lundi 2 novembre 2026

Allô ? Du téléphone à cadran au smartphone : nom de bleu, que de changements !

Salut à tous ! Aujourd'hui, je vous propose de remonter le temps. Et pas qu'un peu ! Nous allons parler d'un objet que nous utilisons presque tous, mais qui a énormément changé au fil des décennies : le téléphone. Alors, non, nous n'allons pas uniquement parler des smartphones, de leurs appareils photo, de leurs applications ou de leurs écrans tactiles. Nous allons remonter beaucoup plus loin, à l'époque où l'on tournait un cadran pour composer un numéro, où les téléphones avaient parfois une antenne télescopique, où l'on devait chercher du réseau pour passer un appel et où recevoir un simple message pouvait nécessiter un appareil appelé pager. Sans oublier les cabines téléphoniques, les anciens Natel suisses, les fax et les annonces automatiques qui pouvaient parfois vous faire une sacrée frayeur ! Pourquoi ce sujet ? Tout simplement parce que j'ai connu pas mal de ces appareils, que certains m'ont accompagné pendant de nombreuses années et que j'ai toujours eu un faible pour les technologies que l'on peut véritablement manipuler. D'ailleurs, on me traite parfois de vieux con parce que j'aime encore les téléphones fixes. Eh bien, tant pis ! J'utilise un iPhone moderne, mais cela ne m'empêche pas d'apprécier un bon vieux combiné et, surtout, un téléphone à cadran. Alors, installez-vous confortablement. Nous allons décrocher le combiné et repartir quelques décennies en arrière ! Le téléphone à cadran : quel plaisir de composer un numéro ! L'un de mes premiers souvenirs remonte à l'appartement familial de Zermatt. Nous avions un téléphone blanc à cadran, posé sur une table. Et moi, gamin, j'adorais faire tourner ce fichu cadran ! Il fallait placer son doigt dans le trou correspondant au chiffre, tourner jusqu'à la butée, puis relâcher le mécanisme. Le cadran revenait alors à sa position initiale avec son bruit caractéristique. Et on recommençait pour chaque chiffre ! Pas d'écran, pas d'application, pas de double-tap. Un combiné, un cadran, une sonnerie et une ligne téléphonique. Plus tard, nous avons également eu un téléphone gris provenant de l'ancien cabinet dentaire de mon père. Je ne sais d'ailleurs plus exactement où cet appareil se trouve aujourd'hui. Et figurez-vous que, dans mon bureau, je possède toujours un téléphone à cadran ayant appartenu à ma grand-tante. Il est là, en décoration. Mais de temps en temps, je ne résiste pas à l'envie de lui faire tourner le cadran ! Eh oui, sacrebleu ! Ce que j'aime dans ces appareils, c'est leur authenticité. On sent vraiment le mécanisme fonctionner sous les doigts. Le cadran, le combiné, le poids de l'appareil, les commandes : tout est physique. Cela ne veut pas dire que je refuse les téléphones à touches. Simplement, si vous me demandiez quel ancien téléphone j'aimerais remettre en service, je choisirais sans hésiter un modèle à cadran. Rien que pour le plaisir de composer un numéro ! Les premiers téléphones sans fil : on pouvait enfin se promener en téléphonant ! Après les téléphones à cadran, je me souviens notamment d'un appareil sans fil blanc assez particulier. Il possédait une petite antenne sur le combiné, une autre sur la base et un clavier dont les touches n'étaient pas particulièrement faciles à distinguer au toucher. Mais ce qui m'amusait surtout, c'était son système d'ouverture. Il avait une sorte d'arceau articulé devant la bouche. On appuyait sur un bouton situé sur le côté, et l'arceau s'ouvrait pour permettre de parler. C'était assez original ! Il disposait également de mémoires de numérotation. Par exemple, pour appeler ma grand-mère, on pouvait utiliser un code comme M05. Le téléphone retrouvait alors automatiquement le numéro enregistré. Il y avait aussi une fonction permettant de retrouver le combiné. On appuyait sur un bouton de la base, et le téléphone se mettait à sonner. Pratique quand quelqu'un avait encore abandonné le combiné dans une autre pièce ! D'ailleurs, cette fonction existe encore sur de nombreux téléphones sans fil modernes. Par la suite, nous avons connu plusieurs appareils DECT, avec la possibilité de téléphoner d'une pièce à l'autre. Nous avions notamment un combiné dans la chambre de mes parents. On pouvait donc appeler un autre combiné de la maison sans forcément passer par le réseau téléphonique extérieur. Une sorte de petit réseau domestique, finalement ! Le fax : non de non, on allait l'oublier ! Et puisqu'on parle des téléphones fixes, impossible de passer sous silence le télécopieur. Le fameux fax ! Chez nous, nous avions un appareil deux-en-un : téléphone et fax. Il servait principalement à téléphoner, mais nous utilisions aussi la fonction télécopie de temps en temps. Nous envoyions parfois des documents à des amis, et même des dessins ! Eh oui ! On plaçait la feuille dans l'appareil, on composait le numéro du destinataire, et les deux machines commençaient leur petite conversation électronique. Biiiiip ! Krrrrr ! Chhhhhhh ! Ah, quelle musique ! Puis, si tout se déroulait correctement, le document était reproduit chez le correspondant. Mon père, qui était dentiste, disposait également d'un fax professionnel à son cabinet. Le fax a longtemps été un outil très important pour transmettre rapidement des documents, bien avant que les courriels et les services de partage de fichiers deviennent aussi courants. D'ailleurs, il faut rappeler que la ligne téléphonique ne servait pas uniquement à transporter la voix. On pouvait aussi s'en servir pour transmettre des documents et, plus tard, accéder à Internet avec un modem. Mais nous y reviendrons ! Le Natel : une histoire bien suisse ! Maintenant, parlons d'un mot qui a marqué plusieurs générations de Suisses. Le Natel ! Alors, si vous dites à un Français qui ne connaît pas l'expression : « Merde, j'ai perdu mon Natel ! » Il risque de vous répondre : « Pardon ? Ton quoi ? » Ha ha ha ! Eh oui, chez nous, le terme Natel a longtemps désigné tout simplement le téléphone portable. À l'origine, il s'agissait du nom du réseau de téléphonie automobile national des PTT suisses. Le premier réseau Natel A a été mis en service en 1978. D'autres générations ont suivi, notamment les réseaux Natel B, Natel C, puis Natel D, qui a marqué le passage au GSM numérique. Le terme Natel est ensuite devenu si courant qu'on l'utilisait même pour parler d'un Nokia, d'un Siemens ou d'un Motorola acheté chez un autre opérateur. Aujourd'hui, on dit plus volontiers « portable » ou « smartphone », mais je connais encore des gens qui parlent de leur Natel. Et moi aussi, il m'arrive d'utiliser ce mot ! L'Ericsson Natel C de mes parents Mes parents avaient possédé un Ericsson de la génération Natel C. Ce n'était déjà plus un énorme téléphone installé dans une voiture. On pouvait le transporter et même le glisser dans une grande poche ou un sac à main. Il possédait une antenne, un petit écran, un clavier numérique et quelques commandes assez imposantes. Mais le détail dont je me souviens particulièrement, c'est la batterie. Pour la recharger, il fallait la retirer du téléphone et la placer sur une base de chargement. Pas question de brancher tranquillement un câble USB-C ! Quant aux sonneries, elles étaient franchement basiques. Quelques signaux électroniques, et voilà. Pas de mélodies fantaisistes ni de morceaux de musique. Et pourtant, à l'époque, pouvoir emporter un téléphone avec soi était déjà quelque chose de formidable. D'ailleurs, je me souviens encore de l'ancien numéro de cet appareil ! Je ne vais pas vous le recopier ici, mais cela montre à quel point certains numéros restent gravés dans la mémoire. Ericsson, Motorola, Siemens et Sony Ericsson : chacun son style ! Ensuite, les téléphones mobiles se sont multipliés dans la famille. Ma mère a notamment possédé un Ericsson bleu marine, probablement un T10, avec un petit écran et un clapet protégeant le clavier. Mon père avait un Motorola StarTAC. Ah, le StarTAC ! Un téléphone à clapet devenu emblématique. Pour ouvrir celui de mon père, il fallait utiliser les deux mains. Je me souviens également de l'époque où l'on changeait parfois de carte en fonction du pays dans lequel on voyageait, afin de pouvoir utiliser un autre abonnement ou un réseau adapté. Puis sont arrivés les Siemens. Ma mère a eu un C35, puis un C45. Nous avons également connu le M35, un modèle à la conception plus robuste. Et il y avait les Sony Ericsson ! Ma mère a possédé un modèle à clapet rouge, avec deux écrans, probablement un Z600. Elle a ensuite eu un W580i rose, un téléphone coulissant particulièrement reconnaissable. Mon père, quant à lui, avait un Sony Ericsson assez curieux : la partie supérieure pivotait sur le côté pour découvrir le clavier. C'était une autre manière de concevoir un téléphone ! À cette époque, les fabricants expérimentaient beaucoup. Il y avait des clapets, des parties coulissantes, des mécanismes pivotants, des antennes, des coques interchangeables et toutes sortes de formes différentes. Aujourd'hui, la plupart des smartphones se ressemblent davantage. Certes, leurs possibilités sont extraordinaires, mais j'avoue que cette diversité mécanique avait quelque chose de sympathique. Mon premier portable : le Nokia 8210 Et moi, dans tout cela ? Mon premier téléphone portable personnel a été un Nokia 8210. Je l'avais personnalisé avec une coque grise et un petit élément coulissant muni d'un microphone, qui protégeait le clavier. C'était un appareil compact. Mais je ne l'ai pas gardé très longtemps. Pourquoi ? Parce que son haut-parleur a rendu l'âme ! Sacrebleu ! J'ai donc dû changer de téléphone assez rapidement. Et c'est ainsi qu'est arrivé le fameux Nokia 3310. Le Nokia 3310 : des touches enfin plus agréables ! Avec le 3310, j'ai immédiatement apprécié le clavier. Les touches étaient mieux espacées et plus faciles à distinguer. Et pour une personne aveugle, ce n'était pas un détail ! À l'époque, les téléphones ne disposaient pas encore des lecteurs d'écran intégrés que nous connaissons aujourd'hui. Je pouvais composer un numéro directement au clavier, mais parcourir librement tous les menus ou lire les SMS était une autre histoire. Le 3310 m'a tout de même accompagné pendant un bon moment. Il était pratique, agréable à manipuler et, contrairement à mon 8210, il n'a pas rapidement rendu l'âme. Mais une autre révolution allait arriver. Et celle-là, je ne suis pas près de l'oublier ! Nokia 3230 : enfin, je pouvais lire et écrire mes SMS ! Après le 3310, je suis passé assez rapidement au Nokia 3230. Et celui-là, mesdames et messieurs, je l'ai adoré ! Il fonctionnait sous Symbian OS, avec la possibilité d'installer un lecteur d'écran comme TALKS ou Mobile Speak. Personnellement, j'utilisais Mobile Speak. Et là, quel changement ! Je pouvais enfin lire et écrire mes SMS moi-même ! Je pouvais accéder aux menus, consulter différentes informations, utiliser les fonctions du téléphone et même prendre des photos. Cela peut paraître banal aujourd'hui, mais à l'époque, c'était une véritable révolution pour mon autonomie. Bien entendu, il fallait payer. Et pas qu'un peu ! D'après mes souvenirs, Mobile Speak coûtait environ 300 francs suisses, installation comprise, tandis que TALKS pouvait atteindre quelque 400 francs. Et ces montants venaient s'ajouter au prix du téléphone ! Autrement dit, pour utiliser pleinement son appareil, une personne aveugle devait parfois dépenser plusieurs centaines de francs supplémentaires. Mais quel plaisir de ne plus dépendre de quelqu'un pour lire un message ! Côté clavier, le Nokia 3230 était bien pensé. Ses touches étaient relativement petites, mais agréables à utiliser. En revanche, pas question de profiter tranquillement du dictionnaire prédictif T9 avec ma configuration de Mobile Speak. J'écrivais donc avec la saisie classique, en appuyant plusieurs fois sur les touches pour obtenir les lettres. Et j'écrivais en toutes lettres ! Parce que les SMS du genre « c koi », « pk » et autres abréviations incompréhensibles, très peu pour moi ! Nom de bleu, ce n'est pas parce qu'on envoie un SMS qu'on doit massacrer le français ! Bon, chacun fait comme il veut, évidemment. Mais moi, je préférais écrire correctement. Le Nokia N70, puis le 6210 Navigator Malheureusement, mon Nokia 3230 a connu une fin plutôt malheureuse. Je l'ai fait tomber à l'eau ! Et non, il n'a pas particulièrement apprécié l'expérience. Nous avons donc dû trouver une autre solution. C'est ainsi que je suis passé au Nokia N70. Toujours avec Mobile Speak. J'ai conservé cet appareil assez longtemps, même si je trouvais ses touches trop petites. Mais il a finalement connu, lui aussi, une fin peu glorieuse. Cette fois, pas de baignade ! C'est une mise à jour qui lui a été fatale. Heureusement, un copain possédait un Nokia 6210 Navigator dont il ne se servait plus. Il me l'a vendu. Et là, quel bonheur ! Un petit téléphone coulissant, simple, pratique, agréable à manipuler, avec un clavier physique et toujours Mobile Speak. J'ai énormément aimé cet appareil. Je l'ai d'ailleurs conservé jusqu'à aujourd'hui ! C'est dire si j'y tiens. Mais en 2011, j'ai décidé de franchir une nouvelle étape. 2011 : l'iPhone 4 et l'ouverture sur le monde À cette époque, j'avais envie de me mettre à la page. J'ai donc acheté un iPhone 4. Et je me suis retrouvé face à un écran tactile, sans le clavier physique auquel j'étais habitué. Pourtant, il ne m'a fallu qu'une trentaine de secondes pour comprendre les principes de base de VoiceOver. C'est un lecteur d'écran intégré aux appareils Apple. Il permet notamment d'explorer l'écran au toucher, d'entendre les éléments sélectionnés et d'interagir avec eux grâce à différents gestes. Avec le clavier tactile, j'ai également découvert une autre manière de saisir du texte. On pouvait explorer les lettres, puis les sélectionner par double-tap. Mais il existait aussi la saisie tactile, que je préfère encore aujourd'hui : on pose le doigt sur une lettre et on le relève pour la saisir. Et surtout, avec l'iPhone, mon téléphone n'était plus simplement un outil permettant d'appeler ou d'envoyer des SMS. J'avais accès à Internet, aux journaux, aux réseaux sociaux, à mes courriels et à une multitude d'applications. J'avais littéralement un petit ordinateur accessible dans la poche ! Attention, les Nokia Symbian pouvaient déjà proposer Internet, des courriels et différentes applications. Mais l'iPhone m'a permis de profiter beaucoup plus facilement et largement de toutes ces possibilités. Et surtout, VoiceOver était déjà intégré : plus besoin d'acheter séparément une licence Mobile Speak ou TALKS. Aujourd'hui, j'utilise toujours un iPhone, mais un modèle bien plus récent. Et je ne regrette absolument pas cette évolution ! Le pager : cette petite bestiole que j'aurais adoré posséder ! Mais revenons à un appareil qui mérite lui aussi sa place dans notre histoire : le pager. Ou, en français, le récepteur de radiomessagerie. Ah, les pagers ! Je n'en ai malheureusement jamais possédé personnellement, mais j'en ai connu, notamment à l'Hôpital ophtalmique. Je crois également que mon parrain, ou peut-être sa femme, en avait un. Le principe était assez particulier. On pouvait recevoir un signal d'appel, parfois accompagné d'un numéro ou d'un message, puis rappeler depuis un téléphone. Imaginez-moi en classe, avec un pager accroché à la ceinture. BIIIIP ! BIIIIP ! BIIIIP ! « Ah, nom de bleu ! Qui est-ce qui me cherche encore ? » Je consulte le message. « Ah, c'est ma mère ! Bon, maintenant, il faut trouver un téléphone pour la rappeler ! » Ha ha ha ! Bon, attention : cette scène est imaginaire, puisque je n'ai jamais eu de pager à l'école. Mais j'aurais adoré ! Et, aujourd'hui encore, je serais ravi d'en posséder un. À une condition toutefois : qu'il soit accessible. Parce qu'un appareil qui sonne pour m'annoncer un numéro que je ne peux pas lire, ça ne m'avancerait pas à grand-chose. Il faudrait donc une lecture vocale du numéro ou du message reçu. Certains pagers classiques affichaient seulement quelques chiffres, d'autres pouvaient recevoir des messages alphanumériques. Il existait aussi des systèmes de radiomessagerie vocale, mais cela ne remplaçait pas nécessairement un véritable lecteur d'écran. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, les pagers n'ont pas totalement disparu. Certains services hospitaliers ou d'urgence utilisent encore des dispositifs de radiomessagerie, parfois en complément de moyens de communication plus modernes. Comme quoi, une ancienne technologie peut encore rendre des services ! Swisscom, diAx, Orange : quand le réseau ne passait pas partout Autrefois, le paysage de la téléphonie mobile suisse était bien différent. Nous avions Swisscom, diAx et Orange Suisse. Dans ma famille, nous étions chez Swisscom. Aujourd'hui, je suis chez Sunrise, et je ne le regrette pas. Mais à l'époque des premiers Natel, une chose était certaine : on n'avait pas du réseau partout ! Il fallait parfois chercher un endroit où le téléphone captait suffisamment pour passer un appel. On se déplaçait un peu, on réessayait, puis on finissait parfois par trouver quelques précieuses barres de réseau. « Ah, ça passe ici ! Bon, surtout, ne bouge plus ! » Les réseaux se sont considérablement développés depuis, même si la couverture n'est pas absolument parfaite partout aujourd'hui. Et les opérateurs ont également changé de nom. diAx est devenu Sunrise après les réorganisations de l'époque, tandis qu'Orange Suisse est devenue Salt. Toute une évolution ! Les cabines téléphoniques : pièces, cartes et Postcard ! Ah, les cabines téléphoniques ! J'en ai connu plusieurs, notamment au centre sportif d'Ovronnaz. Je me souviens d'une cabine qui possédait, au départ, un téléphone à pièces avec un cadran rotatif. Oui, oui ! Il fallait introduire ses pièces, composer son numéro et surveiller la durée de l'appel. Puis sont arrivés les appareils à touches et les cartes téléphoniques. Et ces cartes avaient quelque chose de sympathique. Elles portaient souvent des illustrations, des photographies ou différents dessins. On pouvait notamment trouver des cartes de 5 ou 10 francs. Certaines personnes les collectionnaient. Et sur des Publiphones plus récents, il était également possible d'utiliser des cartes de paiement, notamment la Postcard. J'ai surtout connu les cabines fermées, celles dans lesquelles on entrait pour téléphoner. Mais lorsque les cabines ont progressivement disparu, je n'en ai pas été particulièrement bouleversé. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous avions déjà des téléphones portables ! C'était donc une évolution assez logique. Cela n'enlève rien au charme des anciens appareils ni au souvenir de leur fonctionnement. Les annonces automatiques : parfois, quelle frayeur ! Et maintenant, parlons des voix du réseau téléphonique. Parce que là aussi, j'ai quelques souvenirs ! Certaines annonces automatiques me faisaient franchement peur quand j'étais petit. Par exemple : « Prière de rappeler plus tard. L'abonné désiré n'est pas disponible. » Ou encore : « Ce numéro n'est pas valable. Veuillez consulter la liste des abonnés ou appeler le numéro 111. » Ah, le 111 ! Les renseignements téléphoniques ! Ces annonces avaient un ton particulièrement officiel et impersonnel. On aurait presque dit qu'on venait de commettre une faute grave simplement parce qu'on avait composé un mauvais numéro ! Ha ha ha ! Il ne faut toutefois pas confondre ces messages avec les répondeurs et les messageries vocales. Les annonces automatiques du réseau servaient à signaler qu'un appel ne pouvait pas aboutir. Le répondeur, lui, permettait d'enregistrer un message. Puis les opérateurs ont proposé leurs propres messageries vocales, comme COMBOX chez Swisscom ou les services équivalents chez Sunrise et Salt. Ce n'était pas tout à fait la même chose. Et puis il y avait les tonalités. Les bips courts et répétés indiquaient généralement que la ligne était occupée. Les tonalités plus longues et espacées signalaient que l'appel avait été acheminé et que le correspondant était en train d'être appelé. Il existait encore d'autres signaux, mais je ne prétends pas tous les connaître par cœur ! L'horloge parlante et les services téléphoniques Ah, l'horloge parlante ! Qui se souvient du 161 ? On composait le numéro et une voix annonçait l'heure. « Au prochain top, il sera 15 heures, 5 minutes et 10 secondes… » TOP ! Rien que d'y repenser, j'entends presque la voix ! Et les services téléphoniques ne se limitaient pas à l'heure. Il y avait également les prévisions météorologiques, les informations routières, les résultats sportifs et différents services spécialisés. On connaissait notamment le 162 pour la météo, le 163 pour les informations routières et le 164 pour des informations sportives. Tous ces services n'ont pas nécessairement conservé leur fonctionnement historique, mais ils rappellent une époque où le téléphone permettait déjà d'obtenir des renseignements sans passer par Internet. Aujourd'hui, nous ouvrons une application météo, un site d'informations ou un navigateur. Autrefois, il suffisait parfois de composer trois chiffres ! Et cela me rappelle aussi les gros annuaires téléphoniques. Chez nous, mes parents consultaient régulièrement le bottin, distribué par région. Moi, je connaissais surtout les numéros par cœur. C'était bien pratique, puisque les annuaires imprimés n'étaient pas directement accessibles pour moi. Quand il a fallu changer la manière de composer les numéros L'histoire de la téléphonie suisse, c'est également celle des numéros et des indicatifs. Autrefois, pour certains appels locaux, il n'était pas nécessaire de composer systématiquement l'indicatif régional. Puis les règles ont changé. Le 29 mars 2002, la Suisse est passée à une numérotation fermée, imposant notamment la composition de l'indicatif pour les appels locaux sur le réseau fixe. Cela a nécessité de modifier certaines habitudes. Moi, je ne me souviens pas de toutes les étapes antérieures de la numérotation, mais je me rappelle que le changement avait été annoncé. Et les anciens indicatifs suisses mériteraient presque un article à eux seuls ! Nous pourrions même prendre un personnage fictif, appelons-le Alphonse, pour expliquer comment on composait son numéro à différentes époques. Mais je vais m'arrêter là pour aujourd'hui, sinon nous allons nous lancer dans toute l'histoire du plan de numérotation suisse ! Et ça, nom de bleu, c'est encore un autre morceau ! Aujourd'hui, je garde mon téléphone fixe ! Nous voilà presque revenus à notre époque. Aujourd'hui, j'utilise un iPhone moderne, avec VoiceOver, Internet, mes courriels, les réseaux sociaux et toutes sortes d'applications. Mais j'aime toujours avoir un téléphone fixe. J'ai notamment connu un Switel DECT, puis un Doro 214, et aujourd'hui un Geemarc, dont il faudra d'ailleurs que je vérifie le fonctionnement, puisqu'il commence à grésiller sérieusement. Certains trouvent cela démodé. Moi, j'aime tout simplement avoir un objet physique entre les mains. Un combiné, des boutons, des commandes que l'on peut sentir au toucher. Et je trouve cela parfaitement compatible avec l'utilisation d'un smartphone. Je ne vais pas prétendre que tout était mieux avant. Les téléphones modernes nous offrent des possibilités extraordinaires, particulièrement en matière d'accessibilité. Il suffit de comparer les premières générations de Nokia, où il fallait acheter Mobile Speak plusieurs centaines de francs, avec les smartphones actuels et leurs lecteurs d'écran intégrés. Mais il y a une chose que nous avons un peu perdue. Nous ne connaissons presque plus les numéros de téléphone par cœur ! Aujourd'hui, on ouvre son répertoire, on sélectionne un nom et on lance l'appel. C'est très pratique. Mais combien d'entre nous connaissent encore le numéro de leurs copains ? Autrefois, je composais les chiffres moi-même. Je connaissais les numéros, je savais qui j'appelais et, avec un téléphone à cadran, chaque chiffre nécessitait un petit geste mécanique. Aujourd'hui, tout cela se fait souvent automatiquement. C'est un progrès, évidemment. Mais j'avoue que le plaisir de faire tourner un cadran me manque un peu. Alors, était-ce mieux avant ? Je ne crois pas qu'il faille poser la question aussi simplement. Les anciens téléphones avaient leur charme, leur robustesse pour certains, leurs commandes physiques et leurs mécanismes particuliers. Mais ils avaient aussi leurs limites. Les premiers Natel étaient coûteux, les réseaux ne couvraient pas partout, les batteries étaient moins pratiques et les téléphones mobiles étaient loin d'être entièrement accessibles. Puis les lecteurs d'écran mobiles sont arrivés, avec TALKS et Mobile Speak. Ils ont permis à des personnes aveugles comme moi de lire des SMS, d'en écrire, de parcourir les menus et de profiter davantage de leurs téléphones. Enfin, les smartphones ont ouvert des possibilités encore plus vastes, avec Internet, les applications et des technologies d'assistance intégrées. Alors non, je ne voudrais pas abandonner mon iPhone pour revenir définitivement à un Nokia 3310. Mais si vous me proposez un téléphone à cadran que je peux faire fonctionner, je ne vais certainement pas refuser ! Et si quelqu'un invente un jour un bon vieux pager tout simple, avec de vrais boutons et une lecture vocale des messages, je serais probablement parmi les premiers intéressés ! Parce qu'on peut parfaitement apprécier les technologies modernes sans oublier les anciennes. Et surtout, ce n'est pas parce qu'un appareil est vieux qu'il est forcément sans intérêt. La preuve : mon Nokia 6210 Navigator est toujours là, et mon téléphone à cadran aussi ! Et vous, quels téléphones avez-vous connus ? Maintenant, c'est à vous ! Avez-vous connu les téléphones à cadran, les combinés à clapet, les premiers Natel, les Nokia, les Siemens, les Ericsson ou les Motorola StarTAC ? Avez-vous déjà utilisé un pager, un fax, une cabine téléphonique avec une carte à prépaiement ou les anciens services téléphoniques suisses ? Peut-être possédez-vous encore un appareil de cette époque ? Et surtout, y a-t-il un ancien téléphone que vous aimeriez retrouver ou remettre en service ? Je serais ravi de lire vos souvenirs, vos anecdotes et vos avis ! Vous pouvez réagir directement dans les commentaires sous cet article, mais également sur Facebook, LinkedIn ou les autres plateformes où il sera partagé. Vous pouvez aussi ne pas être d'accord avec moi. Au contraire, les échanges sont toujours intéressants lorsqu'ils restent respectueux ! Et si cet article vous a rappelé quelques bons souvenirs, n'hésitez pas à le partager avec vos proches, vos amis ou vos anciens collègues. Peut-être qu'il réveillera chez eux le souvenir d'un vieux Nokia, d'une cabine téléphonique ou d'un fax particulièrement capricieux ! Merci à toutes celles et ceux qui prennent le temps de me lire. À bientôt sur BlindPower pour de nouvelles découvertes et d'autres aventures ! Aveugle mais capable !

mercredi 28 octobre 2026

Mais où est-ce que j’ai encore posé ce machin ?

« Roh mais merde… je l’ai foutu où, ce machin ? » Je pense que cette phrase, ou une variante un peu plus polie selon les personnes, a déjà été prononcée dans à peu près toutes les maisons de la planète. On cherche son téléphone. Ses clés. Un papier. Un câble. Une télécommande. Un objet qu’on était pourtant absolument certain d’avoir posé « juste là ». Et quand on est aveugle ? Eh bien… on cherche aussi ! Parce que contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, perdre ses affaires n’est pas une activité exclusivement réservée aux voyants. Et être aveugle ne donne malheureusement pas un super-pouvoir permettant de mémoriser instantanément l’emplacement de chaque objet. Dommage. Ça pourrait être pratique. Tu peux avoir du bordel, mais il faut savoir où est ton bordel Voilà probablement ma règle principale. Je ne vais pas vous raconter que tout est parfaitement rangé chez moi. Ce serait mentir. Il suffit probablement de regarder mon bureau pour comprendre assez rapidement la situation. Des radios. Des antennes. Un iPad. Un iPod. Des câbles. Et tout un tas d’autres choses. Bref, ce que j’appellerais volontiers un sacré beusier. Et pour fourguenatzer là-dedans afin de retrouver quelque chose, bonjour ! Tiens, encore deux expressions bien de chez nous. Après mon récent article consacré à notre manière de parler, il fallait bien qu’elles ressortent quelque part ! Mais ce joyeux beusier n’empêche pas d’avoir une certaine organisation. Parce qu’il y a une différence entre avoir du bordel et ne jamais savoir où sont ses affaires. Chaque chose à sa place… enfin, presque ! Pour les objets que j’utilise régulièrement, j’essaie généralement de conserver un emplacement précis. Au cabinet, c’est particulièrement important. Mes huiles, par exemple, doivent être là où je sais les trouver. Je ne vais pas faire attendre un patient pendant cinq minutes simplement parce que j’ai décidé de jouer à cache-cache avec une bouteille d’huile de massage. L’organisation me permet d’être plus efficace et de prendre rapidement la personne en charge. Pour mes radios, c’est pareil. Dans 99 % des cas, je sais où elles sont. Bon. Il reste donc 1 %. Et ce 1 % peut parfois devenir particulièrement intéressant. Mais elle était là ! Il m’est déjà arrivé de chercher une radio. Je passe la main à l’endroit où je pense l’avoir mise. Rien. Je cherche encore. Toujours rien. Je commence à m’agacer. Je finis par demander à quelqu’un : « Tu ne vois pas ma radio ? » La personne cherche. Et elle la trouve… Exactement à sa place. Là où je l’avais moi-même rangée. Magnifique. Dans ces moments-là, il devient assez difficile d’accuser quelqu’un d’avoir déplacé mes affaires. Je l’avais rangée. Correctement, en plus. Et je suis quand même passé à côté. Oui, ça arrive. Il m’arrive même parfois de chercher un objet alors que… je l’ai dans la main. Voilà. On va laisser passer quelques secondes afin que chacun puisse mesurer toute la puissance de cette organisation. Ce n’est pas parce que je suis aveugle que tout doit être étiqueté Pour retrouver mes affaires, je n’ai pas forcément besoin d’étiquettes en braille partout. Beaucoup d’objets sont parfaitement reconnaissables au toucher. Prenons mes radios portatives. Une Jopix, une PNI ou un Midland G9 n’ont pas exactement la même forme ni la même disposition des commandes. Je peux donc assez facilement savoir laquelle j’ai entre les mains. Même chose pour les chargeurs. Le socle de charge d’une Jopix, celui d’un Midland G9 et celui de mon Vertex sont très différents. Difficile de les confondre. Pour les câbles, les connecteurs donnent également beaucoup d’informations. Aujourd’hui, l’USB-C simplifie pas mal de choses, même si j’ai encore plusieurs appareils en Lightning, notamment mes AirPods, mon iPad ou mon iPod. Avec l’habitude, je reconnais assez facilement ce qui va avec quoi. Parfois, la meilleure étiquette tactile d’un objet, c’est tout simplement sa forme. Et les couleurs ? Évidemment, il existe des informations qu’un simple toucher ne me donnera pas. La couleur de mes vêtements, par exemple. Là, je peux utiliser Seeing AI sur mon iPhone. Ou, encore plus simplement, mon petit Colorino, un détecteur de couleurs. Je le place sur le vêtement et il m’indique sa couleur. Là encore, je choisis simplement l’outil qui me convient en fonction de la situation. Pas besoin de transformer le rangement d’un aveugle en opération de la NASA. Surtout, ne rangez pas mes affaires « pour m’aider » Ça, c’est un grand classique. Quelqu’un voit un objet et se dit : « Tiens, je vais le ranger, ce sera plus pratique pour lui. » L’intention peut être excellente. Le résultat, beaucoup moins. Parce que si vous déplacez quelque chose sans me prévenir, je vais naturellement commencer par le chercher là où je sais l’avoir laissé. Je cherche. Je recommence. Je m’agace. Et à un moment, il devient assez probable que je fasse comprendre que déplacer mes affaires sans me prévenir n’était peut-être pas l’idée du siècle. En général, les gens qui me connaissent font la gaffe une fois. Après, le principe est assez vite compris ! En revanche, ranger quelque chose avec moi, aucun problème. On peut parfaitement m’aider à organiser un espace. Mais laissez-moi manipuler les objets et choisir avec vous où ils vont se trouver. Ainsi, je connais ensuite leur emplacement. Aider, ce n’est pas forcément décider à la place de quelqu’un de ce qui sera pratique pour lui. La cuisine : apprendre la carte des lieux Dans une cuisine, je n’ai pas nécessairement choisi moi-même l’emplacement de chaque chose. Et ce n’est pas un problème. J’apprends simplement où elles se trouvent. Les assiettes sont là. Les verres ici. Les casseroles ailleurs. Une fois les emplacements mémorisés, je vais directement chercher ce dont j’ai besoin. Ce qui compte donc n’est pas forcément d’avoir personnellement décidé de chaque emplacement. Il faut surtout que les choses ne déménagent pas sans arrêt. Parce que si les assiettes changent de placard tous les trois jours, là, ça devient tout de suite plus sportif. Mon verre est à 1 heure À table, j’ai aussi mes repères. Je pose souvent mon verre vers 1 heure par rapport à mon assiette, ou au-dessus du couteau. Je sais donc où tendre la main. Ça fonctionne parfaitement… jusqu’à ce que quelqu’un déplace le verre. Et ça, oui, ça arrive. Je cherche ma bière, mon verre de blanc, mon eau ou que sais-je encore. Je tends la main là où je sais l’avoir posé. Plus rien. Je cherche. Et quelqu’un finit par dire : « Oups, pardon, je l’ai déplacé. » Ah ! Mystère résolu. Ce n’est pas que je suis soudain devenu incapable de retrouver mon verre. C’est simplement que le repère que j’avais mémorisé a changé sans que je le sache. Au restaurant, d’ailleurs, ça se passe généralement très bien. Les serveurs me montrent où ils posent quelque chose ou me le mettent directement dans la main. Une fois que je sais où c’est, terminé. Je me débrouille. Et quand je voyage ? Dans un hôtel, sur un bateau ou ailleurs, je prends rapidement mes repères. Parce que si je dois pouvoir sauter dans mes godasses et être opérationnel rapidement, il vaut mieux que je sache où j’ai foutu mon bordel. Sur un bateau, c’est encore plus important. L’espace n’est pas toujours immense. Nous sommes plusieurs à bord. Chacun a ses affaires. Si je ne sais jamais où j’ai posé les miennes, je vais passer mon temps à demander : « Il est où, mon truc ? » « Tu as vu ça ? » « Quelqu’un sait où est machin ? » Une fois, ça va. Sans arrêt, ça peut finir par agacer tout le monde. Alors je prends mes repères. Je sais où j’ai mis mes affaires et je peux les récupérer rapidement. L’autonomie, parfois, tient à quelque chose d’aussi simple que savoir où l’on a foutu ses chaussettes. Le rangement génial qu’on oublie trois jours plus tard Il existe cependant un piège redoutable. Vous connaissez peut-être cette brillante idée : « Tiens, je vais mettre cet objet ici. C’est un endroit tellement logique que je saurai forcément où il est. » Erreur. Trois jours plus tard : « Roh mais merde ! Je l’ai foutu où, ce machin ? » On cherche partout. À sa place habituelle ? Non. Sur le bureau ? Non. Dans un tiroir ? Non. Et bien entendu, ce genre de chose arrive généralement au moment où l’on a besoin de l’objet immédiatement. Pas quand on dispose tranquillement de vingt minutes pour le chercher. Non. Ce serait trop facile. Et quand je finis par retrouver le fameux objet dans cet emplacement « génial » que j’avais moi-même choisi trois jours auparavant, il retourne directement à sa vraie place. Parce que je sais pertinemment que si je recommence, je ne le retrouverai plus. Où est mon iPhone ? Le téléphone mérite évidemment sa propre catégorie. Il m’arrive assez régulièrement de ne plus savoir où j’ai posé mon iPhone. Je cherche. Je tâte le bureau. Je réfléchis. Rien. Heureusement, j’ai une arme redoutable : mon Apple Watch. Je peux faire sonner l’iPhone. Au lieu de fourguenatzer partout pendant dix minutes, je lance la sonnerie et j’écoute. Un jour, je cherche donc mon téléphone. Je le fais sonner. Et je l’entends… aux WC. Ah. Merde. Quel con ! Je l’avais tout simplement laissé là. Pour le coup, je ne pense pas que la cécité ait grand-chose à voir avec l’affaire. Les papiers : attention au beusier Pour les documents, j’ai aussi une organisation. Mes classeurs avec leurs intercalaires bien séparés fonctionnent très bien. Une fois qu’un document est correctement rangé, je sais où le retrouver. Mais une feuille volante posée sur le bureau ? Là, nous entrons dans une zone beaucoup plus dangereuse. Si elle n’est pas mise dans une chemise ou avec les autres documents auxquels elle appartient, elle peut rapidement se perdre au milieu du reste. Et lorsqu’il s’agit d’une facture, j’ai une méthode très simple : je la paie immédiatement. Parce que sinon, je risque de l’oublier. Parfois, la meilleure organisation consiste simplement à ne pas repousser une chose importante au lendemain. « Laisse, je vais chercher pour toi » Non. Enfin… pas tout de suite. Si je cherche quelque chose, laissez-moi d’abord chercher. Je n’ai pas besoin qu’une personne voyante se précipite systématiquement pour retrouver l’objet à ma place. En revanche, si je demande de l’aide, alors oui ! Une paire d’yeux peut être sacrément utile. Pourquoi passer vingt minutes à chercher quelque chose uniquement pour pouvoir dire que je l’ai retrouvé tout seul, alors qu’une personne à côté peut me dire en dix secondes : « Il est là. » Demander de l’aide lorsque j’en ai besoin ne me pose aucun problème. Mais laissez-moi décider quand j’en ai besoin. Les aveugles peuvent aussi être bordéliques ! Et c’est peut-être finalement le plus important. On imagine parfois qu’une personne aveugle doit forcément être extrêmement ordonnée. Que tout doit être parfaitement aligné. Que nous devons avoir une mémoire extraordinaire nous permettant de connaître l’emplacement exact de chaque objet. Eh bien non. Une personne aveugle peut être la personne la plus bordélique de la planète. Une autre peut être extrêmement ordonnée. Exactement comme chez les voyants. Personnellement, je peux être très organisé pour certaines choses parce que cela me permet d’être efficace. Au cabinet, je dois savoir où se trouve mon matériel. En voyage ou sur un bateau, je dois pouvoir retrouver rapidement mes affaires. Et à côté de ça… mon bureau peut être un sacré beusier. Les deux ne sont absolument pas incompatibles. La règle est finalement très simple Après toutes ces histoires de radios introuvables, de verres déplacés, de papiers, de câbles, de téléphone oublié aux WC et de rangement improvisé que j’oublie trois jours plus tard, ma règle pourrait tenir en une seule phrase : Tu peux avoir du bordel, mais il faut savoir où est ton bordel. Et lorsque je ne sais vraiment plus où il est ? Je cherche. Je râle peut-être un peu. Je fourguenatze. Je demande éventuellement une paire d’yeux. Et parfois, je découvre simplement que l’objet était exactement à sa place depuis le début. Ou dans ma main. Comme quoi, être aveugle ne protège absolument pas contre les grands moments de solitude ! Et vous ? Êtes-vous du genre à avoir une place précise pour chaque chose, ou votre maison ressemble-t-elle parfois à un gigantesque beusier ? Avez-vous déjà cherché votre téléphone alors qu’il était dans votre poche, vos lunettes alors qu’elles étaient sur votre nez, ou un objet que vous aviez dans la main ? Et surtout : avez-vous déjà rangé quelque chose dans un endroit tellement « intelligent » que vous avez été incapable de le retrouver trois jours plus tard ? N’hésitez pas à raconter vos propres exploits dans les commentaires. Je sens que je ne suis certainement pas le seul ! À bientôt pour un prochain article ! Aveugle mais capable !

jeudi 22 octobre 2026

Apprendre à être marin

Tout a commencé sur un petit catamaran On me demande parfois comment j'ai appris à faire de la voile alors que je suis aveugle de naissance. La réponse est simple : en montant sur des bateaux, en écoutant les explications, en essayant, en me trompant parfois et en recommençant. Bref, comme n'importe quel apprenti marin. Et l'apprentissage n'est toujours pas terminé ! Mes premiers souvenirs remontent à la Corse, sur un petit catamaran de plage qui avait déjà bien vécu. Un Breton, Jean-Marie, surnommé « Babos », m'a fait découvrir la barre, le vent et les premières sensations de glisse. J'ai tout de suite aimé cet air, cette liberté, ce bateau qui répond à ce qu'on lui demande. J'étais loin d'imaginer où cela me conduirait. Kaspar, l'Amigo et les premières sensations En 2009, sur le Léman, ma famille connaissait Kaspar, qui naviguait notamment sur le Taillevent. Il a accepté de m'apprendre à naviguer. Nous avons commencé sur l'Amigo, un voilier en bois à coque à bouchains. Je me suis mis à la barre. J'ai essayé le stick, cette rallonge de barre franche, mais je préférais tenir directement la barre : je sentais mieux ce que faisait le bateau, s'il cherchait à lofer ou à abattre. J'ai aussi appris à régler le génois, à sentir la tension dans l'écoute et l'effort demandé par la voile. Il ne s'agissait pas de deviner magiquement ce qui se passait. Kaspar expliquait, je manipulais, et les sensations prenaient progressivement du sens. Je ne prétends pas me souvenir de chaque leçon dans le détail, mais je me souviens parfaitement du plaisir d'apprendre. Du Surprise au spinnaker : une autre école Quand l'Amigo n'était pas disponible, nous naviguions parfois sur un Surprise. Un peu plus grand, un peu plus lourd, et avec de nouvelles choses à découvrir : les winches au piano, la grand-voile à hisser, le moteur hors-bord à démarrer avec son lanceur et son starter. Il fallait parfois tirer un bon nombre de fois sur la corde avant que ce fichu moteur consente à démarrer ! Je me rappelle particulièrement une sortie d'octobre. Le ciel était couvert, un stratus traînait sur le lac, mais nous étions sortis quand même. Nous avions même essayé de faire reculer le bateau sous voile, grand-voile à contre, pour nous débarrasser d'herbes prises sous la coque. Puis le ciel s'est ouvert et une petite brise s'est installée. Kaspar a préparé le tangon, nous avons envoyé le spinnaker et enroulé le génois. Quel bonheur ! Nous avons multiplié les empannages au portant. À ce rythme-là, on se serait volontiers laissé filer jusqu'au Bouveret pour manger des filets de perche ! Sous un spinnaker symétrique, il faut comprendre la différence entre le bras, au vent, et l'écoute, sous le vent. Il faut aussi orienter correctement le tangon, parfois le brasser plus carré, pour que la voile travaille bien. Ce sont des gestes qui deviennent plus naturels avec la pratique. Le Virus : apprendre la régate en équipage En 2012, grâce à une rencontre sur Facebook, Régis m'a proposé de rejoindre l'équipage du X-372 Virus. Quatorze ans plus tard, je navigue toujours avec cette équipe. Voilà qui en dit long ! Le Virus n'avait rien à voir avec les bateaux de mes débuts. C'est un voilier sportif, avec un piano installé sur le côté du roof, des winches self-tailing, des bastaques et des voiles d'avant à mousquetons. Il a fallu apprendre l'emplacement des bouts et les nouveaux gestes. Après une ou deux démonstrations, je commençais à m'y retrouver. Nous étions huit à bord : il y avait largement de quoi répartir les tâches. J'ai beaucoup travaillé au piano, mais je ne suis pas resté cantonné à ce poste. J'ai aussi fixé les mousquetons d'une voile d'avant et participé au travail à l'avant. Un jour, j'ai même participé à un empannage sous notre immense spinnaker rouge de 196 mètres carrés, avec un équipier à mes côtés pour m'aider et me guider. Autant dire qu'il fallait se veiller ! Les régates du mercredi soir à Pully sont une excellente école. On répète les manœuvres, on devient plus précis, et l'équipage finit par se comprendre sans hurler. Nous avons remporté une saison au classement général, puis terminé deuxièmes la saison suivante. Une autre fois, par vent soutenu, avec deux ris dans la grand-voile, nous avons gagné notre manche. Il y a eu aussi quelques mésaventures : un jour, avec la gîte, j'ai glissé et me suis retrouvé coincé entre deux palans de grand-voile. Zip, le pingouin ! Deux équipiers m'ont aidé à me dégager. Avec l'expérience, on apprend aussi à mieux se déplacer et à anticiper. Et puis il y a eu le Bol d'Or 2019, son orage mémorable et ses longues heures difficiles. J'en ai déjà parlé ailleurs sur BlindPower. J'en ai surtout retenu qu'une alerte météo de niveau 5 de MétéoSuisse n'est pas une décoration. Sur l'eau, on peut aimer l'aventure sans jouer au plus malin. La mer, une autre dimension Avec La Barre Blanche de Meyrin, j'ai découvert la croisière en Bretagne Sud sur le Dufour 44 Performance Zingaro. Douze nœuds sous le soleil : mazette, ça avance ! J'ai aussi découvert une grande roue de barre. Personnellement, j'aime bien la roue : on tourne dans le sens où l'on veut aller, contrairement à la barre franche, qui demande un mouvement inverse. Ce voyage fait déjà l'objet de mon article « Mon voyage en Bretagne Sud avec La Barre Blanche : Rêves et Réalités en Mer » ; je ne vais pas tout raconter une deuxième fois. Plus tard, aux Baléares, sur un Dufour classique équipé de deux roues de barre, j'ai découvert les navigations de nuit. Et là, j'ai été conquis. Il y a les navires de commerce, les ferries, moins de plaisanciers, une ambiance complètement différente. Il faut évidemment comprendre les feux et les règles de navigation, même lorsque, comme moi, on dépend des indications des équipiers voyants pour identifier ce qui se trouve visuellement autour du bateau. Le GPS est précieux, mais il ne remplace ni le bon sens marin ni la veille. Nous avons aussi connu du mauvais temps vers Saint-Cyprien, dans les Pyrénées-Orientales, avant de chercher un abri vers Collioure. Puis il y a eu une longue traversée, avec un peu de mal de mer. Quand je peux, prendre la barre m'aide à mieux le supporter. J'évite de lire ou de manipuler mon téléphone, je grignote un peu et je bois régulièrement. Ce sont mes habitudes, pas une recette miracle. Le Pegasus : les quarts, les toilettes et la vraie vie à bord L'été 2026, j'ai retrouvé le ketch Pegasus, un bateau d'environ onze mètres construit en 1989, pour une croisière vers la Corse et l'île d'Elbe. Je le connaissais déjà d'un précédent périple en Espagne. C'est un bateau ancien, mais en très bon état, avec une construction en lamellé-collé et des réservoirs d'eau en inox. Nous utilisions l'eau du bord pour boire, préparer le thé ou le café et remplir les gourdes. Nous étions cinq à bord. Pendant la traversée, trois équipiers assuraient la veille en même temps, avec des quarts de trois heures. Au moteur, le pilote automatique tenait la route, mais il fallait continuer à surveiller la navigation et les équipements. On discutait, on écoutait parfois de la musique, on grignotait pour rester éveillés. Le quart de 21 heures à minuit passait encore. Celui de 3 heures à 6 heures du matin, en revanche… Quelle horreur ! Quand il était terminé, je n'avais aucun mal à aller dormir. Je dormais dans le carré. Comme je suis plutôt large d'épaules, il fallait trouver une position agréable. Article 22 : chacun se débrouille comme il peut ! Ce n'était pas le bruit du bateau qui me tenait éveillé. Parfois, c'était plutôt mon livre audio sur l'iPod : encore un chapitre, puis encore un… et voilà qu'on se couche plus tard que prévu. Parlons aussi d'un sujet que les récits de croisière passent souvent sous silence : les chiottes ! Sur le Pegasus, on y accède plutôt facilement. Mais quand le bateau gîte comme un fou et qu'il faut faire la grosse commission, c'est une autre histoire. On essaie de se tenir, de ne pas se casser la figure et de ne pas en mettre partout. « Tu chies un pendule ! » Voilà, c'est dit. Pas de tabou : ça fait aussi partie de la vie en mer. Les WC avaient une pompe manuelle avec un levier et un fonctionnement par dépression. Il fallait connaître la procédure. Si on pouvait attendre que le bateau soit moins gîté, tant mieux ; sinon, on y allait quand même, nom de bleu ! Pour cuisiner, il y avait une gazinière sans cardan. On cherchait donc à faire simple pendant les traversées, notamment avec pas mal de salades. Là encore, être marin, ce n'est pas seulement tirer sur des écoutes. C'est aussi apprendre à vivre à bord. Trente mètres de chaîne et un guindeau manuel Autre découverte : le guindeau. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est l'appareil qui sert notamment à remonter la chaîne de l'ancre. Sur le Zingaro, il était électrique. Sur le Pegasus, il était manuel. Et remonter plus de trente mètres de chaîne à la force des bras, quelle horreur ! J'ai essayé, mais je n'ai jamais réussi à aller jusqu'au bout. C'était trop physique pour moi. Est-ce un échec ? Non. J'ai essayé, j'ai compris le fonctionnement et j'ai vu où se situait ma limite. Sur un bateau, personne n'est obligé de tout faire tout seul. On travaille en équipage. Une barre qui ne répond plus comme avant Le Pegasus m'a aussi réservé une déconvenue à la barre. Lors de notre précédent voyage en Espagne, avec l'ancien génois, je le barrais sans problème, même le long de la Costa Brava, où les effets de côte demandent de l'attention. Je me fiais au vent sur mon visage, à de petites variations de vitesse et aux réactions du bateau. Les indices sont parfois très fins : il faut vraiment se concentrer. Lors de la croisière vers la Corse, avec un autre génois, impossible de retrouver ces sensations. Je visais, mettons, le cap 130 : le bateau lofait trop, puis abattait trop. Je corrigeais et il repartait dans l'autre sens. Je ne tenais pas mon cap un quart de seconde ! Les autres équipiers avaient eux aussi plus ou moins du mal. Je soupçonne le changement de génois d'avoir modifié l'équilibre du gréement, peut-être en relation avec la taille de l'artimon. C'est une hypothèse, pas une certitude : les réglages, le vent et la mer jouent également leur rôle. J'ai essayé, puis j'ai passé la main. J'en ai déjà parlé dans un autre article. Ce que cette expérience m'a rappelé, c'est qu'on peut savoir barrer et rencontrer malgré tout un bateau difficile à maîtriser dans certaines conditions. Chaque voilier a son caractère. Les Seychelles : douze tonnes et des surprises Aux Seychelles, j'ai navigué sur un grand catamaran de croisière d'environ douze tonnes. Certains imaginent ces bateaux comme des semi-remorques flottants. Eh bien, sous voile, celui-là était bien plus fin à la barre que je ne l'aurais cru. Quel pied, sacrebleu ! Un catamaran gîte beaucoup moins qu'un monocoque. Cela change les sensations et le confort. Cela ne veut pas dire que moins de gîte donne toujours plus de vitesse : les choses sont plus complexes, avec la forme des coques, le poids, les voiles et les conditions. Mais l'objectif, en croisière, n'est pas de gagner une régate. C'est d'avancer agréablement jusqu'au prochain mouillage, dans le plaisir et la tranquillité. Le catamaran avait un foc autovireur sur enrouleur. Pour les non-initiés, le foc passe d'un bord à l'autre lors d'un virement grâce à un chariot sur rail : inutile de changer d'écoute sur deux winches comme avec un génois classique. L'enrouleur permet, lui, de rentrer la voile. Pour hisser la grand-voile, nous étions souvent deux au pied du mât. Il fallait monter sur le roof, plus haut que sur bien des monocoques, à l'aide d'une petite échelle. La voile montait plutôt bien, mais il fallait se veiller, notamment au passage des lattes et des lazy-jacks. J'ai surtout eu la chance d'apprendre à utiliser le pilote automatique au moteur. Et savez-vous pourquoi ? Parce que j'ai demandé à apprendre ! L'appareil possédait de bons vieux boutons physiques : plus ou moins un degré, plus ou moins dix degrés. On me donnait une correction : « Plus vingt ! » Je répétais : « Plus vingt ! » Bip, bip, et j'appuyais sur les commandes. Une sorte de rôle d'officier de quart, à ma mesure, avec l'équipage chargé de la veille. Ma tante était à bord et n'en a pas été surprise : elle me connaît ! J'aime répéter les ordres, comme on le faisait dans la marine à voile et comme on le fait en radio. Si l'on me dit « Lofe de deux », je réponds « Lofe de deux », puis j'exécute. Cela confirme que j'ai compris. Et si je dois conserver le cap, lofer ou abattre, j'apprécie qu'un équipier me donne l'information utile au bon moment. L'autonomie n'interdit pas de communiquer. Bien au contraire. La météo, le bistrot et le bon sens À Pully et à Lutry, on connaît aussi les sorties qui commencent dans la pétole. Parfois, on décide de sortir malgré tout et une risée finit par arriver. Parfois, il n'y a vraiment rien, et on reste au bistrot. Comme dit un proverbe breton : « Qui regarde trop la météo reste au bistrot ! » C'est drôle, mais ce n'est évidemment pas une raison pour ignorer les alertes, surtout sur le Léman. Je ne prétends d'ailleurs pas maîtriser tous les vents locaux. Entre les effets de côte, les brises et les changements subtils, j'ai encore beaucoup à apprendre. Et c'est très bien ainsi. Même après des années de voile, on ne sait jamais tout. Et demain, pourquoi pas gabier ? Si vous me demandez ce que j'aimerais encore apprendre, je ne saurais pas forcément vous répondre sur-le-champ. Souvent, il faut être sur un bateau pour découvrir une nouvelle manœuvre ou un nouvel instrument qui donne envie d'essayer. Mais j'ai un rêve : monter un jour dans la mâture d'un grand voilier ancien, un trois-mâts barque ou un trois-mâts carré, et découvrir le travail des gabiers. Apprendre à carguer un hunier, un perroquet, peut-être un cacatois ; comprendre les vergues, les manœuvres, les voiles de toile et, pourquoi pas, les bonnettes. Ces navires ont une sacrée gueule ! J'en ai déjà parlé dans « Des voiles carrées au 3Di : comment les marins ont appris à utiliser le vent ». Je sais bien que monter sur une vergue exigerait un encadrement et des conditions de sécurité très particuliers. Je ne sais pas si cela se fera un jour. Mais c'est beau de rêver, non ? Si tu as envie, vas-y ! Alors, si une personne aveugle me dit : « J'aimerais apprendre à faire de la voile, mais je ne sais pas si j'en suis capable », je lui réponds : vas-y, essaie ! Il faut prendre le temps d'apprendre. Il ne faut pas avoir peur de découvrir quelque chose de nouveau, ni douter de ses capacités avant même d'avoir commencé. Je ne dis pas que tout sera facile. Je ne dis pas non plus qu'on peut tout faire, dans toutes les conditions. J'ai moi-même des manœuvres que je ne maîtrise pas et d'autres que je n'ai pas la force de terminer. Mais j'ai aussi vécu des navigations magnifiques, appris à barrer, à régler des voiles, à tenir un quart et à commander un pilote automatique. Et j'ai encore envie d'apprendre. Au fond, l'Homme, avec un grand H, est navigateur. Des marins aveugles, il y en a eu et il y en a. Alors, si la mer ou le lac t'appelle, ne reste pas à quai uniquement parce que tu ne vois pas. Vas-y. Essaie. Et qui sait ? Peut-être qu'un jour, ce sera toi qui apprendras quelque chose à un autre marin. Sacrebleu !

dimanche 18 octobre 2026

CB, PMR446, fréquences professionnelles : non de non, arrêtez de tout mélanger !

Il y a des jours où, en parcourant les groupes Facebook consacrés à la radiocommunication, je me demande sérieusement ce qui se passe dans le petit monde de la radio. Entre ceux qui annoncent la mort de la CB, ceux qui ne jurent que par la puissance, ceux qui confondent toutes les bandes de fréquences et ceux qui viennent vous expliquer ce que vous avez le droit de faire sans même connaître votre situation, il y a parfois de quoi s'arracher les cheveux ! Comme diraient nos amis québécois : « J'suis tanné de ça ! Arrêtez donc de niaiser ! » Alors aujourd'hui, j'ai envie de pousser un petit coup de gueule. Mais aussi, et surtout, d'expliquer quelques choses qui méritent de l'être. Parce que la radio, ce n'est pas uniquement appuyer sur un bouton et parler dans un micro. C'est aussi comprendre son matériel, connaître les règles et respecter les autres utilisateurs. La CB est morte ? Mais où êtes-vous donc passés ? Je vois régulièrement passer des publications du genre : « Il n'y a plus personne sur les 40 canaux ! » « La CB, c'est terminé ! » « Je crois que je vais tout arrêter ! » Bon sang de bois, les gars ! Avant d'enterrer la CB, faudrait peut-être commencer par écouter les canaux réglementaires ! Parce que ce qui me fait doucement rigoler, c'est que certains de ceux qui se plaignent de ne plus entendre personne passent justement une bonne partie de leur temps sur les canaux supérieurs. Alors forcément, si tout le monde déserte les 40 canaux habituels, il ne faut pas s'étonner qu'ils paraissent moins fréquentés ! Pour rappel, la CB classique dispose de 40 canaux allant de 26,965 à 27,405 MHz. De mon côté, j'ai fait le choix de rester sur ces canaux. Mon President McKinley n'est pas débridé, et cela me convient parfaitement. Est-ce que cela m'empêche de faire des contacts intéressants ? Absolument pas ! Quatre watts, et bonjour l'Autriche ! Le 14 juin 2025, j'ai raconté sur BlindPower un contact qui m'avait particulièrement marqué : un QSO entre Pully, en Suisse, et Vienne, en Autriche. Le tout sur le canal 4 FM, avec mon President McKinley, mon antenne Boomerang et seulement 4 W ! Eh oui, messieurs ! Pas besoin d'un amplificateur capable de chauffer la cuisine pour réussir un beau contact DX. Attention, je ne prétends pas qu'on peut joindre l'Autriche tous les matins avec 4 W. Les conditions de propagation jouent un rôle essentiel. L'antenne, son installation, l'environnement et la qualité de la réception comptent également. Mais c'est justement ce que j'aimerais faire comprendre à ceux qui ne raisonnent qu'en watts. La puissance peut aider dans certaines situations, évidemment. Mais elle ne fait pas tout. Et surtout, une station qui arrive chez moi avec 80, 100 ou 200 W ne m'entendra pas nécessairement mieux lorsque je lui répondrai avec mes 4 W. La radio fonctionne dans les deux sens ! Alors, s'il vous plaît, calmez-vous avec les amplificateurs, les fameux « tontons » et les chauffe-plats ! Sur les canaux partagés, laissez aussi une chance à ceux qui respectent les puissances réglementaires. En CB, les limites usuelles sont de 4 W en AM et FM, et de 12 W PEP en BLU. Et non, posséder une licence radioamateur ne donne pas automatiquement le droit d'utiliser un émetteur décamétrique radioamateur modifié sur la bande CB. Ce sont des cadres différents, qu'il ne faudrait pas confondre. Le PMR446 : un demi-watt qui réserve des surprises Passons maintenant au PMR446. Là aussi, j'en vois de belles ! Certains arrivent avec des appareils programmables, des antennes non conformes, des puissances de 5, 8, voire 10 W, et parfois même des relais. Le tout en expliquant fièrement leurs installations dans les groupes. Mais enfin, messieurs, le PMR446 n'est pas un terrain de jeu où toutes les modifications sont permises ! Il s'agit d'un service de radiocommunication accessible au public avec des appareils conformes, dont la puissance maximale est de 0,5 W de puissance apparente rayonnée et dont l'antenne doit respecter les exigences applicables. Et savez-vous quoi ? Avec ce petit demi-watt, on peut déjà sacrément s'amuser ! J'en ai fait l'expérience avec mon Midland G9 Pro. Depuis Pully, j'ai réalisé un contact avec mon ami Olivier, Oscar Bravo 76, qui se trouvait sur le toit de la station d'épuration de Vionnaz. Près de 30 kilomètres ! Avec 0,5 W ! Alors oui, l'emplacement était favorable, le trajet radio bien dégagé, et les conditions s'y prêtaient. En UHF, le relief, les bâtiments et les obstacles peuvent considérablement réduire la portée. Mais c'est précisément la preuve qu'avant de chercher davantage de puissance, il faut déjà comprendre comment les ondes se propagent. Je ne suis pas contre les appareils performants. Je suis contre le fait de présenter des utilisations non conformes comme si elles étaient parfaitement normales. Et je pense surtout aux débutants qui lisent ces publications. Ce n'est pas parce que quelqu'un utilise un Baofeng programmable sur le PMR446, ou annonce fièrement ses 10 W, que cela devient légal. Il faut vérifier la conformité du matériel et les conditions d'utilisation. En Suisse, une infraction à la réglementation des radiocommunications peut coûter cher. Alors autant éviter de donner de mauvaises idées aux nouveaux venus. PMR446, réseaux professionnels et radioamateurs : ce n'est pas la même chose ! Voilà maintenant un autre sujet qui commence sérieusement à m'agacer. Certains voient un portatif VHF ou UHF et s'empressent de vous annoncer : « Attention, ce sont des fréquences professionnelles, tu n'as pas le droit ! » Ou encore : « Ce n'est pas du PMR446, donc c'est interdit ! » Mais enfin, renseignez-vous avant de distribuer les amendes imaginaires ! Le terme PMR, pour Private Mobile Radio, désigne plus largement des systèmes de radiocommunication mobile privée, notamment utilisés dans le monde professionnel. Le PMR446, lui, correspond à un usage bien défini, ouvert au public avec des appareils répondant à des conditions techniques particulières. Quant aux radioamateurs, ils disposent de leur propre service radio, avec leurs bandes VHF, UHF et autres, ainsi que leurs qualifications et règles spécifiques. Ce n'est pas parce que plusieurs appareils se ressemblent qu'ils relèvent du même régime ! Et il existe également des réseaux exploités par des associations dans le cadre de concessions ou d'autorisations spécifiques. C'est justement le cas que je connais avec les Amis du Lac. Les Amis du Lac : non, je n'utilise pas n'importe quelle fréquence ! Je possède notamment une Vertex VX-180, que j'utilise dans le cadre des activités des Amis du Lac. Et régulièrement, lorsqu'on parle de ce genre d'appareil, il se trouve quelqu'un pour m'expliquer : « Mais c'est de la VHF marine, c'est interdit en Suisse ! » Ou : « Ce sont des fréquences professionnelles, tu n'as pas le droit de les utiliser ! » Merci, mais avant de juger, encore faudrait-il savoir de quoi on parle ! Les Amis du Lac disposent d'un cadre d'autorisation auprès de l'OFCOM pour leurs radiocommunications. Les membres habilités peuvent utiliser les fréquences prévues dans ce cadre, selon les conditions applicables. Cela ne signifie évidemment pas que je peux émettre sur toutes les fréquences professionnelles, de secours ou maritimes qui me passent par la tête. Je ne prétends pas avoir accès aux réseaux de la police, des pompiers ou de l'armée. Mais il existe une différence fondamentale entre un usage non autorisé et un usage couvert par une concession. Et il faut aussi distinguer l'écoute de l'émission, qui ne relèvent pas nécessairement des mêmes règles. Les conditions applicables aux communications de secours, à la REGA ou à la VHF marine doivent être examinées séparément. Ce que je demande est pourtant simple : avant d'accuser quelqu'un, commencez par lui demander dans quel cadre il utilise sa radio ! Personnellement, je suis toujours prêt à expliquer ce que nous faisons. Mais devoir constamment me justifier devant des personnes qui ont déjà décidé que j'étais dans l'illégalité, franchement, ça finit par me fatiguer. La radio, ce n'est pas un téléphone ! Il y a aussi un point sur lequel je tiens beaucoup à insister : la manière de communiquer. Lorsque je suis à terre, il m'arrive de jouer un peu le rôle de station centrale pour les Amis du Lac. Prenons un exemple tout simple avec Romano 114, qui annonce sa destination. — Romano 114 en direction de Clarens pour pique-nique et baignade, répond. — Bien compris de Romano 156, direction Clarens pour pique-nique et baignade, répond. — C'est juste, Romano 114, terminé. Voilà ! Le bateau annonce sa destination et son activité. Je confirme que j'ai correctement compris. Il valide et termine la communication. Trois interventions, une information transmise et aucune ambiguïté. Est-ce un peu professionnel ? Peut-être. Mais sur un réseau destiné à la coordination, cette discipline est utile. Écouter des échanges bien conduits peut d'ailleurs être formateur. On apprend à formuler un message, à le répéter correctement, à confirmer une information et à rester concis. La radio n'est pas une conversation téléphonique où l'on peut monopoliser tranquillement la ligne sans penser aux autres. On écoute, on parle clairement, on respecte les procédures du réseau utilisé et on laisse de la place aux autres stations. Les codes Q et les expressions conventionnelles peuvent parfois raccourcir les échanges entre personnes qui les connaissent. Mais inutile d'en faire une collection pour impressionner les débutants : une phrase simple et comprise par tout le monde vaut mieux qu'un code mal utilisé. Vous n'entendez personne ? Vérifiez déjà votre installation ! Autre remarque que je vois régulièrement : « Je n'entends rien, donc il n'y a personne ! » Ah bon ? Ce n'est pas forcément aussi simple ! En CB, commencez par vérifier les réglages de votre poste, le squelch, le mode utilisé, l'antenne et son installation. Regardez aussi où vous vous trouvez. Un bâtiment, une montagne, une installation mal dégagée ou des conditions de propagation défavorables peuvent modifier considérablement la réception. En PMR446, il existe un piège supplémentaire : les codes CTCSS et DCS. Certains utilisateurs pensent qu'ils créent des canaux privés. Ce n'est pas le cas ! Ils permettent surtout de filtrer les transmissions qui ouvrent le haut-parleur. Si vous avez activé un code et que l'autre station n'utilise pas le même, vous risquez de ne rien entendre alors qu'elle émet sur le canal. De notre côté, en Suisse romande, nous utilisons volontiers le canal 12, car nous trouvons le canal 8 souvent encombré. Et nous préférons généralement désactiver les filtres CTCSS et DCS pour ne pas masquer les communications présentes sur le canal. Ce n'est pas une obligation pour tout le monde. C'est simplement une manière de procéder qui nous convient. Mais avant de conclure que les ondes sont désertes, prenez donc le temps de vérifier votre matériel ! Aux débutants : posez vos questions ! Maintenant, j'aimerais m'adresser à celles et ceux qui découvrent la radio. Vous avez acheté votre premier poste CB ou votre premier PMR446 ? Vous ne comprenez pas encore tous les réglages ? Vous avez peur de dire une bêtise au micro ? Eh bien, posez vos questions ! Même celles qui vous paraissent les plus élémentaires. Aucune question n'est idiote lorsqu'on cherche sincèrement à apprendre. Si vous ne savez pas à quoi sert le squelch, demandez. Si vous ne comprenez pas les codes CTCSS et DCS, demandez. Si vous ne savez pas comment lancer un appel, demandez aussi ! Il faut expérimenter, écouter, essayer et être patient. On ne devient pas un opérateur expérimenté en deux jours. Je préfère largement aider un débutant qui cherche à comprendre que discuter pendant des heures avec quelqu'un qui connaît les règles et revendique fièrement le fait de ne pas les respecter. Parce que, oui, il y a une énorme différence entre commettre une erreur par ignorance et choisir délibérément de faire n'importe quoi. Et les administrateurs des groupes, dans tout ça ? Je ne demande pas aux administrateurs de groupes Facebook de faire la police des ondes à longueur de journée. Mais lorsqu'un membre présente une installation non conforme ou conseille à un débutant d'utiliser une puissance interdite, un rappel de la réglementation ne serait franchement pas de trop. Cela ne fera probablement pas disparaître les mauvaises pratiques. Mais au moins, les nouveaux venus pourront faire la différence entre ce qui est techniquement possible et ce qui est autorisé. Quitte à fâcher quelques habitués ! La liberté de discuter de radiocommunication ne devrait pas signifier qu'on laisse circuler n'importe quel conseil sans jamais le remettre en question. Et si on retrouvait simplement le plaisir de la radio ? Je vais terminer avec une chose qui me paraît essentielle. Je ne suis pas contre les radioamateurs. Je ne suis pas contre les cibistes qui aiment expérimenter. Je ne suis pas contre les gens qui possèdent du matériel coûteux, ni contre ceux qui souhaitent améliorer leur station. Bien au contraire ! La radio est une passion formidable. Elle permet de faire des rencontres, de découvrir la technique, de communiquer à distance et parfois de vivre des moments franchement étonnants. Je me souviendrai longtemps de mon contact avec Vienne en CB, comme de celui avec Olivier entre Pully et Vionnaz en PMR446. Ce sont ces moments-là qui me plaisent. Pas la course à celui qui possède le plus gros amplificateur. Pas les concours de celui qui sait tout mieux que les autres. Et encore moins les accusations lancées sans même prendre le temps de comprendre. Alors, messieurs les donneurs de leçons, un petit effort ! Respectez les fréquences, les puissances et les autres utilisateurs. N'oubliez pas que les réglementations peuvent varier d'un pays à l'autre et d'un service radio à l'autre. Et surtout, laissez les débutants apprendre tranquillement ! Quant à ceux qui annoncent régulièrement la mort de la CB, j'ai une petite suggestion : revenez donc écouter les 40 canaux avant de décréter qu'ils sont déserts ! Parce que nous sommes encore quelques-uns à y être, et à y faire de très beaux contacts. La radio, ce n'est pas une affaire de watts à tout prix. C'est une affaire de propagation, de technique, de patience, de respect et, avant tout, de communication. Non de non ! Et comme diraient nos amis québécois : arrêtez donc de niaiser, et faites de la radio !

mercredi 14 octobre 2026

Aveugle, donc pianiste, téléphoniste et doté de super-pouvoirs ? Aux vidanges, les clichés !

Vous êtes aveugle ? Alors vous devez sûrement jouer du piano, avoir une ouïe exceptionnelle, reconnaître les couleurs avec les doigts et, tant qu’à faire, travailler comme téléphoniste. Ah, et le ski ou la voile ? Mais comment est-ce possible ? Nom de bleu ! À force d’entendre les mêmes idées reçues, il y a de quoi envoyer quelques clichés aux vidanges. Rassurez-vous : je n’ai rien contre les questions. Au contraire, j’aime qu’on me demande comment je fais. Ce qui m’agace, c’est lorsqu’on a déjà décidé de la réponse à ma place. Aveugle, donc pianiste ? On m’a souvent demandé si je jouais du piano. On m’a même dit que j’avais des « mains de pianiste ». Et le plus drôle, c’est que, dans mon cas, c’était vrai : j’ai étudié le piano pendant neuf ans ! J’ai commencé enfant, puis appris le solfège et la notation musicale en braille. Je déchiffrais une main, puis l’autre, avant de réunir les deux de mémoire. J’ai arrêté lorsque j’ai changé de parcours scolaire. Aujourd’hui, je le regrette un peu. Et si je reprenais, ce serait volontiers pour du blues, du boogie-woogie ou du rock’n’roll, pas pour qu’on m’impose un répertoire qui ne me plaît pas. Mais que je sois passé par le piano ne prouve absolument pas que tous les aveugles en jouent ! On peut aimer la musique sans être pianiste, et être aveugle sans avoir la moindre envie de toucher un clavier musical. Et pourquoi pas téléphoniste ? Autre grand classique : le métier de téléphoniste ou de standardiste. Je ne vais certainement pas dénigrer cette profession : elle m’aurait même intéressé. Mais encore faut-il que les outils soient accessibles ! Les centraux téléphoniques ont évolué. Certains dispositifs pouvaient être adaptés, notamment avec des solutions braille, mais les interfaces tactiles ou les logiciels mal conçus posent parfois de sérieux problèmes. Et avec l’automatisation croissante des appels, il faut aussi se demander quels débouchés existent réellement. Avant de proposer une formation à quelqu’un parce qu’il est aveugle, peut-être faudrait-il vérifier que le matériel est utilisable et que le métier correspond à ses envies. Ce n’est pas trop demander, tout de même ! Une ouïe de chauve-souris et des doigts magiques ? Non, mon ouïe n’est pas miraculeusement meilleure que celle des voyants. En revanche, je suis habitué à écouter, à analyser les sons et à m’en servir pour me repérer. Et ce n’est pas infaillible : lorsqu’il y a du vent, les sons peuvent être déformés ou masqués. Voilà un détail auquel on ne pense pas toujours. Pour le toucher, même chose. Je peux remarquer des détails que d’autres ne cherchent pas forcément avec leurs doigts, et je lis le braille parce que je l’ai appris. Ce n’est pas un super-pouvoir. C’est une compétence, avec de la pratique. Dans mon cabinet de massothérapie, certains patients m’ont dit que je palpais mieux que d’autres thérapeutes. C’est agréable à entendre, mais comment pourrais-je l’affirmer moi-même ? J’ai appris mon métier, je travaille et j’essaie de bien faire. Ma cécité ne me donne pas automatiquement un diplôme supplémentaire ! Je skie, je navigue… je vis, quoi ! Le ski et la voile provoquent parfois des réactions impressionnées. Souvent, les gens sont de bonne foi et veulent comprendre. Tant mieux ! Mais, de temps en temps, j’ai envie de leur dire : « Je skie, je navigue, je vis, quoi, merde ! Je ne suis pas un extraterrestre, non de non ! Faut pas pousser mémé ! » Je skie avec un guidage radio, je navigue au sein d’un équipage et j’ai appris les gestes, les techniques et les règles de sécurité nécessaires. Ce sont de vraies activités, avec leurs difficultés, pas des numéros de cirque. J’ai d’ailleurs participé au tournage du documentaire Tandem, consacré au ski pratiqué par des personnes aveugles ou malvoyantes. J’y apparais, et j’ai surtout pris beaucoup de plaisir à montrer ce que j’aime dans ce sport. Je ne prétends pas que tout soit possible. J’aurais aimé être cuisinier professionnel, par exemple. J’aime cuisiner pour ma famille, mais une cuisine professionnelle impose d’autres contraintes. Même chose pour certaines fonctions dans les secours. En revanche, après un recyclage BLS-AED, les samaritains de Lutry m’avaient indiqué qu’ils pourraient me confier des tâches adaptées. Il faut examiner ce qu’on peut réellement faire, au lieu de fermer toutes les portes d’avance. L’aide, oui. Mais jusqu’où ? Je ne refuse pas l’aide par principe. Un jour, alors que j’étais jeune, j’ai accepté qu’on m’accompagne à une école à Lausanne pour gagner du temps. Résultat : je me suis retrouvé à l’école du Valentin, où j’avais effectué mes premières années, au lieu de l’établissement où je devais me rendre ! Et je n’avais presque aucune marge pour arriver à l’heure. Merci pour la bonne volonté, mais ce n’était pas la bonne destination… À l’inverse, à la station Fourmi du M2, des personnes remarquent parfois que je cherche les ascenseurs. Elles m’indiquent gentiment la direction, et j’apprécie beaucoup. La différence ? Une aide qui répond à mon besoin réel. Être autonome, ce n’est pas refuser toute assistance. C’est pouvoir choisir, demander, accepter ou expliquer ce dont on a besoin. Et, si possible, arriver au bon endroit ! Un écran tactile ? Et alors ? Avec mon ancien Nokia N70 et ses touches, personne ne s’étonnait vraiment de me voir utiliser un téléphone. Mais avec un écran tactile, alors là, ça impressionne ! Comme si tactile et vocal étaient forcément incompatibles. Pourtant, VoiceOver sur iPhone et TalkBack sur Android permettent d’explorer l’écran et d’utiliser ses commandes. Avant cela, il existait déjà des solutions comme Mobile Speak. J’utilise aussi JAWS sur ordinateur. Bien sûr, certaines applications sont mal conçues, sur smartphone comme sur Windows ou macOS. Mais le tactile n’est pas, en soi, une interdiction pour les aveugles. Des couleurs, des rêves et des voix Non, je ne reconnais pas la couleur d’un pull simplement en le touchant. En revanche, les couleurs ont un sens pour moi. Le bleu, ma couleur préférée, m’évoque la mer, le lac, le calme et le bien-être. Ce n’est pas pour rien que j’ai choisi un MacBook Neo bleu. Le rouge évoque le feu, la force et le danger ; le jaune, le soleil et l’été ; le gris, le mauvais temps et une mer en colère. Le vert me rappelle l’herbe ou le lac en fin de journée, et le rose m’évoque quelque chose d’apaisant. Quand j’achète des vêtements, j’aime qu’on me décrive les couleurs et les motifs. Cela me permet de me faire une idée et de choisir moi-même. Il m’arrive aussi de choisir d’abord une matière au toucher, comme lors d’un achat en Suède. Et oui, je rêve. Il m’arrive même de parler d’images dans mes rêves, bien que je sois aveugle de naissance. Parfois je peux les décrire, parfois je ne trouve pas les mots. Je ne vais pas inventer une explication pour satisfaire la curiosité des autres ! Pour reconnaître quelqu’un, la voix m’aide énormément. Mais pas toujours : après plusieurs années, je peux hésiter. À l’inverse, certaines personnes me sont immédiatement reconnaissables par leur voix, leur rire, leurs expressions ou même leur parfum. Là encore, rien de surnaturel. Posez vos questions ! Ce que j’apprécie chez les enfants, c’est leur spontanéité. « Maman, pourquoi le monsieur a une canne ? » Eh bien, voilà une question ! Souvent, j’écoute la réponse du parent, puis je complète ou j’explique moi-même. Les adultes, eux, n’osent pas toujours. Ils ont peur de déranger ou de mal formuler. Pourtant, je préfère largement une question sincère à une certitude erronée. Je ne demande à personne de croire que la cécité est facile, ni que tous les aveugles vivent de la même manière. Certains obstacles sont bien réels, certaines aides sont indispensables et chacun a son parcours. Mais ne me rangez pas d’avance dans la case « pianiste », « téléphoniste », « incapable » ou « super-héros ». Je suis aveugle, oui. Et je suis aussi massothérapeute, navigateur, skieur, amateur de musique, de bonne cuisine et de bien d’autres choses. Bref, je vis. Alors, les questions ? Avec plaisir. Les clichés ? Aux vidanges ! #AveugleMaisCapable

mardi 6 octobre 2026

De la carte perforée au smartphone : l’étonnante histoire de nos systèmes

Salut à toutes et à tous ! Windows, macOS, Linux, Android, iOS… Nous utilisons ces noms tous les jours ou presque. On allume un ordinateur, on ouvre Word, un navigateur Internet, un logiciel de messagerie ou n’importe quelle autre application et, généralement, on ne se demande pas trop ce qui se passe derrière. Et pourtant, sans système d’exploitation, notre ordinateur ne ferait pas grand-chose. Mais au fait, d’où viennent-ils, tous ces systèmes ? Windows n’est pas apparu un beau matin avec un menu Démarrer. Linux n’est pas aussi vieux que les premières énormes machines IBM. Le Macintosh n’a pas toujours fonctionné sous un système appelé macOS. Et même DOS n’est certainement pas le commencement de l’histoire. Je préfère d’ailleurs vous prévenir tout de suite : en préparant cet article, j’en ai appris moi aussi ! CP/M, par exemple, je connaissais à peine le nom. Unix, je savais vaguement ce que c’était et connaissais surtout ses liens avec Linux ou les systèmes actuels d’Apple. Quant à certains des premiers systèmes d’exploitation, je serais bien incapable de prétendre que je connaissais leur histoire avant de commencer mes recherches. Alors remontons un peu le temps. Pas trop quand même, sinon nous allons nous retrouver avec douze pages consacrées aux cartes perforées avant même d’avoir rencontré Windows ! Avant Windows, avant DOS… avant presque tout Les premiers ordinateurs n’avaient évidemment rien du portable posé aujourd’hui sur notre bureau. On parle de machines énormes, extrêmement coûteuses, utilisées par des entreprises, des administrations, des universités ou des centres de recherche. On ne s’asseyait pas forcément devant avec un clavier, une souris et un écran pour leur demander tranquillement d’ouvrir un document. Les cartes perforées et le traitement par lots faisaient partie de ce monde. Je n’ai évidemment jamais travaillé avec une carte perforée. J’aimerais d’ailleurs bien en avoir une entre les mains un jour, ne serait-ce que pour toucher concrètement un morceau de cette histoire informatique. Parce que franchement, quand je pense à la facilité avec laquelle nous enregistrons aujourd’hui des gigaoctets sur une petite clé USB, je me dis que travailler avec des paquets de cartes devait être une sacrée affaire ! Dans les années 1950 apparaissent les premiers véritables systèmes d’exploitation. Leur rôle est encore très éloigné de notre Windows ou de notre macOS moderne, mais une idée fondamentale commence à s’imposer : il faut du logiciel pour organiser le travail de la machine, gérer ses ressources et permettre aux programmes de fonctionner. Petit à petit, le système d’exploitation devient donc l’intermédiaire entre le matériel, les programmes et l’utilisateur. Pour le dire très simplement : votre ordinateur contient du matériel, mais il faut quelque chose pour lui expliquer comment utiliser ce matériel et permettre ensuite à Word, Firefox, Office, Lotus ou n’importe quel autre logiciel de fonctionner. C’est notamment le rôle du système d’exploitation. Unix : un ancêtre qui aura une sacrée descendance En 1969 apparaît Unix aux Bell Labs, notamment grâce au travail de Ken Thompson et Dennis Ritchie. Quelques années plus tard, Unix est largement réécrit dans le langage C, ce qui facilite son adaptation à différentes machines. À l’époque où j’ai commencé l’informatique, Unix n’était absolument pas un système que je connaissais vraiment. Son nom m’est devenu plus familier beaucoup plus tard, notamment en m’intéressant à Linux et à macOS. Pourtant, son influence est gigantesque. Unix donnera naissance à différentes familles de systèmes et influencera profondément l’informatique moderne. Gardez donc Unix dans un coin de votre tête. Nous allons le retrouver. CP/M : celui que je connaissais à peine Dans les années 1970, les micro-ordinateurs commencent à changer le paysage. Parmi les systèmes importants de cette époque se trouve CP/M, développé par Gary Kildall et Digital Research. Et là, je dois être franc : avant de préparer cet article, CP/M, pour moi, c’était pratiquement un nom croisé une ou deux fois. Pourtant, il est important pour comprendre ce qui arrive ensuite. CP/M devient très présent sur les micro-ordinateurs de la fin des années 1970. Puis apparaît 86-DOS, développé par Tim Paterson chez Seattle Computer Products et fortement inspiré de l’environnement de CP/M. Microsoft entre alors dans l’histoire. Lorsque IBM prépare son IBM PC, lancé en 1981, Microsoft fournit le système qui deviendra PC DOS sur les machines IBM et MS-DOS dans le monde des compatibles. Attention toutefois à un raccourci fréquent : IBM n’a pas inventé à lui seul l’ordinateur personnel. Il existait déjà des micro-ordinateurs et des ordinateurs personnels auparavant. En revanche, l’IBM PC va jouer un rôle considérable dans la diffusion et la standardisation de ce que nous appellerons le PC. Et DOS va devenir un nom incontournable. DOS : quelques lettres et beaucoup de commandes DOS n’est d’ailleurs pas un seul et unique produit. On trouvera MS-DOS chez Microsoft, PC DOS chez IBM, plus tard DR-DOS et encore d’autres variantes. Aujourd’hui, il existe même FreeDOS. Je n’ai jamais utilisé FreeDOS. En revanche, contrairement à ce que l’on pourrait croire en regardant mon parcours, j’ai bien utilisé DOS. Pas comme système principal à la maison, mais à l’école. Au CPHV, je me souviens notamment de programmes fonctionnant sous DOS. Il n’y avait pas de synthèse vocale pour moi dans ces programmes. Je me rappelle encore de certaines commandes. On tapait par exemple : CO et cela lançait un programme de calcul oral avec différents choix numérotés. Il y avait également : PENDU qui lançait, vous l’aurez deviné, le jeu du pendu. Ce sont de petits souvenirs, mais ils permettent de comprendre quelque chose : avant de cliquer sur des icônes, on disait beaucoup plus directement à l’ordinateur ce qu’il devait lancer en tapant des commandes. Et contrairement à une idée que l’on pourrait avoir, la ligne de commande n’est évidemment pas née avec DOS. Elle existait bien avant lui et elle existe toujours aujourd’hui. Pendant ce temps, chez Apple… Mon premier véritable contact avec l’informatique s’est justement beaucoup fait du côté d’Apple. Dans ma famille, le Mac était presque le sacro-saint ordinateur. Un ordinateur ? Un Mac, point barre ! Windows appartenait presque au camp adverse. J’ai donc utilisé très jeune d’anciens Macintosh à l’école et ailleurs. À l’époque, on ne parlait pas encore de « macOS » comme aujourd’hui. Les premiers Macintosh utilisaient ce qu’Apple appelait notamment System ou System Software. Je me souviens surtout de l’utilisation au clavier. Pomme-O pour ouvrir. Pomme-S pour enregistrer. Pomme-P pour imprimer. Pomme-A, Pomme-W… La touche Pomme est devenue depuis la touche Commande, mais beaucoup de ces raccourcis sont toujours là. Et petite particularité dont j’ai déjà parlé sur ce blog : certains anciens claviers Apple que j’ai connus avaient leurs repères tactiles sur D et K, contrairement aux F et J que nous connaissons aujourd’hui. Les systèmes Apple vont évoluer : System 6, System 7, puis le nom Mac OS finira par s’imposer officiellement. Arriveront notamment Mac OS 8 puis Mac OS 9. Nous avons eu des Power Mac dans mon entourage, notamment à l’époque des PowerPC. Je me rappelle aussi de la fameuse souris ronde surnommée « palet de hockey ». Une souris dont le design aura, disons… marqué les esprits ! Et Windows arrive dans le paysage Microsoft lance Windows 1.0 en 1985. À l’origine, Windows fonctionne au-dessus de MS-DOS. Il apporte notamment une interface graphique avec fenêtres et menus. Suivront Windows 2, Windows 3.x, puis Windows 95, qui constitue une étape majeure dans l’histoire du PC grand public. Windows 98 arrive ensuite. Et c’est là que mon histoire personnelle rejoint véritablement celle de Windows. J’avais déjà connu les interfaces graphiques sur Macintosh. Les fenêtres et les menus n’étaient donc pas une idée complètement étrangère pour moi. Mais vers 2000, j’ai commencé à utiliser sérieusement Windows 98 avec JAWS 3.5. JAWS, pour ceux qui ne connaissent pas, est un lecteur d’écran permettant notamment à une personne aveugle d’utiliser Windows grâce à une synthèse vocale et à une ligne braille. J’ai appris Windows, Word et progressivement Internet. Puis Windows XP est arrivé. Dans mon parcours personnel, je suis passé directement de Windows 98 à XP. Windows Me et Windows 2000 ne font donc pas vraiment partie de mon histoire d’utilisateur. Enfin mon ordinateur ! Vers 2002, j’ai reçu mon premier véritable PC personnel. Je ne vais pas vous donner ici sa référence exacte, parce que près d’un quart de siècle plus tard je risque de mélanger deux ou trois caractéristiques. Mais je me souviens d’un disque dur d’environ 30 Go, de quelques centaines de mégaoctets de mémoire vive et d’une puissance qui ferait probablement sourire n’importe quel smartphone actuel. Et pourtant, pour moi, c’était une révolution. Parce que pour la première fois, j’avais réellement accès à cette fabuleuse machine. J’avais Windows, JAWS, une synthèse vocale et surtout ma première ligne braille personnelle : une ALVA Traveller 544. Je me souviens encore de ce qu’elle affichait lorsqu’elle attendait la connexion : « ALVA Satellite. Waiting for connection… » Rien que cette phrase me ramène à toute une époque. La révolution n’était finalement pas seulement d’avoir un ordinateur plus puissant. C’était d’avoir enfin complètement accès à sa puissance. Je pouvais créer mes documents, explorer le système et commencer à découvrir Internet beaucoup plus librement. Internet… quand il fallait encore se connecter à Internet Aujourd’hui, Internet est pratiquement omniprésent. Notre ordinateur démarre et il est connecté. Notre téléphone est connecté. Les applications se synchronisent. Les mises à jour arrivent. Nos fichiers peuvent être dans le cloud. Mais je me rappelle très bien de l’époque où Internet passait encore par le réseau téléphonique. Les prises RJ11, l’ISDN/RNIS, puis les différentes évolutions… Pendant longtemps, je me suis connecté de cette manière. Vers 2005, une amie aujourd’hui disparue m’avait offert une carte Wi-Fi D-Link pour mon ordinateur. Et là, il avait fallu installer la chose ! Le Wi-Fi n’était pas encore nécessairement intégré d’office dans tous les portables comme aujourd’hui. Lorsque je suis ensuite passé à un Maxdata, celui-ci possédait déjà une solution Wi-Fi Intel intégrée. Cela paraît complètement banal aujourd’hui. À l’époque, ça ne l’était pas autant. Et voilà encore une chose importante : le système d’exploitation peut savoir gérer le Wi-Fi, mais encore faut-il que la machine possède le matériel nécessaire et les pilotes permettant au système de communiquer avec lui. Matériel, firmware, pilotes, système, applications… Il commence à y avoir du monde sous le capot ! Justement : allons voir sous le capot C’est notamment à l’École des Arches, à Lausanne, vers 2008-2009, que j’ai réellement commencé à comprendre ce qui se passait derrière l’utilisation quotidienne d’un ordinateur. Installation, maintenance, réseau, configuration… C’est là que j’ai commencé, comme j’aime le dire, à voir sous le capot. Aveugle, oui… mais je vois autrement ! Avant cela, j’avais déjà une bonne expérience comme utilisateur. Là, je découvrais davantage les mécanismes. Par exemple, lorsque vous appuyez sur le bouton de votre PC, Windows ne surgit pas immédiatement par magie. Le firmware de la machine, historiquement le BIOS sur les PC et aujourd’hui généralement l’UEFI, initialise le matériel et prépare le démarrage. Ensuite intervient le mécanisme permettant de trouver et lancer le système. J’ai ainsi découvert des notions comme le MBR ou le bootloader. Je simplifie volontairement, parce que sinon nous allons finir par démonter l’ordinateur vis par vis et personne n’arrivera vivant à la fin de cet article ! Mais retenez simplement ceci : Avant même que Windows ou Linux commence à parler, il s’est déjà passé pas mal de choses. Mon aventure avec Linux Et nous voilà justement arrivés à Linux. Aux petits malins qui pensaient que Linux existait déjà au temps où les ordinateurs occupaient une pièce entière : patience, mesdames et messieurs, nous y voilà seulement ! Le projet GNU commence dans les années 1980 autour de Richard Stallman. Puis, en 1991, Linus Torvalds commence le développement du noyau Linux. Le noyau n’est pas à lui seul tout le système que l’utilisateur manipule. Autour de lui viennent de nombreux outils et composants, notamment issus du projet GNU, ainsi que des environnements graphiques et des applications. C’est ainsi qu’apparaissent les différentes distributions GNU/Linux : Debian, Ubuntu, Fedora et bien d’autres. Moi, j’ai testé Ubuntu. Sur mon Maxdata, j’avais d’abord essayé le système grâce à un Live CD. Cela permettait de démarrer Linux depuis le CD sans nécessairement l’installer immédiatement sur le disque dur. Puis je me suis dit : allons-y ! Je l’ai installé. Et là, j’ai découvert entre autres que Linux n’organisait pas les disques comme Windows. Sous Windows, nous avons nos bonnes vieilles lettres : A:, C:, D:, etc. Sous Linux, on raisonne autrement, avec une arborescence dont la racine est représentée par « / », et des systèmes de fichiers montés dans cette arborescence. J’ai également installé Ubuntu en multiboot avec Windows. Au démarrage, GRUB servait de bootloader et me permettait de choisir le système à lancer. Enfin… « permettait » est un grand mot. Parce que GRUB, chez moi, ne parlait pas ! Il fallait donc mémoriser les mouvements de flèches pour savoir quel système sélectionner. Le système pouvait parler grâce à Orca, mais encore fallait-il réussir à le démarrer ! J’utilisais GNOME avec Orca comme lecteur d’écran. Et mon expérience personnelle ? Compliquée. Très compliquée. Je n’avais personne pour réellement m’apprendre Linux et beaucoup de mes automatismes Windows ne fonctionnaient plus. Même la touche Windows que j’utilisais naturellement pour ouvrir le menu Démarrer ne faisait évidemment pas ce que j’attendais. J’ai cherché, expérimenté, bricolé… Puis le disque du Maxdata a fini par rendre l’âme. Et là, pour reprendre une formulation québécoise : « Crissez-moé ça aux vidanges, c’t’assez, cette maudite affaire-là ! » Fin de mon aventure Ubuntu. Cela ne signifie évidemment pas que Linux est mauvais ou inaccessible. Cela signifie simplement que, dans mon cas et à cette époque, sans véritable formation, je l’ai trouvé beaucoup trop compliqué pour avoir envie de continuer. Et le plus amusant, c’est que même sans Linux sur mon ordinateur, j’en utilise probablement indirectement tous les jours. On trouve Linux dans énormément de serveurs, d’équipements réseau et de systèmes embarqués. Android lui-même utilise le noyau Linux. Comme quoi, on peut virer Ubuntu de son ordinateur et continuer à croiser Linux absolument partout ! Windows continue son chemin Pendant ce temps, Windows a évidemment continué d’évoluer. J’ai utilisé Windows XP pendant longtemps avec différentes versions de JAWS. Je me rappelle notamment JAWS 4.02, JAWS 5 puis JAWS 7.10. À l’ORIF de Pomy, j’ai également eu l’occasion de faire un peu plus que simplement ouvrir Word. Je me souviens notamment d’un PC sur lequel j’avais des droits administrateur. Il fallait installer le Service Pack 3 de Windows XP. Plutôt que de foutimasser pendant des heures avec Windows Update, l’informaticien m’avait passé un CD contenant le Service Pack. Environ trois heures plus tard, l’installation était faite. J’ai aussi connu l’époque où certains logiciels avaient besoin de leur CD-ROM. BiblioRom, notamment, me rappelle cette période. À l’École des Arches, nous utilisions également VMware pour créer des machines virtuelles. Une machine virtuelle permet, pour simplifier, de faire fonctionner un ordinateur virtuel à l’intérieur d’un ordinateur réel. J’avais notamment tenté d’y installer Windows Server 2003. L’installation n’a jamais abouti. Mais au moins, j’aurai essayé ! Et cela m’avait permis de comprendre qu’un système d’exploitation n’était pas forcément attaché directement à une seule machine physique. XP, 7, 10, 11… Après Windows XP, je suis personnellement passé à Windows 7. Puis directement de Windows 7 à Windows 10. Je n’ai donc pratiquement pas vécu Windows 8 et 8.1 comme utilisateur. Ce qui produit parfois des souvenirs amusants. Par exemple, je me rappelle avoir découvert le ruban dans l’Explorateur avec Windows 10. En préparant cet article, j’ai vérifié : Microsoft avait en réalité introduit ce ruban dans l’Explorateur avec Windows 8. Simplement, Windows 8 était passé par là sans moi ! Windows 10 m’a accompagné jusqu’en 2025, puis je suis passé à Windows 11. Avec JAWS et mon utilisation principalement au clavier, le passage à Windows 11 ne m’a pas paru être une révolution gigantesque. Il y a toutefois quelque chose auquel je suis particulièrement sensible : les sons. Windows XP avait pour moi une identité sonore très reconnaissable, avec des sons que je décrirais volontiers comme plus musicaux, parfois presque pianistiques. Windows 11 me fait davantage penser, par certains sons, à une ambiance de gare ou d’aéroport. C’est évidemment une impression personnelle. Mais lorsqu’on ne voit pas l’écran, l’identité sonore d’un système prend parfois une importance que l’on ne soupçonne pas. Et le Mac dans tout ça ? Pendant mes années Windows XP, le Mac n’avait pas complètement disparu de ma vie. Comme j’avais appris à utiliser les anciens Macintosh, il pouvait encore m’arriver d’en utiliser un ponctuellement. Mais pour mon autonomie informatique quotidienne, Windows avec JAWS était devenu essentiel. Pendant ce temps, Apple préparait pourtant un énorme changement. Mac OS 9 appartient encore à l’ancienne famille des systèmes Macintosh. Mac OS X, commercialisé à partir de 2001, constitue une rupture beaucoup plus profonde que son nom pourrait le laisser croire. Ses fondations reposent notamment sur Darwin et un héritage Unix. Vous vous souvenez d’Unix, tout à l’heure ? Le revoilà ! L’histoire informatique adore faire revenir ses personnages quelques décennies plus tard. VoiceOver change la donne À l’origine, Mac OS X ne représentait pas pour moi une solution réellement utilisable au quotidien. Puis Apple a intégré VoiceOver. VoiceOver apparaît sur Mac avec Mac OS X Tiger 10.4. À ses débuts, son utilisation et ses possibilités linguistiques n’étaient évidemment pas celles que nous connaissons aujourd’hui. Pour moi, le Mac est réellement redevenu intéressant plus tard. Vers 2011, alors que mon Dell Latitude E6400 avait des problèmes et que j’avais besoin d’une machine, j’ai acheté un MacBook Pro 13 pouces. Au départ, c’était presque pour faire deux ou trois trucs. Puis j’ai commencé à explorer VoiceOver. Son fonctionnement m’a d’abord dérouté, notamment cette notion d’interaction avec les éléments. Mais j’ai passé des heures à explorer les réglages, les fonctions et les possibilités. Et progressivement, Windows et Mac ont commencé à cohabiter chez moi. Il ne s’agissait pas de décider que l’un était merveilleux et l’autre affreux. Les deux avaient leurs avantages. Sous Windows, JAWS restait et reste encore aujourd’hui un outil essentiel pour moi. Sur Mac, VoiceOver avait un avantage considérable : il faisait directement partie du système. Je pouvais connecter une ligne braille, activer VoiceOver et commencer à travailler. Dropbox a ensuite facilité le passage d’une machine à l’autre : commencer un document sur le Mac, le reprendre sur Windows, ou inversement. J’ai utilisé Pages, Numbers et Keynote, puis Microsoft Office est progressivement devenu réellement utilisable avec VoiceOver, ce qui simplifiait énormément les échanges de documents entre mes différentes machines. PowerPC, Intel, ARM : même Mac, autre moteur Apple a également changé plusieurs fois complètement l’architecture matérielle de ses ordinateurs. Les anciens Macintosh utilisaient notamment les processeurs Motorola 68k. Puis sont arrivés les PowerPC, avec les Power Mac et les générations G3, G4 et G5. Apple est ensuite passé aux processeurs Intel à partir de 2006. Et plus récemment, nouvelle transition vers les puces Apple reposant sur l’architecture ARM. Ces changements sont techniquement énormes. Pour l’utilisateur, ils peuvent pourtant sembler beaucoup moins spectaculaires. On ouvre toujours ses fichiers. On lance toujours ses applications. Commande-O ouvre toujours un document. Sous le capot, pourtant, le moteur a complètement changé. Mon Mac actuel, un MacBook Néo, utilise par exemple une puce Apple A18 Pro reposant sur l’architecture ARM. Et voilà comment une famille de processeurs dont on associe facilement les origines modernes aux appareils mobiles finit également dans un Mac. Du téléphone au smartphone Les systèmes d’exploitation ne se limitent évidemment plus depuis longtemps aux ordinateurs. Mon premier véritable smartphone a été un Nokia N70 sous Symbian. J’avais eu des téléphones auparavant, notamment un Nokia 6210, mais je le laisse volontairement de côté ici : nous n’étions pas encore dans le même monde du smartphone. Sur le N70, pour rendre le téléphone accessible, j’utilisais Mobile Speak, un lecteur d’écran qu’il fallait acheter séparément. Cela ressemblait finalement assez à la logique que je connaissais sous Windows : système d’un côté, technologie d’accès ajoutée ensuite. Puis j’ai eu mon premier iPhone : un iPhone 4. Il a été suivi d’un iPhone 4S, puis d’un iPhone 6, d’un iPhone 8, d’un iPhone SE et aujourd’hui d’un iPhone 16e. Avec l’iPhone, VoiceOver faisait directement partie d’iOS. Et là encore, le changement de philosophie était important pour moi. Le lecteur d’écran n’était plus quelque chose qu’il fallait acheter séparément et installer pour rendre l’appareil utilisable. Il était déjà là. J’ai également essayé Android et TalkBack. Je n’ai jamais réellement accroché, probablement aussi parce que je connais beaucoup moins bien Android. Si je devais aujourd’hui passer sérieusement sur Android, il faudrait pratiquement que quelqu’un m’apprenne le système depuis le début. Encore une fois, cela ne signifie pas qu’Android est mauvais ou inaccessible. Simplement, ce n’est pas mon environnement habituel. Et derrière Android, nous retrouvons encore… Linux ! Décidément, celui-là se cache partout. Des systèmes là où on ne les voit même pas Quand on dit « système d’exploitation », on pense facilement Windows, macOS, Linux, Android ou iOS. Mais il y en a ailleurs. Les serveurs qui hébergent nos services en ligne ont besoin de systèmes. Les NAS possèdent leur propre environnement logiciel. Les routeurs et box Internet peuvent utiliser des systèmes spécialisés, très souvent basés sur Linux. Les distributeurs automatiques de billets et quantité d’autres appareils utilisent également des systèmes informatiques que l’utilisateur ne voit pratiquement jamais. À l’École des Arches, j’avais notamment appris à regarder ce qui se passait derrière une simple connexion réseau. Une adresse comme : 192.168.1.1 peut par exemple donner accès à l’interface d’administration d’un routeur, selon sa configuration. Derrière la petite boîte qui « donne Internet », il y a donc beaucoup plus de choses qu’on ne l’imagine. En revanche, attention à ne pas tomber dans l’excès inverse. Tout appareil électronique n’exécute pas nécessairement Linux, Windows ou un système d’exploitation comparable à celui d’un PC. Une radio CB ou une VHF peut très bien utiliser de l’électronique, un microcontrôleur et du firmware spécialisé sans avoir un véritable système d’exploitation généraliste derrière. Et heureusement ! J’imagine assez mal ma VHF annoncer : « Veuillez patienter. Windows Radio installe la mise à jour 26H2. N’éteignez pas votre appareil. 27 %. » En plein appel de détresse, ça serait légèrement fâcheux ! Et l’accessibilité dans tout ça ? Pour moi, impossible de raconter l’histoire des systèmes d’exploitation sans parler de leur accessibilité. Parce que l’existence d’un système ne signifie pas automatiquement que je peux l’utiliser. Lorsque j’ai commencé sérieusement sous Windows, JAWS était indispensable pour moi. Aujourd’hui, Windows intègre Narrateur et il existe également NVDA, gratuit et libre. J’ai essayé NVDA sans réellement accrocher. Narrateur a énormément évolué et peut être utile, mais dans mon utilisation quotidienne, JAWS reste indispensable. Chez Apple, mon expérience est différente puisque VoiceOver est directement intégré à macOS et iOS et constitue mon lecteur d’écran quotidien sur ces appareils. L’accessibilité des systèmes a donc énormément progressé. Mais cela ne signifie pas que toutes les solutions spécialisées sont devenues inutiles. Et surtout, un système peut être techniquement accessible tout en comportant encore des applications, des sites ou des interfaces qui ne le sont pas correctement. L’histoire continue. De A: au cloud Quand je repense à tout cela, certains détails me font sourire. J’ai connu les grandes disquettes 5¼ pouces sur Commodore à l’école enfantine, même si je ne m’en servais pas réellement pour jouer. J’ai surtout travaillé avec les disquettes 3½ pouces. Dans une boîte de dialogue Ouvrir, on allait chercher le lecteur A:. Aujourd’hui encore, le disque principal d’un PC Windows s’appelle généralement C:, héritage d’une époque où A: et B: étaient réservés aux lecteurs de disquettes. Puis sont arrivés les CD-ROM, les clés USB, les disques de plusieurs téraoctets et le stockage dans le cloud. Nous sommes passés d’une époque où l’on pouvait transporter quelques fichiers sur une disquette à une époque où des milliers de photos et de documents peuvent se synchroniser automatiquement entre plusieurs appareils. Et malgré tout cela, j’appuie encore sur Ctrl-O sous Windows ou Commande-O sur Mac pour ouvrir un fichier. Tout change. Et certaines choses restent étonnamment longtemps. Finalement, d’où viennent nos systèmes ? De très loin ! Ils viennent d’une histoire faite de grosses machines, de cartes perforées, de traitement par lots, de terminaux, de lignes de commande, de micro-ordinateurs, de DOS, d’Unix, de CP/M, de Macintosh, de Windows, de Linux et de quantité d’autres systèmes que je n’ai même pas cités. Ils viennent aussi d’idées qui se sont croisées, séparées, reprises et transformées pendant des décennies. Unix influence encore une partie considérable de l’informatique moderne. DOS a marqué profondément le PC. Les premiers systèmes Macintosh ont contribué à populariser une autre manière d’interagir avec l’ordinateur. Windows a évolué jusqu’à devenir très différent de ses premières versions. Linux, arrivé bien plus tard que certains ne l’imaginent, s’est retrouvé partout, des serveurs aux smartphones Android. Mac OS X a rompu avec l’ancien Mac OS tout en permettant au Mac de poursuivre son histoire sur de nouvelles fondations. Et les smartphones ont fini par mettre dans nos poches des machines dont les capacités auraient semblé invraisemblables lorsque je découvrais mes premières disquettes. Quant à moi, je serai passé des anciens Macintosh à Windows 98 avec JAWS, puis XP, aux premières connexions Internet par téléphone, à mon ALVA Traveller, au Wi-Fi, à Ubuntu et son GRUB muet, à Windows 7, 10 et 11, au retour vers le Mac avec VoiceOver, puis de Symbian et Mobile Speak à l’iPhone. Et j’en oublie certainement. C’est peut-être d’ailleurs ce que je retiens le plus en préparant cet article. J’utilise des ordinateurs depuis des années. J’en ai installé, dépanné, parfois juré dessus, parfois appris à regarder sous leur capot. Et malgré cela, il y avait encore toute une partie de leur histoire que je ne connaissais pas. Alors la prochaine fois que vous allumerez votre ordinateur ou votre smartphone, pensez-y une seconde. Avant que votre bureau apparaisse, avant que votre lecteur d’écran commence à parler, avant que vous ouvriez votre navigateur, il y a derrière ce geste banal plusieurs décennies d’histoire informatique. Et dire qu’au départ, il y avait notamment des paquets de cartes trouées ! Mazette, on en a fait du chemin. Et vous ? Quel a été votre premier système d’exploitation ? Avez-vous connu DOS, les anciens Macintosh, Windows 3.1, Windows 95, les disquettes ou les premiers Linux ? Et y a-t-il un système que vous regrettez… ou au contraire un que vous êtes très heureux d’avoir envoyé aux vidanges ? N’hésitez pas à partager vos souvenirs dans les commentaires. À bientôt pour un nouvel article ! Aveugle mais capable !

Allô ? Du téléphone à cadran au smartphone : nom de bleu, que de changements !

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