accompagnait notamment le petit-déjeuner**. Nous écoutions ce qui s’appelait encore Radio Suisse Romande La Première, devenue depuis RTS La Première. Je me souviens de certaines émissions, notamment *Le Petit Déjeuner de Patrick Ferla*, mais aussi des *Dicodeurs*, des informations, des chroniques et de toutes ces voix qui accompagnaient le début de la journée. Il y a même une annonce qui m’est restée en mémoire : > « Radio Suisse Romande La Première, les informations, à Lausanne sur 94,8. » Ce sont de toutes petites choses, mais certaines phrases entendues des centaines de fois finissent par rester quelque part dans un coin de la mémoire. À la maison, nous avions un poste posé au sol dans le salon. Notre appartement avait une mezzanine et le salon se trouvait cinq marches plus haut, mais le poste restait accessible et je pouvais le manipuler. Aujourd’hui, je serais bien incapable d’en donner la marque ou le modèle. Au chalet, en revanche, nous avions un petit poste radio-cassette. Plus tard est arrivée une chaîne hi-fi avec radio, CD et cassettes. Ce petit poste du chalet, je l’ai utilisé pendant des années sans savoir quelle était sa marque. Et puis, beaucoup plus tard, pendant des travaux au chalet, j’ai finalement découvert la réponse : **Toshiba !** Le plus amusant, c’est que le machin fonctionne toujours. J’avais donc utilisé pendant des années l’un de mes premiers postes de radio sans même savoir qui l’avait fabriqué ! En voiture aussi, la radio était presque systématiquement allumée. Elle faisait passer le temps : informations, musique, émissions, informations routières… Et les informations trafic, justement, m’ont toujours intéressé. En France, je me souviens notamment des différentes radios autoroutières que l’on retrouvait selon les régions et les réseaux : Trafic FM, Autoroute FM, Autoroute Info… avant les regroupements et évolutions qui ont suivi. Je trouvais — et je trouve toujours — le principe génial : **une radio qui vous accompagne sur la route et vous donne directement les informations utiles au trajet.** Mais dans mon enfance, il existait aussi une autre forme de radio, très différente de la radiodiffusion. ## Les taxis : probablement mes premiers souvenirs de radiocommunication Pour aller à l’école, je prenais le taxi. À l’époque, les taxis lausannois utilisaient encore énormément leur réseau radio. Et forcément, comme j’étais dans la voiture, **j’entendais ce qui se passait sur le réseau**. Au début, les chauffeurs ne répondaient pas nécessairement eux-mêmes. J’entendais surtout la centraliste, avec les bips et le petit coup de PTT à la fin de la transmission. Puis, plus tard, les chauffeurs ont commencé à répondre davantage. Il y avait notamment les taxis officiels de Lausanne de Taxi Phone et leurs fameux indicatifs **Tiki**, suivis d’un numéro. Tiki 4. Tiki 11. Tiki 12. Tiki 22. Tiki 32… Et puis des phrases très simples du genre : > « Bonjour, j’aimerais une voiture à Saint-François… » Pour quelqu’un d’autre, ce n’était peut-être qu’un outil de travail entendu dans un taxi. Moi, ça m’a marqué. Je ne savais évidemment pas encore que, bien des années plus tard, j’allais moi-même prendre un micro, appuyer sur un PTT et lancer des appels sur les ondes. Mais avant d’en arriver là, il faut remonter de plus d’un siècle. ## Avant la radio : le problème du fil Au XIXe siècle, la télégraphie permet déjà quelque chose d’extraordinaire : transmettre rapidement des informations sur de grandes distances. Mais elle possède une contrainte évidente : **il faut relier physiquement les deux extrémités.** Des fils, des poteaux et des câbles constituent le réseau. Même les océans finissent par être traversés par des câbles télégraphiques sous-marins. Seulement voilà : **un navire quitte le port.** Et derrière lui, il n’y a évidemment aucun câble. Comment communiquer avec un bateau qui s’éloigne ? Comment relier deux points lorsqu’il est impossible, peu pratique ou beaucoup trop coûteux de tirer une ligne entre eux ? Les travaux menés au XIXe siècle sur l’électricité, le magnétisme et les ondes électromagnétiques vont progressivement permettre de trouver une réponse. ## Des expériences scientifiques à la télégraphie sans fil Il serait faux de dire qu’un beau matin une seule personne s’est levée et a « inventé la radio ». Cette histoire est faite de nombreux travaux successifs. James Clerk Maxwell avait établi théoriquement l’existence des ondes électromagnétiques. Heinrich Hertz parvient ensuite à les produire et à les détecter expérimentalement, confirmant ainsi certaines des prédictions de Maxwell. Mais produire des ondes dans le cadre d’une expérience scientifique est une chose. S’en servir pour **transmettre volontairement une information à distance** en est une autre. C’est là qu’intervient notamment **Guglielmo Marconi**. Et une petite correction s’impose par rapport à la première version de cet article : j’avais parlé des « frères Marconi ». Non. Il faut parler ici de **Guglielmo Marconi**. À partir de 1894-1895, il expérimente différents dispositifs permettant d’émettre et de recevoir des signaux sans liaison filaire. Ses travaux vont progressivement augmenter la distance à laquelle il est possible de communiquer. En 1896, il dépose en Grande-Bretagne un brevet concernant son système de télégraphie sans fil. Puis les distances augmentent encore. En 1899, des communications sans fil traversent la Manche. Et en décembre **1901** vient l’une des expériences les plus célèbres de cette histoire : un signal envoyé depuis Poldhu, en Cornouailles, est reçu à Terre-Neuve, de l’autre côté de l’Atlantique. Le message n’est pas un long discours. C’est simplement la lettre **S en Morse** : **trois points.** Mais il faut essayer de se replacer dans le contexte. Aujourd’hui, envoyer un message de l’Europe vers l’Amérique est d’une banalité absolue. À l’époque, recevoir sans fil un signal envoyé depuis l’autre côté de l’Atlantique, c’est complètement autre chose. Marconi recevra en **1909**, avec Karl Ferdinand Braun, le prix Nobel de physique pour leurs contributions au développement de la télégraphie sans fil. ## Le Morse : quand la radio faisait surtout des « bips » Pas question encore de prendre un microphone et de dire : > « Bonjour, est-ce que vous me recevez ? » Les premiers systèmes pratiques de radiocommunication transmettent essentiellement de la **télégraphie**. L’opérateur utilise une clé télégraphique. Des signaux courts et longs permettent de représenter les différents caractères du code Morse. À l’autre extrémité, il faut quelqu’un capable de les reconnaître et de reconstruire le message. Et cela signifie quelque chose d’important : **l’opérateur humain fait véritablement partie du système de communication**. Il écoute. Il reconnaît les caractères. Il note. Il transmet. Il répond. Le Morse mérite d’ailleurs beaucoup mieux que la petite phrase que je lui consacrais dans la première version de cet article. Personnellement, je ne sais pas encore le décoder. Je connais évidemment le plus célèbre : **SOS : trois points, trois traits, trois points.** **··· ——— ···** Et je dois avouer que j’aimerais bien apprendre un jour à reconnaître à l’oreille quelques lettres, chiffres ou groupes simples. Parce que finalement, le principe est fascinant : **avec seulement des signaux courts et longs, on peut transmettre un véritable message.** Une précision historique est toutefois importante : contrairement à une idée assez répandue, SOS n’est pas né lors du naufrage du Titanic. Le signal avait déjà été adopté internationalement auparavant, dans le contexte des premières réglementations de radiotélégraphie sans fil. Le Titanic va cependant donner à la radio maritime une importance particulièrement tragique. ## Quand la radio prend la mer La marine est l’un des domaines dans lesquels la télégraphie sans fil trouve très rapidement une utilité évidente. Sur terre, lorsqu’une ligne télégraphique existe, elle peut transporter les messages. Mais un bateau quitte le port et s’éloigne. Avant la radio, maintenir un lien avec lui devient autrement plus compliqué. La télégraphie sans fil change la situation : **un navire peut désormais communiquer avec la terre ou avec d’autres navires sans être relié physiquement à eux.** Des installations apparaissent donc progressivement à bord des navires et des stations côtières sont mises en service. Et derrière les appareils se trouvent des opérateurs spécialisés. Ils ne sont pas là pour discuter de la pluie et du beau temps : la radio peut transporter des informations commerciales, des messages personnels, des informations utiles à la navigation et, surtout, **des appels de détresse**. Quelques années seulement après les premières expériences de Marconi, la radio commence déjà à montrer qu’elle peut sauver des vies. ## 1912 : le Titanic Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, le Titanic heurte un iceberg dans l’Atlantique Nord. À bord se trouve une installation de télégraphie sans fil Marconi ainsi que des opérateurs capables de communiquer avec d’autres stations. Lorsque la situation devient critique, la radio permet d’envoyer des appels de détresse. Il ne faut pas réécrire l’histoire en affirmant que le naufrage du Titanic a « inventé » la sécurité radio maritime. Des systèmes, des procédures et même SOS existaient déjà. En revanche, la catastrophe démontre de manière terrible **ce que représente une liaison radio lorsqu’un navire se retrouve en détresse au milieu de l’océan**. Le naufrage contribue fortement aux réflexions internationales qui conduiront notamment à l’adoption, en **1914**, de la première convention internationale SOLAS, *Safety of Life at Sea*. La Première Guerre mondiale empêchera cette première convention d’entrer en vigueur comme prévu, mais le mouvement est lancé. La radio maritime n’est définitivement plus une simple curiosité technologique. Elle devient progressivement **un véritable élément de sécurité**. Et plus d’un siècle après, lorsque j’écoute aujourd’hui une VHF marine et que j’entends : **« Sécurité, sécurité, sécurité… »** ou un **PAN PAN**, voire un **MAYDAY**, il existe finalement un lien étonnant avec ces premiers opérateurs qui tendaient l’oreille devant leurs appareils de télégraphie. Les technologies ont radicalement changé. Mais le besoin fondamental reste le même : **appeler, être entendu et transmettre correctement une information lorsque cela compte vraiment.** ## Et puis la radio se met à parler Seulement, il manque encore quelque chose. **Une voix.** Jusqu’ici, notre opérateur ne peut toujours pas simplement prendre un microphone et parler. Et quand on y pense, le passage de la télégraphie à la radiotéléphonie représente une évolution énorme. Avant : **bip, bip, biiip…** Il faut connaître un code. Puis arrive progressivement quelque chose qui paraît complètement banal aujourd’hui : quelqu’un parle dans un microphone et, à des kilomètres de là, **sa voix ressort dans un écouteur ou un haut-parleur**. Quand même ! Dès le début du XXe siècle, des chercheurs travaillent à la transmission sans fil de la parole. **Reginald Fessenden** fait notamment partie des pionniers de ces expérimentations et réalise dès 1900 des essais de transmission de la voix par radio. La technique continuera évidemment à évoluer. Sans entrer ici dans un cours complet d’électronique, le principe peut être résumé assez simplement : le microphone transforme les variations produites par la voix en signal électrique. Celui-ci sert à modifier, ou **moduler**, une onde porteuse. L’émetteur envoie le tout par l’antenne. À l’autre bout, le récepteur récupère le signal, le démodule et permet au haut-parleur de restituer le son. Dit comme cela, tout paraît presque évident. Mais il faut revenir à l’époque. On était passé de : **« J’envoie des impulsions que quelqu’un doit décoder »** à : **« Je parle, et vous entendez ma voix. »** C’est une révolution. La radiotéléphonie va progressivement prendre une place considérable dans les communications maritimes et professionnelles. Mais pendant ce temps, une autre idée apparaît. Et si, au lieu d’utiliser la radio uniquement pour qu’une station communique avec une autre, **une station émettait un programme destiné à tous ceux qui veulent l’écouter ?** Informations. Paroles. Musique. Divertissement. La radio allait bientôt faire quelque chose qui allait profondément transformer son histoire : **entrer dans les foyers.** Et là, nous allons pouvoir revenir à ce vieux poste dans mon salon, au petit-déjeuner avec La Première, à Option Musique sur **765 kHz** et à toutes ces voix qui ont accompagné une partie de mon enfance. Parce qu’après avoir appris à transmettre des messages puis à transporter la voix, **la radio allait devenir un média de masse**. Et cette histoire-là, je l’ai moi-même un peu vécue. Après avoir appris à transmettre quelques signaux, puis des messages en Morse et enfin la voix humaine, la radio allait connaître une nouvelle transformation. Jusque-là, nous avons surtout parlé de radiocommunication : une station cherche à transmettre quelque chose à une autre station. Mais que se passe-t-il lorsqu’une station ne cherche plus à parler à un correspondant précis et commence à émettre pour tous ceux qui veulent bien l’écouter ? La radio devient alors radiodiffusion. Et c’est là qu’elle va véritablement entrer dans les foyers. De la radiocommunication à la radiodiffusion Au début du XXe siècle, les expériences de transmission de la voix et de la musique se multiplient. Il faudra encore du temps pour voir apparaître une radiodiffusion régulière telle que nous la connaissons, mais l’idée est désormais là : grâce à un émetteur suffisamment puissant, un même programme peut être reçu simultanément par une multitude d’auditeurs. C’est un changement considérable. Avec la télégraphie sans fil, il fallait notamment des opérateurs formés capables de comprendre le Morse. Avec la radiotéléphonie, deux correspondants peuvent directement se parler. Avec la radiodiffusion, l’auditeur n’a même plus besoin d’émettre. Il lui suffit d’avoir un récepteur. On allume le poste, on cherche la bonne fréquence et une voix arrive. Puis de la musique. Des informations. Des reportages. Des feuilletons. Des émissions sportives. Des débats. La radio devient progressivement un média de masse et prend place dans les maisons, les commerces, les ateliers et les voitures. Et cette forme de radio-là, contrairement à la TSF des pionniers, je l’ai évidemment connue personnellement. La Première au petit-déjeuner Comme je le racontais dans la première partie, l’un de mes souvenirs les plus anciens est celui de la radio au petit-déjeuner. Chez mes parents, nous écoutions beaucoup Radio Suisse Romande La Première, devenue aujourd’hui RTS La Première. La radio faisait partie du matin. Il y avait les informations, les chroniques, les émissions, les animateurs dont on finit par reconnaître immédiatement la voix. Je me souviens notamment du Petit Déjeuner de Patrick Ferla, mais également des Dicodeurs. Et puis cette annonce qui m’est restée : « Radio Suisse Romande La Première, les informations, à Lausanne sur 94,8. » La radio n’était donc pas seulement quelque chose qu’on décidait exceptionnellement d’écouter. Elle rythmait une partie de la journée. Petit-déjeuner : radio. En voiture : radio. Et forcément, lorsqu’on grandit avec cela, certaines voix, certains jingles ou certaines fréquences finissent par faire partie des souvenirs. AM, FM : derrière les lettres, deux sons différents Pendant une bonne partie de l’histoire de la radiodiffusion, les auditeurs ont connu différentes manières de transmettre les programmes. Parmi les plus célèbres se trouvent évidemment l’AM, modulation d’amplitude, et la FM, modulation de fréquence. Sans transformer cet article en cours d’électronique, la différence fondamentale se trouve dans la manière dont l’information sonore vient modifier l’onde porteuse. En AM, c’est principalement son amplitude qui varie en fonction du signal à transmettre. En FM, c’est sa fréquence qui varie. Pour l’auditeur, les conséquences sont beaucoup plus faciles à percevoir que les équations qui se cachent derrière. L’AM est notamment plus sensible à certains parasites. Il y a ce souffle, ces craquements, ces perturbations et parfois ces variations qui font partie de son identité sonore. La FM a permis une réception généralement beaucoup plus propre, particulièrement appréciable pour la musique. Pour autant, je n’ai pas personnellement vécu l’arrivée de la FM comme une révolution soudaine. Quand j’étais enfant, elle était déjà largement installée. La Première et les autres stations que nous écoutions étaient déjà disponibles en FM. AM et FM ont néanmoins coexisté dans mon univers radiophonique. Et il y a une fréquence dont je me souviens encore très bien : 765 kHz. Option Musique sur 765 kHz Option Musique est une station relativement jeune comparée à toute l’histoire que nous venons de raconter. Elle est lancée par la Radio Suisse Romande en 1994. Et pendant une partie de son histoire, elle a notamment été diffusée en ondes moyennes sur 765 kHz, depuis l’émetteur de Sottens. C’est comme cela que je l’ai connue également. Il y avait quelque chose de très caractéristique dans cette écoute en AM. Le son n’était évidemment pas celui que nous obtenons aujourd’hui en numérique. Il pouvait y avoir du souffle et des parasites. Mais c’était de la radio. Et l’AM n’a d’ailleurs pas complètement disparu de ma vie. Des années plus tard, je la retrouverai dans un univers complètement différent : la CB. Il m’arrive encore aujourd’hui de faire un peu d’AM, et j’ai notamment réalisé un QSO avec Didier, à Saint-Quentin dans l’Aisne, sur le fameux canal 19 AM. D’un côté, donc, un souvenir d’enfant : Option Musique, 765 kHz. De l’autre, des années plus tard : un correspondant qui sort du souffle sur le 19 AM. La technologie est la même famille de modulation, mais l’usage n’a plus rien à voir. Et j’avoue que le son analogique conserve pour moi un certain charme. Du poste de radio à la chaîne hi-fi La radio, à cette époque, était aussi un objet. Aujourd’hui, on peut lancer une station depuis un téléphone, une enceinte connectée, un ordinateur ou une application. On ne pense même plus forcément au récepteur. Pendant mon enfance, le poste de radio avait une présence beaucoup plus évidente. À la maison, il y avait ce fameux poste posé au sol dans le salon dont je serais incapable aujourd’hui de retrouver la marque. Au chalet, nous avions le petit radio-cassette Toshiba dont j’ai découvert la marque beaucoup plus tard. Et puis nous avons installé une chaîne hi-fi. Elle réunissait plusieurs mondes qui paraissent presque rétro aujourd’hui : la radio, les cassettes et les CD. On choisissait la source, on manipulait de vraies commandes et on écoutait. Ce rapport physique aux appareils n’est d’ailleurs pas complètement étranger à ce que j’apprécie aujourd’hui dans les radiocommunications. J’aime prendre un vrai poste dans la main. J’aime avoir de vrais boutons. Un potentiomètre. Un PTT. Une antenne. Un haut-parleur. On allume, on règle et on écoute. Cela peut sembler être un détail, mais nous verrons plus tard que, pour moi qui suis aveugle, la présence de commandes physiques bien conçues est également une véritable question d’accessibilité. La radio en voiture : bien plus que de la musique Un autre endroit où la radio était presque incontournable était évidemment la voiture. Chez nous, elle était pratiquement toujours allumée. Et pourquoi pas ? Un trajet peut être long. La radio le fait passer autrement. On écoute de la musique. Une émission. Les informations. Une chronique. Du sport. Et puis il y a les informations routières. Ça, j’ai toujours trouvé ça génial. On est précisément en train de circuler et la radio nous annonce qu’un accident s’est produit plus loin, qu’un bouchon se forme, qu’une route est fermée ou qu’un événement perturbe le trafic. L’information entendue n’est pas abstraite. Elle concerne potentiellement la route sur laquelle on se trouve. Les radios d’autoroute et le fameux 107,7 Lors de nos trajets en France, j’ai connu différentes radios autoroutières. Les noms ont évolué et plusieurs réseaux ont existé : Autoroute FM, Trafic FM, Radio Trafic, Autoroute Info, puis différents regroupements ont eu lieu au fil du temps. Aujourd’hui, on connaît notamment Radio VINCI Autoroutes sur 107,7 MHz. Le principe du 107,7 est particulièrement adapté à l’autoroute : le réseau utilise une succession d’émetteurs permettant de couvrir les axes concernés et de diffuser une information destinée directement aux automobilistes qui les empruntent. Je ne saurais pas vraiment dire pourquoi ces radios m’ont toujours intéressé. Ce n’est même pas nécessairement parce que leur fonctionnement technique serait extraordinairement spectaculaire. Je trouve simplement le concept génial. Vous roulez. La radio vous accompagne. Et lorsqu’il se passe quelque chose sur votre trajet, elle peut vous le dire. C’est simple, direct et utile. Et cette notion de radio utile va revenir plusieurs fois dans notre histoire. Car la radio ne sert pas uniquement à diffuser de la musique ou des émissions. Elle sert également à travailler. Quand les professionnels prennent le micro De nombreux métiers ont utilisé — et utilisent encore — des réseaux radio. Police, secours, transports, entreprises, sécurité, taxis… Je n’ai pas particulièrement de grands souvenirs d’enfance des communications des policiers ou des pompiers. Les policiers utilisent souvent leurs moyens de communication de façon suffisamment discrète pour que le public n’ait pas à entendre ce qui se dit, et heureusement nous n’avons pas besoin d’entendre quotidiennement les pompiers travailler ! Il m’est arrivé d’entendre ponctuellement des communications destinées aux conducteurs dans les bus des Transports publics de la région lausannoise, mais cela restait assez rare. Les taxis, en revanche, c’était une autre histoire. « Tiki 30, occupé Caserne » À l’époque où j’allais à l’école en taxi, le réseau radio était véritablement vivant. La centrale attribuait les courses. Un indicatif identifiait la voiture. Le chauffeur répondait. On indiquait sa situation. Et tout cela s’entendait. J’ai encore en tête ce genre de formulation : « Tiki 30, occupé Caserne. » Quelques mots. Pas besoin d’un roman. Le correspondant sait qui parle et comprend immédiatement l’information. Au début, dans mes souvenirs, les chauffeurs répondaient peu ou pas directement et la centraliste occupait énormément l’antenne. Il y avait les bips, puis le bruit caractéristique de la fin de transmission. Plus tard, j’ai davantage entendu les chauffeurs répondre eux-mêmes. Et les indicatifs sont restés dans ma mémoire : Tiki 4, Tiki 11, Tiki 12, Tiki 22, Tiki 32… C’est peut-être là que j’ai découvert, sans connaître encore le vocabulaire, quelque chose qui deviendra beaucoup plus tard naturel pour moi : un indicatif permet de savoir immédiatement qui est en fréquence. Aujourd’hui, lorsque je lance : « Appel en fréquence, appel en fréquence, appel en fréquence, ici Léman 69… » le contexte n’a évidemment rien à voir. Mais le principe d’une identité radio, lui, m’était familier depuis longtemps. Quand l’ordinateur remplace une partie des voix Puis les taxis se sont modernisés. À partir des années 2000, les systèmes informatiques et les transmissions de données ont progressivement pris davantage de place. Les courses pouvaient être envoyées directement vers les équipements des véhicules et la localisation pouvait être assurée électroniquement. C’est certainement beaucoup plus efficace. Mais à mes oreilles, quelque chose s’est perdu. Il y avait moins de : « Tiki 30, occupé Caserne. » Moins de voix. Moins d’échanges. Quelque chose de plus impersonnel. Plus efficace, peut-être. Mais franchement moins vivant. Et avec ma sœur, nous avons eu une idée. Puisque cette radio des taxis disparaissait progressivement… nous allions la recréer. Ma sœur, moi… et notre centrale de taxis Avant cela, nous avions déjà eu de petits talkies-walkies. Mes tout premiers étaient extrêmement simples : deux canaux, et on ne pouvait même pas réellement choisir autre chose. Plus tard, nous en avons eu avec trois canaux. Et évidemment, avec deux radios entre les mains, il fallait bien inventer quelque chose. Nous jouions notamment au taxi et à la police. Puis sont arrivés des appareils plus sérieux. Mon père avait acheté des talkies-walkies, notamment pour pouvoir les utiliser sur l’eau lorsque ma sœur faisait des régates en Optimist puis en 420. Je me souviens notamment de petits appareils gris, appartenant à cette première génération de PMR446 à huit canaux. Et là, notre réseau de taxis pouvait devenir beaucoup plus intéressant. Je pouvais grimper dans un arbre et installer ma « centrale » là-haut. Ma sœur restait au sol et jouait les chauffeurs. Et nous recréions à notre manière ce réseau que j’avais entendu pendant des années dans les vrais taxis. Aujourd’hui, ça me fait sourire. Mais avec le recul, je me dis qu’il y avait déjà absolument tout : un poste radio ; un canal ; une centrale ; des mobiles ; des appels ; des réponses ; et surtout le plaisir de communiquer directement par radio. Je n’avais pas encore de CB. Je ne savais pas ce qu’était un QSO. Je ne connaissais ni les 73, ni le DX, ni les subtilités de la propagation. Mais la graine était manifestement déjà là. Et parfois, quelqu’un répond vraiment Il y a d’ailleurs un autre souvenir de cette époque. Un jour, probablement autour de l’année 2000 sans que je puisse donner aujourd’hui une date précise, j’étais dans ma chambre avec l’un de ces petits talkies-walkies. À l’époque, j’étais intégré à Pully et fréquentais une école ordinaire. Et soudain, je suis tombé sur quelqu’un que je connaissais. Nous avons discuté pendant peut-être deux ou trois minutes. Rien d’extraordinaire en apparence. Mais avec un petit portatif, depuis sa chambre, découvrir qu’une autre personne est là, vous entend et vous répond… ça fait quelque chose. Bien des années plus tard, lorsque je répondrai pour la première fois à un appel CB sans savoir si mon correspondant allait m’entendre, je retrouverai exactement ce petit frisson. Parce que c’est probablement cela qui distingue le plus la radiocommunication de la radiodiffusion. Avec la radiodiffusion, on écoute quelqu’un qui ne sait pas personnellement que nous sommes là. Avec la radiocommunication, on appuie sur le PTT… on parle… on relâche… on écoute… et soudain : quelqu’un répond. Saint-Lys Radio : quand la terre répondait aux navires Et justement, avant de revenir à mes propres aventures avec des petits portatifs, il faut raconter une histoire beaucoup plus grande. Car pendant des décennies, des marins au milieu des océans ont eux aussi appelé une station en espérant entendre une réponse. En France, un nom est devenu mythique dans l’histoire des radiocommunications maritimes : Saint-Lys Radio. Le centre radiomaritime de Saint-Lys, près de Toulouse, entre en service en 1948. Pendant cinquante ans, jusqu’en 1998, ses installations vont permettre d’établir des communications avec des navires parfois situés à des milliers de kilomètres. Et là, nous retrouvons quelque chose d’extraordinaire. Imaginez un navire en pleine mer. Pas de réseau mobile. Pas de WhatsApp. Pas de fibre optique, évidemment. Pendant longtemps, même les communications par satellite n’existent pas. Pourtant, grâce à la radio en ondes courtes et à toute l’infrastructure terrestre située derrière, ce navire peut établir un lien avec la terre. Saint-Lys Radio devient l’un de ces grands ponts invisibles entre les marins et le continent. Une voix au milieu de l’océan Saint-Lys Radio ne servait pas simplement à diffuser un bulletin que les navires écoutaient passivement. La station assurait de véritables radiocommunications maritimes. Un navire pouvait entrer en contact avec Saint-Lys et, selon les services et les époques, être mis en relation avec le réseau téléphonique terrestre, transmettre ou recevoir des messages et obtenir différentes informations utiles. Et derrière la technique, encore une fois, il y avait des opérateurs humains. Un marin appelait. Quelqu’un répondait. La communication était établie. Cela peut sembler très lourd aujourd’hui, alors que l’on sort simplement un téléphone satellite ou que l’on utilise des systèmes de communication numériques. Mais pendant des décennies, ce système constituait un lien extrêmement précieux avec la terre. Et parfois, ce lien pouvait devenir beaucoup plus important qu’une simple conversation. Quand la radio devient un lien médical Toulouse occupe encore aujourd’hui une place particulière dans l’assistance médicale maritime française. Le Centre de consultation médicale maritime, le CCMM, est intégré au SAMU 31 du CHU de Toulouse. Son implantation toulousaine est historiquement liée à la présence de Saint-Lys Radio à proximité. Depuis 1983, le CCMM assure officiellement la consultation et l’assistance télémédicales destinées aux navires en mer. Et là, on comprend immédiatement pourquoi la radiocommunication maritime ne doit jamais être réduite à un simple gadget. Un marin tombe malade. Quelqu’un se blesse. Le navire se trouve loin des côtes. Il n’y a évidemment pas un service d’urgences au coin de la rue. Pouvoir établir une communication avec la terre permet d’obtenir un avis médical et une aide à la décision : soins à réaliser à bord, surveillance, nécessité éventuelle d’une évacuation ou d’un déroutement… Derrière la voix reçue par radio peut donc se trouver tout un dispositif terrestre. C’est précisément ce genre d’histoire qui explique pourquoi Saint-Lys Radio m’intéresse autant. 1948-1998 : cinquante années, puis le silence Saint-Lys Radio va fonctionner pendant cinquante ans. Mais pendant ces cinquante années, les télécommunications évoluent à une vitesse phénoménale. Les satellites arrivent. Les communications maritimes par satellite se développent. Inmarsat prend une place croissante. Les systèmes de détresse et de sécurité évoluent eux aussi vers ce qui deviendra le SMDSM, ou GMDSS en anglais : le Système mondial de détresse et de sécurité en mer. Le principe change progressivement. Une partie des communications qui nécessitaient autrefois de passer par de grandes stations côtières et leurs opérateurs peut désormais être assurée autrement, avec des systèmes automatisés et satellitaires. Saint-Lys Radio finit donc par fermer en janvier 1998. On pourrait résumer cela froidement en écrivant : « La station est devenue obsolète à cause des satellites. » Mais je trouve cette formulation presque injuste. Pendant cinquante ans, cette station a rempli exactement la mission pour laquelle elle avait été créée. Puis le monde a changé. La radio n’est pas morte. La manière de communiquer a changé. Et cette histoire se répète constamment. Le Morse n’a pas empêché l’arrivée de la voix. La voix n’a pas fait disparaître immédiatement le Morse. L’AM n’a pas disparu le jour où la FM est arrivée. La FM n’a pas cessé d’exister lorsque le numérique est apparu. Et les satellites n’ont pas fait disparaître la VHF marine. Les technologies se chevauchent, certaines reculent, d’autres trouvent de nouveaux usages. De l’AM et de la FM au numérique La radiodiffusion a elle aussi poursuivi son évolution. Après les ondes longues, moyennes et courtes et le développement massif de la FM, la diffusion numérique terrestre a pris une place de plus en plus importante. En Suisse, nous connaissons aujourd’hui surtout le DAB+. Et personnellement, c’est désormais essentiellement comme cela que j’écoute la radiodiffusion. Le souffle d’une station analogique mal reçue disparaît : lorsque la réception numérique est suffisante, le son reste propre. Lorsque les conditions deviennent trop mauvaises, en revanche, le numérique ne se dégrade pas exactement comme l’analogique : il peut commencer à produire des coupures ou finir par disparaître. Ce n’est donc pas forcément « mieux » dans toutes les situations. C’est différent. Et malgré toutes ces évolutions techniques, ce que j’attends de la radio n’a finalement pas tellement changé. Pourquoi écouter encore la radio quand on peut tout choisir ? Aujourd’hui, je pourrais très bien prendre un service de musique à la demande et décider exactement ce que je veux écouter. Pourtant, j’aime toujours la radio. Pourquoi ? Pour la spontanéité. Parce qu’on ne sait pas nécessairement quelle musique va arriver. Parce qu’un animateur intervient. Parce qu’une chronique commence. Parce qu’un bulletin d’information vient interrompre le programme. Parce qu’il y a du direct. Et le direct possède quelque chose qu’une playlist n’aura jamais. Je suis notamment le hockey sur glace et le Lausanne HC. Pour cela, le streaming est aujourd’hui souvent plus pratique que de chercher une diffusion DAB+ correspondant exactement à ce que je veux suivre. Mais ce que je cherche reste du direct. La technologie qui transporte le son change. L’envie d’entendre ce qui se passe maintenant, elle, reste la même. De l’auditeur à l’opérateur Pendant longtemps, ma relation à la radio a donc surtout été celle d’un auditeur. La Première. Option Musique. Les informations. Les radios autoroutières. Les communications des taxis. Les petits talkies-walkies. Puis il y a eu une longue période pendant laquelle la radiocommunication est restée plutôt en arrière-plan. J’aimais toujours la radio, mais je n’étais pas encore réellement devenu opérateur. Et puis, en 2022, quelque chose s’est produit. En regardant des vidéos consacrées à la CB, je suis tombé sur la chaîne de Dundee 33. Il enregistrait ses contacts. Ses QSO. Ses appels. Les stations qui répondaient. Et en l’écoutant, une idée très simple m’est venue : « Mais c’est génial, ce truc ! » Cette fois, je n’avais plus envie de simplement écouter quelqu’un d’autre faire de la radio. J’avais envie d’essayer moi-même. Le 2 juin 2022, je recevais mon premier véritable poste CB portable : un Midland Alan 42. Je ne le savais pas encore, mais quelques mois plus tard, un appel entendu sur les ondes allait suffire à faire basculer la radio d’un intérêt parmi d’autres à un véritable hobby. Le 2 juin 2022, donc, je reçois mon Midland Alan 42. Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, je ne déballe pas le poste pour immédiatement lancer des appels dans tous les sens. Au début, j’écoute. Beaucoup. Et avec le recul, c’était probablement la meilleure chose à faire. Parce que la radio ne consiste pas seulement à connaître la fréquence d’un canal et à savoir appuyer sur un PTT. Il y a aussi une manière de parler, des habitudes, des mots, des indicatifs, des silences et quelques règles de savoir-vivre que l’on apprend beaucoup plus facilement en écoutant ceux qui pratiquent déjà. Mais il y avait un autre problème beaucoup plus terre à terre. Mon Alan 42 était un petit portatif. Et avec sa petite antenne d’origine, depuis chez moi, je ne pouvais évidemment pas faire des miracles. Écouter avant de parler J’entendais malgré tout régulièrement quelques stations. Je me souviens notamment de Galopin 69, du côté de Noville, près de Villeneuve et de l’embouchure du Rhône, sur la partie vaudoise du Léman. Je l’entendais. Mais lui parler était une autre histoire. Avec l’antenne du portatif, je n’avais tout simplement pas les mêmes possibilités qu’avec une véritable antenne extérieure ou une station de base. Alors j’écoutais. Et finalement, cette période d’écoute m’a énormément appris. J’écoutais comment les gens modulaient, comment ils lançaient un appel, comment ils se présentaient, comment ils se passaient le micro et comment une conversation se construisait. Petit à petit, sans vraiment m’en rendre compte, je me suis fabriqué ma propre manière de parler à la radio. Ce principe m’est resté. Aujourd’hui encore, lorsque je découvre un type de réseau que je connais moins, mon premier réflexe est d’écouter. Pas pour copier mot pour mot les autres, mais pour comprendre comment ça fonctionne réellement en fréquence. Parce qu’un manuel vous explique ce que fait le bouton. L’écoute vous apprend ce que font les gens. Et puis, quelqu’un lance un appel Pendant plusieurs mois, je reste donc surtout à l’écoute. Puis arrive le 20 novembre 2022. Je suis en fréquence lorsque j’entends un appel. C’est Kapa 69. Et là, forcément, il faut prendre une décision. Je peux continuer à écouter tranquillement. Ou je peux appuyer sur le PTT. Après tout, j’ai acheté cette radio pour ça. Alors je réponds. Je ne sais absolument pas s’il va m’entendre. Je relâche le PTT. J’écoute. Et… il répond. Ça y est. Mon premier véritable QSO CB. Quand on pratique depuis longtemps, ça paraît peut-être complètement banal. Une station lance un appel, une autre répond, les deux discutent quelques minutes et voilà. Mais la première fois, ce n’est pas tout à fait pareil. Il y a ce petit moment où vous avez parlé dans votre poste sans savoir si votre voix allait réellement arriver quelque part. Puis une autre voix sort du haut-parleur. Quelqu’un vous a entendu. Et il vous répond. Je retrouvais finalement la même sensation que des années auparavant avec mes petits talkies-walkies, lorsque j’avais découvert depuis ma chambre qu’une personne que je connaissais se trouvait elle aussi en fréquence. Sauf que cette fois, ce n’était plus un jeu. J’étais réellement devenu cibiste. Quatre jours plus tard… Évidemment, après ça, difficile de ne pas recommencer. Le 24 novembre, nouveau contact. Cette fois avec Cooper 67, Éric. Et à partir de là, c’était parti. J’avais mis le doigt dans l’engrenage. Enfin, plutôt le doigt sur le PTT. Et ça, manifestement, c’est dangereux. 😄 Quelques mois auparavant, je regardais simplement des vidéos de Dundee 33 en me disant : « Ça a l’air génial. » Maintenant, c’était moi qui lançais des appels et attendais une réponse. La CB venait de passer de quelque chose que je regardais faire par les autres à quelque chose que je pratiquais moi-même. Mais au fait, qu’est-ce que la CB ? Avant de continuer mon histoire, revenons un instant sur ce qu’est exactement la CB. CB signifie Citizens Band, autrement dit « bande des citoyens ». Le principe est assez différent de celui de la radiodiffusion dont nous parlions dans la partie précédente. Avec une station de radiodiffusion, une station émet et une multitude d’auditeurs reçoivent. Avec la CB, les utilisateurs disposent d’émetteurs-récepteurs. On peut donc écouter et parler. Contrairement au radioamateurisme, il n’est pas nécessaire en Suisse de passer un examen pour utiliser la CB dans le cadre réglementaire actuel. Elle est destinée aux radiocommunications privées et non commerciales et peut être utilisée sans concession individuelle. Aujourd’hui, nous disposons de 40 canaux. La puissance autorisée atteint 4 W en FM, 4 W en AM et 12 W PEP en SSB, c’est-à-dire en bande latérale unique. Mais la CB suisse n’a pas toujours été aussi libre. La CB en Suisse : avant, il fallait une concession La CB commence à être officiellement autorisée en Suisse dans les années 1970. À cette époque, il ne suffit pas d’acheter un poste et de commencer à émettre. Il faut une concession. Les possibilités techniques vont ensuite évoluer : nombre de canaux, modes autorisés, puissance… Au début des années 1980, on trouve notamment une configuration suisse à 22 canaux et 0,5 W. Puis, en 1984, arrivent les 40 canaux FM à 4 W. Petit à petit, on se rapproche donc de la CB telle que nous la connaissons aujourd’hui. Et puis vient une étape importante : le 1er janvier 2013, la CB suisse devient exempte de concession. Autrement dit, lorsque j’arrive dans ce monde en 2022, je n’ai plus besoin d’aller demander une concession personnelle à l’administration avant d’appuyer sur mon PTT. J’achète un appareil conforme, je respecte les règles, et je peux pratiquer. La radio conserve néanmoins tout un ensemble de coutumes qui ne figurent pas nécessairement dans un texte de loi. Et c’est là que l’écoute dont je parlais tout à l’heure devient particulièrement utile. Une fréquence n’est pas une conversation privée Lorsque plusieurs personnes utilisent un même canal CB, il faut garder une chose très simple en tête : tout le monde peut écouter. Il ne s’agit pas d’un appel téléphonique privé. Si je parle avec quelqu’un sur un canal et qu’un autre cibiste se trouve dans notre zone de réception, il peut nous entendre. Et s’il souhaite entrer dans la conversation, il doit pouvoir le faire. C’est pour cette raison que laisser des blancs entre certaines transmissions est une bonne habitude. On termine. On relâche le PTT. On laisse un instant. Puis l’autre reprend. Cela donne à une station qui souhaite intervenir la possibilité de se signaler. À l’inverse, il n’y a rien de plus désagréable que quelqu’un qui appuie sur son PTT alors qu’une autre personne est encore en train de parler. On appelle cela écraser la station. Et évidemment, on évite. La règle pourrait presque tenir en trois mots : écouter avant d’émettre. Encore elle. Le canal d’appel n’est pas un salon privé Autre habitude importante : ne pas monopoliser le canal d’appel. Un canal d’appel sert précisément à cela : permettre aux stations de se retrouver. On lance un appel. Quelqu’un répond. Et si la discussion doit durer, l’idéal est de se déplacer sur un autre canal disponible afin de laisser le canal d’appel aux autres. Parce que pendant que deux personnes discutent pendant une heure, quelqu’un d’autre essaie peut-être simplement de lancer son propre appel. Dans les milieux CB que je fréquente en Suisse romande, nous utilisons notamment le canal 4 FM comme canal d’appel. Je précise bien : dans les milieux que je fréquente. Ce n’est pas une règle universelle gravée dans le marbre. Les habitudes varient selon les pays, les régions, les groupes et les époques. En Suisse alémanique, par exemple, d’autres habitudes existent ou ont existé. Et c’est justement l’une des choses intéressantes avec la CB : il existe une réglementation officielle, mais aussi toute une culture radio construite par les utilisateurs. « Appel en fréquence, appel en fréquence… » Il n’existe pas une formule magique obligatoire pour lancer un appel CB. Chacun finit par trouver sa manière de faire. Moi, il peut m’arriver de lancer quelque chose comme : « Appel en fréquence, appel en fréquence, appel en fréquence, ici Léman 69, Léman 69, Léman 69, qui signale présence ? Repasse écoute, parlez. » Ou parfois simplement : « Transmettez. » Ce n’est pas une procédure de détresse maritime. Nous sommes en CB. On peut être beaucoup plus détendu. Une fois la conversation commencée, on peut parler de tout et de rien. De radio, évidemment. De météo. De voiture. De vacances. De ce que l’on est en train de faire. De matériel. De propagation. Ou simplement prendre des nouvelles. C’est aussi cela qui me plaît dans la CB : il existe des usages et un minimum de discipline, mais une fois le contact établi, on cause. Indicatif, prénom… et 73 Lorsqu’on ne connaît pas son correspondant, on demande généralement son indicatif et son prénom. Dans mon cas : Léman 69. Pour les contacts internationaux, j’utilise également : 15 FRS 119. Et puis il existe tout un petit vocabulaire issu de l’histoire de la radio. Par exemple : 73. Lorsque j’ai commencé, je ne connaissais pas nécessairement tous ces codes. Le 73 signifie traditionnellement quelque chose comme salutations, amitiés, meilleures salutations. On peut donc terminer un contact par un : « 73, à bientôt ! » Est-ce indispensable pour faire de la CB ? Évidemment que non. Mais cela fait partie de cette culture radio qui s’est transmise d’une génération d’opérateurs à l’autre. Et plus j’avançais, plus j’avais envie de découvrir jusqu’où cette petite passion pouvait m’emmener. Il était donc temps de passer à quelque chose d’un peu plus sérieux. Noël 2022 : le McKinley arrive À Noël 2022 arrive un appareil qui va complètement changer mes possibilités : un President McKinley. Là, on quitte le petit portatif utilisé avec sa petite antenne. Le McKinley est un véritable poste CB multimode capable de travailler en AM, FM et SSB. Et avec lui viennent évidemment les antennes. Parce qu’on peut avoir le meilleur poste du monde : si l’antenne ne fait pas correctement son travail, la radio ne fera pas de miracles. J’utiliserai notamment une antenne Maryland, mais également une Sirio Boomerang installée à ma fenêtre. Et cette Boomerang va me réserver quelques surprises. AM, FM et BLU : trois manières de moduler Nous avons déjà rencontré l’AM et la FM dans la partie consacrée à la radiodiffusion. En CB, on retrouve ces deux modes. Mais il y en a un troisième particulièrement intéressant : la SSB, Single Side Band, que l’on appelle généralement BLU, bande latérale unique, en français. On distingue notamment : USB — Upper Side Band, bande latérale supérieure ; LSB — Lower Side Band, bande latérale inférieure. Sans entrer dans toute la théorie, la BLU permet d’utiliser efficacement la puissance disponible et elle est particulièrement appréciée pour les communications à longue distance. En contrepartie, la réception demande parfois un réglage plus fin. Si le correspondant est légèrement décalé, sa voix peut devenir trop grave, trop aiguë ou complètement bizarre. C’est là qu’intervient notamment le clarifier. Et lorsque l’on ne voit pas l’affichage du poste, il faut apprendre à retrouver tous ces réglages autrement. Nous y reviendrons. Parce qu’avant de parler accessibilité, il faut parler d’une chose qui rend la CB complètement folle lorsqu’on la découvre : la propagation. Quatre watts… et des centaines de kilomètres Quand on commence la radio, on peut facilement imaginer une relation assez simple : plus de puissance = plus de distance. Dans la réalité, ce n’est pas aussi simple. La puissance compte. L’antenne compte énormément. Le terrain compte. La hauteur compte. Les parasites comptent. Et selon les fréquences utilisées, les conditions de propagation peuvent complètement changer la donne. Sur la bande CB autour de 27 MHz, il est possible, lorsque les conditions s’y prêtent, d’établir des contacts à plusieurs centaines voire plusieurs milliers de kilomètres. C’est ce que les cibistes appellent notamment faire du DX. Et évidemment, quand on découvre ça… on veut essayer. Le Mont-Saint-Michel sort du haut-parleur Parmi les contacts qui m’ont marqué, il y a notamment eu une station du secteur du Mont-Saint-Michel. Depuis Pully. Avec quelques watts. À vol d’oiseau, nous ne parlons plus du voisin situé deux rues plus loin. Nous sommes à plusieurs centaines de kilomètres. Et pourtant, la voix arrive. Avec du fading parfois. Du souffle. Des variations. Il faut tendre l’oreille. Mais elle est là. Et c’est précisément ce que j’aime avec la radio analogique. Le correspondant ne passe pas toujours parfaitement. Parfois, il sort juste du bruit. Puis le signal monte. Puis il redescend. On perd un mot. On le retrouve. Et lorsqu’on finit par comprendre l’indicatif et le lieu… on réalise la distance. Didier, Saint-Quentin et le 19 AM J’ai également réalisé un contact avec Didier, à Saint-Quentin, dans l’Aisne. Cette fois, en AM, sur le canal 19. Et ça me ramène d’une drôle de manière à mes souvenirs d’Option Musique sur 765 kHz. Évidemment, il ne s’agit ni des mêmes fréquences ni du même service. Mais ce son AM, avec son bruit et ses parasites, possède quelque chose de immédiatement reconnaissable. Des années après avoir écouté de la radiodiffusion en modulation d’amplitude, je me retrouvais cette fois à parler moi-même en AM. La boucle commençait sérieusement à se refermer. Et pourtant, le contact qui allait probablement le plus m’impressionner n’allait pas être réalisé en BLU. Il allait être fait en FM. Avec quatre watts. Depuis ma chambre. Pully appelle l’Autriche Je suis chez moi, à Pully. Le McKinley est connecté à ma Boomerang. Et les conditions sont manifestement bonnes. J’entends une station. Elle est en Autriche. Plus précisément dans le secteur situé au nord de Vienne. L’opérateur s’appelle Tom. Alors j’essaie. Encore une fois, c’est ce moment que j’adore. Vous savez que la station est loin. Vous savez que vous n’avez que quelques watts. Vous appuyez quand même sur le PTT. Vous lancez votre appel. Puis vous relâchez. Et vous écoutez. Tom répond. L’Autriche répond à Pully. Avec 4 W en FM. Depuis ma chambre. Avec une antenne Boomerang. Là, je dois reconnaître que j’ai trouvé ça complètement dingue. On peut lire toutes les explications du monde sur la propagation. On peut regarder des cartes. On peut calculer les distances. Mais lorsque vous entendez réellement dans votre haut-parleur quelqu’un situé à des centaines de kilomètres et que cette personne vous répond… ce n’est plus une théorie. Vous venez de le faire. Ce n’est pas la puissance qui fait tout Ce contact est aussi un excellent rappel. Un appareil de 4 W n’est pas « un poste qui porte à X kilomètres ». Cette manière de présenter les radios, que l’on retrouve parfois dans certaines publicités, est beaucoup trop simpliste. Une portée radio dépend de tellement de paramètres qu’annoncer un chiffre sans contexte ne veut pratiquement rien dire. En liaison locale, un obstacle peut tuer une communication sur une distance ridiculement faible. Dans d’autres circonstances, avec un bon dégagement ou un phénomène de propagation favorable, quelques watts peuvent aller extraordinairement loin. Et c’est exactement cette envie de tester les limites qui allait me ramener vers une autre catégorie de petites radios. Des appareils beaucoup plus modestes. Pas 4 W. Encore moins 12 W. 0,5 W. Un demi-watt. Les petits PMR446 que j’avais déjà connus enfant revenaient dans mon histoire. Et cette fois, je n’allais plus simplement jouer à la centrale de taxis avec ma sœur. J’allais vouloir savoir : jusqu’où peut réellement aller un demi-watt ? La réponse allait être : beaucoup plus loin que je ne l’aurais imaginé. où peut aller un demi-watt ? 0,5 W. Un demi-watt. Sur le papier, cela ne paraît vraiment pas énorme. Et pourtant, c’est précisément ce qui rend le PMR446 si amusant à mes yeux : prendre un petit portatif, avec sa puissance limitée, et se demander : « Bon… jusqu’où est-ce que je vais réussir à passer avec ça ? » En réalité, mon histoire avec le PMR446 avait commencé bien avant la CB. Comme je le racontais dans la partie précédente, j’avais déjà connu enfant les petits talkies-walkies à quelques canaux, puis les premiers appareils PMR446 à huit canaux. Mais pendant longtemps, ils étaient surtout pour moi des appareils pratiques ou des radios avec lesquelles nous nous amusions. Bien des années plus tard, après être réellement entré dans le monde de la CB, je vais redécouvrir le PMR446 d’un tout autre œil. Retour aux petits portatifs C’est notamment au fil de discussions sur un groupe WhatsApp de cibistes que le sujet des petits portatifs est revenu. Et forcément, cela m’a rappelé les appareils que nous avions utilisés autrefois. Parmi eux, il y avait notamment les Motorola T5422, avec leurs huit canaux. Ces appareils appartenaient à cette première génération de PMR446 que beaucoup de gens ont connue : de petits portatifs relativement simples, destinés à communiquer directement d’un appareil à l’autre. Le PMR446 s’est ensuite développé. Aujourd’hui, en analogique, nous disposons de 16 canaux dans la bande 446 MHz, toujours avec cette caractéristique fondamentale : une puissance maximale de 0,5 W ERP. Pas besoin de concession individuelle pour utiliser un appareil conforme. On choisit un canal. On écoute. On appuie sur le PTT. On parle. Difficile de faire beaucoup plus simple. Et cette simplicité me plaît énormément. Le Midland G9 Pro Plus tard arrive dans mon matériel un appareil qui va prendre une place importante : le Midland G9 Pro. Celui-là, je l’ai appris très rapidement. Il faut dire qu’un appareil avec de vrais boutons physiques, une disposition que l’on peut mémoriser et des commandes suffisamment identifiables me facilite considérablement les choses. À force de l’utiliser, je sais où se trouvent les fonctions qui m’intéressent. Je peux compter les pressions sur les boutons. Je peux reconnaître certains retours sonores. Et surtout, je n’ai pas besoin de voir son écran à chaque fois que je veux simplement changer de canal ou utiliser une fonction courante. Le G9 Pro est devenu l’un de ces appareils que je prends presque machinalement. Il m’accompagne notamment régulièrement en voiture et il continue encore aujourd’hui à me servir. Mais évidemment, une fois que l’on a un appareil de ce genre entre les mains, il faut le tester. Et chez moi, « tester » signifie assez rapidement : voir jusqu’où il passe. Un demi-watt, mais pas forcément deux kilomètres Il y a quelque chose que j’ai appris avec la CB et que le PMR446 confirme parfaitement : une radio n’a pas une portée fixe. On voit parfois des appareils vendus avec des annonces du genre : « portée jusqu’à 10 km », « jusqu’à 12 km », voire davantage. Ce genre de chiffre doit être pris avec énormément de recul. Entre deux personnes dans une ville, avec des immeubles, du béton et du relief, la portée peut être très réduite. Dans une forêt ou derrière une montagne, même chose. En revanche, placez deux opérateurs dans des endroits parfaitement dégagés, avec une bonne visibilité radio entre eux, et la situation change complètement. À 446 MHz, le dégagement est particulièrement important. Et c’est là que j’ai commencé à réaliser des contacts assez sympathiques. Puis il y en a eu un qui a dépassé tout ce que j’attendais. Pully appelle Rennaz Je suis chez moi, à Pully, à la fenêtre de ma chambre. De l’autre côté, mon correspondant se trouve vers Rennaz, dans le secteur de la station d’épuration, avec un Midland G18. Moi, j’ai mon G9 Pro. Puissance : 0,5 W. Nous essayons. Et ça passe. Pas vaguement. Pas avec trois syllabes incompréhensibles perdues dans le bruit. Ça passe du feu de Dieu ! Quand on regarde la distance, on arrive à quelque chose de l’ordre de près de 30 km. Avec un petit portatif PMR446. Un demi-watt. Évidemment, je ne raconte surtout pas cela pour prétendre : « Achetez un G9 Pro et vous ferez 30 km. » Non. Ce serait complètement faux. Ce contact a été rendu possible par une configuration particulièrement favorable, avec du dégagement entre les deux secteurs. Et c’est justement cela qui est passionnant. Avec 0,5 W, le terrain devient une partie de la station. Le relief décide parfois à votre place On pourrait avoir deux appareils identiques et obtenir des résultats complètement différents selon l’endroit où l’on se trouve. Une colline entre les deux ? Ça peut être terminé. Un bâtiment massif ? Même problème. Vous descendez dans un creux ? Le signal peut disparaître. Vous gagnez quelques dizaines de mètres d’altitude ou trouvez une ouverture parfaitement dégagée ? Soudain, une station que vous n’entendiez absolument pas apparaît. C’est une expérience que l’on retrouve d’ailleurs en CB, en PMR446 et dans bien d’autres formes de radiocommunication, même si les phénomènes de propagation ne sont évidemment pas identiques selon les bandes de fréquences. C’est pourquoi j’aime particulièrement ces essais avec de petits portatifs. Il y a une sorte de jeu : « Jusqu’où pouvons-nous aller avec ce que nous avons ? » Et lorsque la liaison fonctionne à une distance complètement inattendue, on a immédiatement envie de recommencer ailleurs. Oscar Bravo 76 Parmi les personnes avec lesquelles j’ai pu réaliser de très beaux contacts en PMR446, il y a notamment mon ami Olivier, Oscar Bravo 76. Là encore, le plaisir ne vient pas seulement du chiffre inscrit sur une carte. Il vient du moment où l’on lance l’appel. On écoute. Puis la voix arrive. Et quand on sait que tout cela se fait directement entre deux petits appareils de 0,5 W, sans antenne gigantesque ni infrastructure intermédiaire, ça garde quelque chose d’assez réjouissant. C’est aussi une différence importante avec un téléphone portable. Avec mon téléphone, si j’appelle quelqu’un à 30 km, je ne trouve évidemment pas cela extraordinaire. Mais mon téléphone ne communique pas directement avec le sien à 30 km. Il utilise tout un réseau. Le PMR446, lui, dans ce type de liaison directe, c’est essentiellement : mon poste, son poste et ce qu’il y a entre nous. Et c’est précisément ce côté-là que j’aime. Mais au fait, que signifie PMR446 ? Le nom lui-même donne déjà une indication. PMR signifie Private Mobile Radio, et 446 renvoie évidemment à la bande de fréquences utilisée autour de 446 MHz. En Europe, le système a été conçu pour offrir un moyen de radiocommunication de courte portée accessible simplement au public. La première configuration analogique largement connue utilisait huit canaux. C’est celle que j’ai connue avec les appareils de mon enfance. Puis la bande disponible a été élargie et nous avons aujourd’hui 16 canaux analogiques, espacés de 12,5 kHz. Et contrairement à la CB, où nous pouvons travailler en AM, FM ou SSB selon les appareils et les conditions, le PMR446 analogique repose sur la FM à bande étroite. C’est simple. Mais évidemment, les utilisateurs ont rapidement trouvé un moyen de rendre les choses un peu plus compliquées. Il fallait bien. 😄 Et c’est là qu’arrivent les fameux : CTCSS. Le CTCSS : non, votre conversation n’est pas privée C’est probablement l’une des confusions les plus fréquentes avec les petits talkies-walkies. Selon les fabricants, on trouve des termes comme : sous-canaux, codes privés, codes de confidentialité, privacy codes… Et ces appellations peuvent donner une impression complètement fausse. Non : un CTCSS ne rend absolument pas votre conversation privée. Le CTCSS est essentiellement un système de filtrage. Lorsqu’un code est sélectionné, le poste attend de recevoir, en plus de la transmission, une tonalité particulière. Si cette tonalité n’est pas présente, le haut-parleur reste silencieux. Mais la transmission, elle, existe toujours sur le canal. Prenons un exemple. Deux personnes utilisent le canal 8 avec le même CTCSS. Elles s’entendent normalement. Une troisième personne se place sur le canal 8 sans activer de CTCSS. Elle peut entendre les deux autres. Leur conversation n’est donc absolument pas chiffrée. Le CTCSS permet simplement de ne pas ouvrir le haut-parleur pour toutes les transmissions présentes sur le canal. C’est très pratique dans certains contextes. Mais ce n’est pas un système de confidentialité. En Suisse romande, j’aime entendre ce qui se passe Dans les groupes que je fréquente en Suisse romande, nous avons plutôt tendance à faire exactement l’inverse : désactiver le CTCSS. Pourquoi ? Parce que nous voulons entendre ce qui passe. Si quelqu’un utilise le même canal avec un autre CTCSS, je préfère savoir qu’il est là plutôt que de croire que le canal est vide. C’est notamment utile avant d’émettre. Si mon poste reste silencieux uniquement parce qu’un filtre masque une conversation déjà en cours, je risque de commencer à parler par-dessus des gens que je n’entends pas. Sans CTCSS, j’entends davantage de choses. Parfois des choses qui ne m’intéressent absolument pas. Parfois des utilisateurs étrangers. Parfois des personnes qui ont manifestement laissé les réglages d’origine de leurs appareils. Mais ce n’est pas grave. Je préfère écouter. Encore une fois, cela correspond à ma manière de pratiquer la radio. Canal 12 Dans certains des groupes que je fréquente en Suisse romande, nous utilisons notamment le canal 12. Là encore, attention : je ne suis absolument pas en train de dire : « Le canal officiel suisse du PMR446 est le 12. » Il n’existe pas de règle générale de ce genre. C’est une pratique que je connais dans mon environnement radio. Et ailleurs, d’autres groupes ont leurs habitudes. Certains associent également un CTCSS particulier à un canal. On rencontre parfois des habitudes du genre : canal 8 avec CTCSS 8 ; canal 3 avec CTCSS 33 ; canal 7 avec CTCSS 7… Il n’y a rien de magique là-dedans. Ce sont des conventions choisies par les utilisateurs. Et c’est une distinction que je trouve importante : la réglementation dit ce que l’on a le droit de faire ; les communautés inventent ensuite leurs propres habitudes pour s’organiser. Les FCF et les autres réseaux Parmi les groupes que je connais, les FCF utilisent notamment des CTCSS sur certains canaux. D’autres groupes fonctionnent autrement. Et c’est finalement assez représentatif du PMR446 : il n’existe pas une seule communauté organisée exactement de la même manière partout en Europe. On peut acheter deux portatifs, choisir un canal et les utiliser simplement entre membres d’une famille. On peut les utiliser pour une randonnée. Pour plusieurs voitures roulant ensemble. Pour une activité sportive. Pour un groupe d’amis. Ou commencer à rechercher d’autres utilisateurs et entrer dans une véritable petite communauté radio. C’est cette dernière possibilité qui m’intéresse évidemment le plus. Parce qu’à partir du moment où l’on commence à chercher les autres… on finit par faire des contacts. Et si on passait au numérique ? Pendant longtemps, pour le grand public, le petit talkie-walkie PMR446 signifiait essentiellement : FM analogique, quelques canaux, PTT, terminé. Mais la radiocommunication a évidemment suivi l’évolution générale vers le numérique. Il existe aujourd’hui des solutions numériques compatibles avec le cadre du PMR446. Et dans le monde professionnel ou radio plus large, on rencontre notamment le DMR, Digital Mobile Radio. L’idée de base peut sembler simple : au lieu de transmettre directement la voix sous forme analogique, celle-ci est numérisée. Mais à partir de là apparaissent de nouvelles notions. Color codes. Talkgroups. Time slots. Identifiants numériques. Programmation des postes. Et assez rapidement, on n’est plus tout à fait dans : « Je tourne le bouton sur le canal 12 et j’appuie sur le PTT. » Le DMR : intéressant, mais plus complexe Le DMR m’intéresse. Je comprends globalement le principe et je trouve certaines de ses possibilités très intéressantes. Mais je ne vais pas faire semblant d’être un pratiquant expérimenté : je ne le suis pas. D’une part, la configuration est plus complexe que celle d’un PMR446 analogique traditionnel. D’autre part, dans mon environnement, je ne trouve actuellement pas suffisamment de monde pour que cela présente pour moi le même intérêt pratique que la CB ou le PMR446 analogique. Et il y a encore une autre question qui me concerne directement : l’accessibilité des appareils. Certains postes numériques possèdent beaucoup de menus et dépendent fortement d’un écran. Or, lorsque cet écran n’est pas vocalisé, la situation devient rapidement compliquée pour une personne aveugle. Il existe des appareils offrant certains retours vocaux ou différentes possibilités de programmation, mais les modèles que l’on voit souvent cités pour leur grande souplesse ne sont pas forcément autorisés pour tous les usages en Suisse. Donc, pour l’instant : je regarde, je m’informe et je verrai. Peut-être qu’un jour je me lancerai réellement dans le DMR. Une radio doit aussi pouvoir se toucher Cette question du numérique nous ramène à quelque chose de beaucoup plus général. Comment est-ce que j’utilise toutes ces radios alors que je suis complètement aveugle ? La réponse pourrait être beaucoup plus simple qu’on ne le pense. Je n’ai pas nécessairement besoin que chaque fonction soit vocalisée. Ce dont j’ai surtout besoin, c’est de pouvoir comprendre physiquement l’appareil. Sur une radio bien conçue, je peux apprendre : où se trouve le marche-arrêt ; où se trouve le volume ; où se trouve le sélecteur de canal ; où est le PTT ; où sont les touches de menu ; où est le scan ; et dans quel ordre les fonctions apparaissent. Plus je peux compter les boutons ou les pressions, mieux c’est. Compter les bips Sur certains appareils, lorsque je change de canal, je peux utiliser les bips comme repères. Je sais d’où je pars. Je compte. Deux. Trois. Quatre. Et je retrouve le canal recherché. Évidemment, si je ne sais plus du tout où se trouve le poste, cela devient plus compliqué. Dans ce cas, plusieurs solutions existent. Le scan peut parfois m’aider à retrouver de l’activité. Et si j’ai réellement besoin de connaître ce qui est affiché à l’écran, je peux utiliser une application comme Be My Eyes et demander à un bénévole de me dire : « Sur quel canal est-ce que je suis ? » Ce n’est pas parfait. Mais ça fonctionne. Et surtout, cela me permet de continuer à utiliser de vrais appareils radio qui n’ont jamais été conçus spécifiquement pour une personne aveugle. Le McKinley sans voir son écran Avec mon President McKinley, j’ai également dû apprendre la machine autrement. Je connais le potentiomètre marche-arrêt et volume. Le squelch. Les commandes permettant de changer de canal. Le sélecteur de mode. Le scan. Les filtres. Et pour la BLU, le fameux clarifier, qui permet d’ajuster correctement la voix du correspondant. Je peux également reconnaître beaucoup de choses simplement en écoutant le poste. Le bruit du squelch ouvert est parfaitement identifiable. Le type de réception peut parfois donner des indices. La voix en BLU mal réglée ne ressemble évidemment pas à une FM correctement calée. Et progressivement, l’appareil cesse d’être un tableau rempli de commandes inconnues. Il devient une carte mentale et tactile. Mon réglage du squelch Chez moi, il y a cependant une difficulté supplémentaire : je suis dans un trou. Et j’ai pas mal de QRM, donc des parasites et du bruit radio. J’ai tendance à garder le squelch assez ouvert, avec les filtres activés, afin de ne pas perdre une station faible. Si une station arrive suffisamment fort, je peux ensuite utiliser le squelch automatique selon la situation. Ce n’est peut-être pas la manière dont tout le monde réglerait son poste. Mais c’est celle qui fonctionne pour moi. Et c’est finalement une autre chose que la pratique apprend : on finit par adapter son appareil à son environnement et à sa manière d’écouter. Les boutons physiques : parfois plus accessibles qu’un écran C’est aussi pour cette raison que je reste très attaché aux appareils possédant de vraies commandes physiques. Un écran extrêmement moderne ne m’apporte pas grand-chose si toute l’utilisation de l’appareil dépend de ce qui y est affiché et qu’aucun retour accessible n’est disponible. À l’inverse, un appareil avec des boutons bien séparés, un potentiomètre et quelques bips peut devenir parfaitement utilisable une fois mémorisé. Ce que je déteste surtout, ce sont les appareils où tous les boutons sont minuscules et presque identiques. Là, on ne sait plus ce qu’on vient de faire. Heureusement, je n’ai pas réellement ce problème avec les radios que j’utilise actuellement. Le PNI Escort HP 82 Parmi mes portatifs CB, j’ai notamment un PNI Escort HP 82. Et celui-là, je l’aime beaucoup. D’abord pour sa prise en main. Les boutons sont suffisamment identifiables pour que je puisse apprendre leur disposition. Les flèches permettant de changer de canal sont reconnaissables. Ensuite, le son est franchement très bon pour un petit appareil de ce format. Et il y a un détail extrêmement pratique aujourd’hui : la recharge USB-C. Ça paraît presque anecdotique. Mais quand on utilise réellement un portatif, pouvoir le recharger facilement sans transporter encore un chargeur propriétaire supplémentaire est très appréciable. J’ai d’ailleurs déjà parlé plus précisément de ce poste sur le blog, donc je ne vais pas refaire ici son test complet. J’utilise également une Jopix CB-80, ainsi que d’autres appareils selon les besoins. Mais le PNI reste probablement mon pocket CB préféré. Le G9 Pro : appris presque immédiatement En PMR446, le Midland G9 Pro constitue probablement l’un de mes meilleurs exemples d’appareil que j’ai réussi à prendre en main très rapidement. Je l’ai appris presque naturellement. Et aujourd’hui, il m’accompagne encore très souvent. C’est important parce que l’accessibilité ne signifie pas toujours : « l’appareil doit parler. » Évidemment, une vocalisation complète serait formidable. Mais il existe une autre accessibilité : celle d’un objet dont la conception permet de comprendre les commandes avec les doigts et les oreilles. Et ça, les fabricants devraient parfois davantage y penser. Un bouton facilement identifiable profite d’ailleurs aussi à quelqu’un qui voit parfaitement mais doit utiliser son appareil dans le noir, avec des gants ou sans pouvoir regarder l’écran. Puis la radio devient beaucoup plus sérieuse Jusque-là, nous avons parlé de radiodiffusion, de taxis, de CB et de PMR446. Il y a du sérieux dans tout cela. Il y a des règles. Il faut respecter les autres utilisateurs. Mais la CB reste aussi un formidable espace de discussion et d’expérimentation. En PMR446 également, on peut discuter tranquillement avec un ami. Puis il existe des moments où la manière de parler change complètement. Les phrases deviennent courtes. Le vocabulaire devient précis. On ne monopolise pas la fréquence. On écoute attentivement. Et certains mots suffisent à faire immédiatement tendre l’oreille. SÉCURITÉ. PAN PAN. MAYDAY. Pour moi, cette autre facette de la radio est arrivée par un domaine qui occupe une place énorme dans ma vie : la navigation. Et, curieusement, ce n’est pas moi qui ai acheté la première VHF que j’ai vraiment eu l’occasion d’observer. C’est mon père. Une VHF comme élément de sécurité Mon père est pilote moteur. À un moment donné, il a acheté une VHF comme équipement de sécurité. Et cela m’a impressionné. Pas uniquement l’appareil. Ce qui m’a surtout frappé, c’est la manière dont on utilise cette radio. Le ton n’est plus celui d’une discussion CB. On n’est pas là pour raconter sa journée pendant vingt minutes. On donne une information. On identifie la station. On utilise des mots précis. On écoute. Et lorsqu’il se passe quelque chose de sérieux, on ne fait surtout pas n’importe quoi. Évidemment, on entend parfois des plaisanciers faire les zozos avec leur VHF. Il y en aura probablement toujours. Tant qu’ils ne viennent pas bloquer le canal 16 au moment où quelqu’un en a réellement besoin… Mais la radio maritime m’a appris une formule que j’aime beaucoup : court, concis, précis. Et puis j’ai entendu le CROSS Au fil de mes navigations, notamment en Méditerranée, j’ai évidemment écouté le trafic VHF. La SNSM. La gendarmerie. Des plaisanciers. Des ports. Des appels. Un PAN PAN. Un MAYDAY RELAY. Et puis une formule qui, à elle seule, change immédiatement l’ambiance à bord : « Sécurité, sécurité, sécurité, ici le CROSS Med… » Là, on écoute. Parce qu’on sait qu’après ces quelques mots va arriver une information de sécurité. Et lors d’une navigation dans le secteur de la calanque de Sormiou, j’ai entendu quelque chose qui m’est particulièrement resté. Le CROSS annonçait la diffusion d’un bulletin météorologique spécial sur un autre canal. En quelques secondes, tout le monde qui veille le canal sait qu’il faut tendre l’oreille. Pas besoin d’effets sonores. Pas besoin d’une alarme spectaculaire. Quelques mots correctement employés suffisent. Et là, on retrouve finalement toute l’histoire que nous racontons depuis le début. Des opérateurs de télégraphie qui écoutaient les signaux de détresse… jusqu’au plaisancier de 2026 qui entend : « Sécurité, sécurité, sécurité… » la technologie a changé. Mais une chose n’a pas changé : il faut écouter. Et dans la prochaine partie, nous allons justement entrer dans ce monde-là : la VHF, les procédures de détresse, le CROSS, le fameux 196, mon indicatif Romano 156 sur le Léman et cette conviction que posséder une radio ne sert pas à grand-chose si l’on ne sait pas réellement s’en servir. radio devient un outil de sécurité « Sécurité, sécurité, sécurité… » Quelques mots seulement. Pourtant, lorsqu’ils sortent d’une VHF en mer, ils suffisent à changer immédiatement la manière dont on écoute. On arrête éventuellement de discuter. On tend l’oreille. On attend la suite. Parce que cette fois, la radio n’est plus seulement un moyen sympathique de discuter avec quelqu’un à quelques kilomètres ou à l’autre bout de l’Europe. Elle peut devenir un véritable outil de sécurité. Et c’est probablement l’une des facettes de la radio qui m’intéresse le plus. Une autre manière de parler Lorsque j’ai commencé à écouter sérieusement les communications maritimes, une chose m’a frappé : le formalisme. En CB, même s’il existe des usages et des règles de savoir-vivre, une fois le contact établi on peut parfaitement discuter tranquillement de tout et de rien. En VHF maritime, surtout lorsqu’il s’agit de sécurité, ce n’est plus du tout la même ambiance. Il faut identifier la station. Donner les informations nécessaires. Utiliser les bons termes. Éviter les phrases inutiles. Écouter avant de transmettre. Et surtout, laisser la fréquence disponible. La formule qui résume le mieux cette manière de communiquer reste pour moi : court, concis, précis. Ce n’est pas du formalisme pour le plaisir de faire joli ou de parler comme dans un film. Si plusieurs navires et un CROSS doivent gérer une situation sérieuse, une communication claire permet à chacun de comprendre rapidement : qui appelle, où se trouve le navire, ce qui se passe et de quelle assistance il a besoin. Canal 16 : ici, on ne fait pas n’importe quoi En mer, le canal 16 VHF occupe une place particulière. C’est notamment le canal international utilisé pour les appels de détresse, d’urgence et de sécurité ainsi que pour certains appels initiaux. Lorsqu’une communication ordinaire est établie, on passe normalement sur un canal de travail approprié plutôt que de rester inutilement sur le 16. Et c’est logique. Si deux plaisanciers monopolisent le canal pour raconter leur journée pendant vingt minutes, ils peuvent gêner une communication réellement importante. Bien sûr, il arrive d’entendre quelques plaisanciers faire les zozos à la VHF. La radio étant entre les mains d’êtres humains, on n’éliminera probablement jamais complètement ce genre de comportement. Mais sur le 16, il existe une excellente raison de faire court et de dégager le canal dès que possible. Parce qu’à tout moment, quelqu’un peut avoir réellement besoin de lancer un appel. Trois mots que l’on ne confond pas En écoutant le trafic maritime, on finit rapidement par rencontrer trois mots ou groupes de mots particulièrement importants : SÉCURITÉ. PAN PAN. MAYDAY. Ils ne correspondent pas au même degré de gravité. Un message précédé de SÉCURITÉ concerne la diffusion d’informations importantes pour la sécurité de la navigation ou des personnes : par exemple certaines informations météorologiques ou certains dangers pour la navigation. PAN PAN correspond à une situation urgente concernant la sécurité d’un navire ou d’une personne, mais qui ne constitue pas à cet instant une détresse nécessitant une assistance immédiate au sens du MAYDAY. Et MAYDAY, lui, signifie que l’on entre dans la détresse : un navire ou une personne se trouve confronté à un danger grave et imminent et demande une assistance immédiate. Trois niveaux différents. Trois mots reconnaissables immédiatement. Et c’est justement pour cela qu’ils fonctionnent. Le PAN PAN que j’ai entendu Au cours de mes navigations, j’ai notamment entendu un PAN PAN. D’après ce que j’avais compris du trafic, il s’agissait d’un problème ou d’une panne moteur. Je préfère rester volontairement prudent sur les détails : je n’avais pas toute l’histoire et je ne vais certainement pas la reconstruire des années plus tard en inventant ce que je n’ai pas entendu. Mais ce qui m’intéresse ici est surtout la réaction provoquée par les premiers mots. Dès que : « PAN PAN, PAN PAN, PAN PAN… » arrive dans le haut-parleur, on comprend que ce qui suit n’est pas une conversation ordinaire. On écoute. MAYDAY RELAY J’ai également entendu un MAYDAY RELAY. Là encore, je ne me souviens plus suffisamment précisément de toute la situation pour raconter aujourd’hui ce qui s’était passé, et je préfère le dire plutôt que de compléter les trous de mémoire. En revanche, le terme lui-même mérite d’être expliqué. Un MAYDAY RELAY est un relais de détresse. Autrement dit, la station qui transmet n’est pas nécessairement elle-même le navire en détresse : elle relaie une détresse pour une autre station ou une autre situation. Et cela montre quelque chose de fondamental avec la radio : les autres entendent. Lorsqu’un appel est lancé sur une fréquence de détresse, il ne s’agit pas d’une conversation téléphonique fermée entre deux personnes. Des navires situés dans la zone peuvent recevoir le message. Une station côtière peut le recevoir. Le CROSS peut intervenir. Et un autre navire peut éventuellement être en position de porter assistance. Cette caractéristique est essentielle. « Sécurité, sécurité, sécurité, ici le CROSS Med… » Mais le message qui m’a probablement le plus marqué n’était ni un PAN PAN ni un MAYDAY. Nous étions dans le secteur de la calanque de Sormiou, en Méditerranée. Et j’entends à la VHF : « Sécurité, sécurité, sécurité, ici le CROSS Med… » Puis l’annonce d’un bulletin météorologique spécial, avec demande de passer sur le canal indiqué pour écouter sa diffusion. Cette formule, je l’ai entendue. Et elle m’a marqué. Quelques mots suffisent à créer une espèce de tension. Pas une panique. Ce n’est justement pas un MAYDAY. Mais on comprend immédiatement : « Bon. Là, il faut écouter. » C’est ce que je trouve remarquable dans les procédures radio bien conçues. On n’a pas besoin d’une phrase de trente secondes avant de comprendre de quoi il s’agit. Le premier mot donne déjà une catégorie au message. SÉCURITÉ. Je sais pourquoi je dois tendre l’oreille. Le CROSS : une voix derrière laquelle se trouve tout un dispositif Lorsque l’on navigue en France, le nom CROSS revient évidemment très souvent. CROSS signifie Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage. Mais derrière cet acronyme se trouvent des missions qui dépassent largement le simple fait de répondre à une VHF. Les CROSS participent notamment à la surveillance et à la coordination du sauvetage en mer, à la diffusion d’informations de sécurité maritime et à différentes missions de surveillance. Lorsque j’entends : « Ici le CROSS Med » je n’entends donc pas simplement « une station de radio ». La radio constitue le lien entre le navire et toute une organisation située à terre. Et finalement, nous retrouvons quelque chose que nous avions déjà rencontré avec Saint-Lys Radio. La technologie a changé. Les structures ont évolué. Mais derrière la voix reçue à bord, il peut toujours y avoir énormément de monde et de moyens. « Composez le 196 » Et puis, un jour, j’ai entendu quelque chose qui m’a surpris. Au cours d’un échange, le CROSS demande de composer le 196. Et ma première réaction a été à peu près : « Attendez… pourquoi le téléphone ? On est justement en train de parler par radio ! » Puis une autre question m’est venue : « Et s’ils n’ont plus de téléphone, ils font comment pour composer le 196 ? » C’était une bonne occasion de comprendre la complémentarité entre les différents moyens de communication. Le 196 permet de joindre les CROSS par téléphone, notamment depuis le littoral. Il peut également être utilisé lorsqu’une couverture mobile est disponible. Mais depuis un navire en mer, pour une situation de détresse, d’urgence ou de sécurité, la VHF reste un moyen fondamental, et le canal 16 joue précisément ce rôle. Le téléphone n’a donc pas « remplacé » la VHF. Les deux moyens peuvent être complémentaires. Et surtout, la VHF possède un avantage extraordinaire : elle ne dépend pas du réseau de téléphonie mobile pour établir une communication radio directe. Si le téléphone ne passe plus… Imaginez justement la situation. Le navire se trouve hors couverture mobile. Le téléphone est tombé à l’eau. La batterie est vide. Le réseau est indisponible. Dans ce cas, demander au téléphone de sauver la situation devient évidemment assez compliqué. La VHF, elle, possède son propre émetteur et son propre récepteur. Tant que l’installation fonctionne, qu’elle est alimentée et qu’une station se trouve à portée, on peut transmettre. Et surtout, les autres navires en veille peuvent entendre l’appel. C’est l’une des différences fondamentales avec le téléphone. Si j’appelle le CROSS par téléphone, les bateaux autour de moi n’entendent pas ma conversation. Si je lance un MAYDAY sur le canal 16, les stations qui veillent le canal et qui me reçoivent peuvent l’entendre. Et l’une d’entre elles se trouve peut-être à quelques minutes de ma position. Là, la radio montre tout son intérêt. Avoir la VHF à bord ne suffit pas Mais il y a quelque chose qui me semble tout aussi important. Posséder une VHF ne signifie pas automatiquement savoir utiliser une VHF. On peut parfaitement avoir acheté un excellent appareil. L’avoir installé correctement. Avoir une antenne parfaite. Et lorsqu’un problème survient : « Euh… maintenant, je fais quoi ? » C’est là que l’apprentissage devient essentiel. Certaines personnes ont vu les procédures pendant leur formation au permis bateau. Très bien. Mais si elles n’ont pratiquement jamais touché leur VHF depuis plusieurs années, que reste-t-il réellement le jour où elles en ont besoin ? C’est précisément pour cette raison que je pense qu’il faut pratiquer et écouter. Commencez par écouter Avant même de vouloir parler, écoutez le trafic. C’est quelque chose que j’ai appris avec la CB et que je retrouve complètement en VHF. Écoutez comment les gens parlent. Quels mots ils utilisent. Dans quel ordre les informations sont données. Quand ils changent de canal. Comment une station côtière répond. Comment un port répond. Comment un bulletin est annoncé. Et si vous entendez quelque chose que vous ne comprenez pas : posez la question. Lisez. Formez-vous. Prenez un cours radio. Parce que lorsque la situation devient sérieuse, ce n’est probablement pas le meilleur moment pour découvrir pour la première fois à quoi sert le bouton DISTRESS ou ce qu’il faut dire après « MAYDAY ». Le certificat radio : j’aimerais justement le passer C’est aussi pour cela que j’aimerais obtenir moi-même le certificat radio correspondant à ma pratique maritime. J’ai déjà abordé cette question dans un autre article du blog, donc je ne vais pas reprendre ici toute l’histoire. Mon problème n’est pas l’envie d’apprendre les procédures. Bien au contraire. Le problème concerne surtout l’accessibilité de certaines parties de la formation, de l’examen ou des appareils utilisés. Lorsqu’un équipement dépend d’un écran tactile ou d’informations visuelles sans adaptation, pour moi qui suis aveugle, cela peut rapidement devenir un obstacle qui n’a finalement pas grand-chose à voir avec mes capacités à comprendre une procédure radio. Et c’est frustrant. Parce que la radio elle-même, je l’utilise. Les procédures m’intéressent. J’écoute. Je navigue. Et je veux justement apprendre correctement. Je ne vais donc certainement pas abandonner l’idée. J’y arriverai un jour. De la Méditerranée au Léman Mais ma pratique radio liée à la navigation ne se limite pas à la mer. Il y a évidemment aussi le Léman. Et là, il faut immédiatement préciser quelque chose qui peut surprendre. On pourrait penser : « Un grand lac avec des bateaux ? On prend simplement une VHF marine et on utilise le canal 16 comme en Méditerranée. » Côté suisse, ce n’est pas ainsi que le système fonctionne. Sur les eaux intérieures suisses, le cadre radio est différent du service mobile maritime utilisé en haute mer. Il existe notamment des réseaux relevant du mobile terrestre sous concession. Et c’est précisément dans ce cadre que j’ai eu l'occasion de rejoindre un véritable réseau : les Amis du Lac. Les Amis du Lac Mon entrée dans ce réseau s’est faite grâce à mon ami Michel. Comme je suis plaisancier et que je navigue, j’ai pu rejoindre l’association. Et cette fois, je n’étais plus simplement : Léman 69 en CB. J’allais recevoir un véritable indicatif utilisé dans le réseau : Romano 156. Je dois reconnaître que ça m’a rendu fier. Parce que cette fois, je participais à quelque chose qui avait une véritable utilité pour les navigateurs du lac. Nous disposons d’un réseau organisé. Des stations possèdent leurs indicatifs. Il existe des fréquences prévues pour les communications. Et la radio peut permettre de suivre un navigateur, de transmettre une information ou de maintenir un lien avec quelqu’un qui se trouve sur le lac. Romano 154 appelle Romano 156 J’ai notamment réalisé un suivi avec mon ami Marc, Romano 154. Marc était en navigation dans le secteur du Bouveret, vers Port-Valais. Et moi ? J’étais chez moi, à Pully. Mon indicatif : Romano 156. Lui : Romano 154. Et nous avons pu nous suivre par radio. J'ai déjà raconté cette expérience plus précisément dans un précédent article, donc là encore je ne vais pas tout reproduire. Mais elle m’a beaucoup marqué. Parce qu’on n’était plus simplement en train de tester : « Hé, est-ce que tu m’entends à 30 km ? » Il y avait un navigateur sur le lac. Je pouvais garder le contact. Et là, la radio prend immédiatement une autre dimension. Elle devient utile. Ma Vertex VX-180 Pour ce réseau, j’utilise notamment une Vertex VX-180. Encore une fois, nous sommes dans un appareil professionnel à commandes physiques. Et ça, pour moi, c’est précieux. Pas besoin de passer son temps sur un immense écran tactile. Une fois l’organisation des canaux et des commandes connue, le poste devient utilisable au toucher et à l’oreille. Ce n’est évidemment pas parce qu’un appareil possède des boutons qu’il devient automatiquement accessible. Il faut encore que ces boutons soient suffisamment reconnaissables et que les fonctions ne reposent pas entièrement sur une information visuelle inaccessible. Mais dans mon cas, ce type de matériel me convient beaucoup mieux que certaines radios modernes extrêmement dépendantes de leur écran. Une radio utile, pas seulement spectaculaire Quand j’ai réalisé mon contact PMR446 de près de 30 km, j’étais évidemment très content. Quand l’Autriche m’a répondu en CB, j’ai trouvé cela complètement dingue. Mais mon expérience avec Romano 154 m’a donné une autre satisfaction. Pas celle du record. Celle de l’utilité. Et je pense que c’est quelque chose que l’on oublie parfois lorsqu’on parle de radio. Les passionnés aiment comparer les antennes. Les puissances. Les portées. Les appareils. Les reports. Les kilomètres. Moi aussi. Mais le jour où la radio permet réellement de garder le contact avec quelqu’un qui en a besoin, les chiffres passent au second plan. Un réseau qui ne dépend pas d’une carte SIM Et cela nous ramène à une question beaucoup plus large : pourquoi continuer à utiliser des radios en 2026 ? Parce qu’évidemment, quelqu’un pourrait me dire : « Tout ça est bien joli, mais aujourd’hui tout le monde a un smartphone. » Oui. Et j’en ai un aussi. J’utilise Internet. WhatsApp. Le streaming. Les applications. Je ne suis absolument pas en guerre contre les technologies modernes. Mais une radio possède une caractéristique extrêmement intéressante : elle peut établir une communication directe sans avoir besoin d’un abonnement mobile ou d’un serveur Internet. On allume. On choisit la fréquence ou le canal. On écoute. On parle. C’est tout. Quand les infrastructures ne fonctionnent plus Cette simplicité peut prendre une importance particulière lors d’un événement sérieux. Une grosse panne de réseau. Un problème électrique étendu. Un événement météorologique majeur. Certaines perturbations informatiques. Une cyberattaque affectant des infrastructures. Bien entendu, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse et présenter la radio comme un objet magique. Une radio a besoin d’énergie. Elle possède une portée limitée. Le relief existe toujours. Les deux stations doivent disposer de moyens compatibles. Il faut connaître le canal ou la fréquence. Et si personne n’écoute, vous pouvez appeler aussi longtemps que vous voulez. Mais une fois ces conditions réunies, la liaison ne demande pas nécessairement qu’une infrastructure de téléphonie mobile fonctionne entre les deux correspondants. Et cela peut être très précieux. Une famille, un quartier, un village C’est d’ailleurs une utilisation de la radio que je trouve particulièrement intéressante. Imaginons une famille équipée de quelques PMR446. Ou plusieurs personnes dans un quartier. Une petite communauté. Des bénévoles lors d’un événement. Des véhicules circulant ensemble. Pas besoin de construire un immense réseau national. Il suffit parfois de pouvoir dire : « Je suis arrivé. » « Tout va bien ici. » « Passe par l’autre route. » « J’ai besoin d’aide. » « On se retrouve à tel endroit. » Quelques mots. Encore une fois : court, concis, précis. Et quand on y pense, nous ne sommes finalement pas si loin des premières utilisations de la radio. La technologie est infiniment plus moderne. Mais le besoin humain reste incroyablement simple : faire parvenir une information à quelqu’un qui n’est pas à portée de voix. Et le radioamateurisme dans tout ça ? À force de parler de CB, de PMR446, de VHF et de propagation, une question finit évidemment par arriver : et pourquoi ne pas devenir radioamateur ? La réponse est : pourquoi pas ? Le radioamateurisme m’intéresse. Son histoire est passionnante. Les possibilités techniques sont énormes. Et contrairement à la CB ou au PMR446, on entre dans un univers où l’opérateur doit démontrer certaines connaissances avant d’obtenir son autorisation. Il faut passer un examen. Et pour moi, la question de l’accessibilité se pose encore. L’examen n’est peut-être pas le plus gros problème Je sais qu’une personne aveugle a déjà réussi à passer l’examen radioamateur. Donc je sais que, théoriquement, ce n’est pas impossible. Ce qui me préoccupe davantage est ce qui vient après. Quel appareil choisir ? Quels postes disposent de retours vocaux suffisants ? Comment accéder aux menus ? Comment programmer certaines fonctions ? Certains appareils souvent cités parce qu’ils parlent ou peuvent être adaptés sont malheureusement des modèles dont l’utilisation n’est pas autorisée de la même manière partout, et la réglementation suisse doit évidemment être respectée. Je n’ai donc pas encore la réponse. Peut-être qu’un jour, Léman 69 deviendra également radioamateur. On verra. Je ne ferme certainement pas la porte. Du Morse au numérique… et toujours le même geste Et c’est là que je trouve toute cette histoire assez belle. Nous avons commencé cet article à la fin du XIXe siècle. Des chercheurs essaient d’envoyer quelques impulsions sans fil. Marconi reçoit trois points correspondant à la lettre S. Des opérateurs apprennent le Morse. Puis la voix arrive. La radiodiffusion entre dans les foyers. Les taxis parlent à leur centrale. Saint-Lys répond aux navires au milieu des océans. La CB permet au grand public de prendre le micro. Le PMR446 met de petits portatifs entre les mains de presque tout le monde. Le numérique arrive. Les satellites arrivent. Internet arrive. Le smartphone arrive. Et pourtant, en 2026, je peux encore prendre une radio dans ma main, appuyer sur un bouton et dire : « Ici Léman 69, qui me reçoit ? » Puis je relâche le PTT. Et j’écoute. Parce que le plus important, ce n’est finalement pas le poste Je pourrais terminer cet article en parlant encore pendant des pages de matériel. Du McKinley. Du G9 Pro. Du PNI Escort HP 82. De ma Vertex. Des antennes. Des modes. Des filtres. Du squelch. Des puissances. Des kilomètres. Tout cela m’intéresse. Énormément. Mais après quelques années de pratique, je crois que ce n’est finalement pas cela que je retiens le plus. Ce que je retiens, ce sont les voix. Kapa 69, mon premier QSO. Cooper 67. Oscar Bravo 76. Didier à Saint-Quentin. Tom, au nord de Vienne. Marc, Romano 154. Et bien d’autres. Parce qu’une radio éteinte n’est finalement qu’un appareil avec une antenne. Ce qui lui donne vie, c’est quelqu’un à l’autre bout. Des contacts qui deviennent parfois des rencontres Et parfois, la personne qui sort du haut-parleur ne reste pas simplement une voix. On discute une première fois. Puis une deuxième. On se retrouve régulièrement en fréquence. On apprend à reconnaître immédiatement la manière de moduler de l’autre. Parfois, on finit par se rencontrer réellement. J’en ai déjà parlé sur ce blog, notamment à propos de ma rencontre avec Bluette, donc je ne vais pas reprendre ici toute cette histoire. Mais elle montre parfaitement ce que j’aime dans ce hobby. Au départ : une fréquence. Un indicatif. Une voix. Puis derrière l’indicatif, une personne. Et c’est probablement la meilleure réponse à quelqu’un qui me demanderait : « Mais qu’est-ce que tu trouves de si intéressant à parler dans une radio ? » Je ne parle pas dans une radio. Je parle à quelqu’un grâce à elle. La différence est énorme. La radio et moi : finalement, une longue histoire Au début de cet article, je disais que la radio et moi, c’était une longue histoire. Et pourtant, je n’ai acheté mon premier véritable poste CB qu’en 2022. Maintenant, vous comprenez probablement mieux pourquoi. Avant Léman 69, il y avait déjà : La Première au petit-déjeuner. Le vieux poste du salon. Le Toshiba du chalet. Option Musique sur 765 kHz. La radio dans la voiture. Les informations trafic. Les taxis lausannois. Les Tiki. Les bips de la centrale. Les petits talkies-walkies. Ma sœur qui jouait les chauffeurs pendant que je faisais la centrale depuis mon arbre. Puis la navigation. La VHF. Et finalement, un jour, Dundee 33 apparaît dans mes écoutes. Je commande un Alan 42. J’écoute. Encore et encore. Puis le 20 novembre 2022, Kapa 69 lance un appel. Cette fois, au lieu de simplement écouter : j’appuie sur le PTT. Je réponds. Je relâche. Et Kapa 69 me répond. C’est probablement là que tout ce qui avait commencé des années auparavant sans que je m’en rende compte est devenu une véritable passion. Alors, si la radio vous tente… Je terminerai donc par quelque chose de beaucoup plus simple qu’une grande conclusion technique. Si cet univers vous intrigue, essayez. Commencez par écouter. Renseignez-vous sur ce qui est autorisé dans votre pays. Choisissez un matériel adapté à l’usage que vous voulez en faire. Apprenez les quelques règles nécessaires. Posez des questions. Et lancez-vous. Pas besoin de commencer avec une station énorme, un pylône dans le jardin et une collection de quinze postes. Mon histoire a réellement commencé avec un petit Alan 42 et beaucoup d’écoute. Puis un jour, j’ai osé répondre. Et regardez où cela m’a emmené. CB. DX. PMR446. VHF. Des centaines de kilomètres en CB. Près de 30 km avec 0,5 W en PMR446. Des communications liées à la navigation. Des amis. Des rencontres. Et encore énormément de choses à apprendre. C’est peut-être cela, finalement, qui me plaît le plus dans la radio : on n’a jamais complètement terminé d’apprendre. Il reste toujours une nouvelle technique à comprendre. Un nouvel appareil à découvrir. Une nouvelle station à entendre. Une nouvelle propagation à tester. Ou simplement une nouvelle personne avec qui discuter. Alors si vous avez depuis longtemps envie d’essayer quelque chose, radio ou autre, je n’ai qu’un conseil : ne laissez pas cette envie dans un tiroir que vous n’ouvrirez jamais. Essayez. Peut-être que rien ne se passera. Ou peut-être qu’un jour, vous appuierez sur un bouton, lancerez un appel… et qu’une voix inconnue vous répondra. Pour moi, c’est comme ça qu’une passion a vraiment commencé. 73 à tous, et à bientôt sur les ondes… ou dans un prochain article !

ORIF : formez-moi, mais laissez-moi vivre !

Il y a des formations dont on ressort avec un diplôme. Il y en a d’autres dont on ressort avec un diplôme, quelques bons souvenirs, quelque...