Je m'appelle Maximilien et je suis aveugle de naissance. Ma cécité ne m'empêche pas de vivre pleinement mes passions. Je suis massothérapeute et j'adore le sport : ski alpin, voile, marche, vélo en tandem. Je suis aussi passionné par la radio (CB, PMR 446) et la musique, avec des goûts variés allant du blues au rock'n'roll en passant par la chanson française. À travers ce blog, je partage mes aventures et mes découvertes.
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vendredi 12 juin 2026
Aveugle, mais capable : quand l'accessibilité maritime reste à quai
Salut à tous,
Il y a des sujets qui me tiennent particulièrement à cœur. Celui-ci en fait partie.
Depuis quelque temps, je m'intéresse de plus en plus au SRC (Short Range Certificate), la certification permettant d'utiliser correctement une radio VHF marine avec ASN (appel sélectif numérique). En France, l'équivalent est le CRR.
Au départ, tout a commencé simplement. Comme beaucoup de passionnés de navigation, j'ai regardé des vidéos, lu des informations et cherché à comprendre le fonctionnement des procédures radio maritimes.
Mayday.
Pan-Pan.
Sécurité.
Ces mots sont connus de nombreux navigateurs. Mais derrière ces mots se cachent des procédures précises, des équipements modernes et une responsabilité importante.
En avançant dans mes recherches, une question s'est imposée à moi :
Comment une personne aveugle peut-elle accéder à ces outils de sécurité ?
Je ne parle pas de théorie.
La théorie, je peux l'apprendre.
Je peux comprendre les procédures.
Je peux mémoriser les messages.
Je peux apprendre la réglementation.
Le problème n'est pas là.
Le problème apparaît lorsque l'on passe de la théorie à la pratique.
Aujourd'hui, les radios marines modernes équipées de l'ASN reposent largement sur des écrans et des menus visuels. Pour déclencher certaines fonctions, consulter certaines informations ou parcourir certains réglages, il faut voir ce qui s'affiche.
J'ai donc commencé à chercher.
J'ai posé des questions dans des groupes de navigateurs du Léman.
On m'a orienté vers l'OFCOM.
J'ai pris contact avec eux.
La personne chargée des examens a fait preuve d'une grande gentillesse et a pris le temps de répondre à mes questions. Elle m'a expliqué les possibilités existantes et les conditions dans lesquelles un candidat aveugle pourrait envisager de passer l'examen.
Je l'en remercie sincèrement.
Malheureusement, une autre difficulté est rapidement apparue.
Encore faut-il disposer d'un appareil accessible.
Et c'est là que les choses se compliquent.
J'ai cherché.
J'ai regardé différents modèles.
Je me suis renseigné auprès de plusieurs personnes.
J'ai exploré plusieurs pistes.
Mais à ce jour, je n'ai pas trouvé de radio marine ASN clairement conçue pour être utilisée par une personne aveugle grâce à une synthèse vocale ou à un véritable système accessible.
C'est frustrant.
Non pas parce que l'on me refuse l'accès à l'examen.
Non pas parce que l'on me refuse le droit d'apprendre.
Mais parce qu'au bout du chemin, l'outil semble manquer.
Pourtant, mon objectif n'est pas d'obtenir un passe-droit.
Je ne demande pas un examen plus facile.
Je ne demande pas que l'on baisse les exigences.
Je demande simplement la possibilité de démontrer les mêmes compétences que les autres.
Et surtout, je considère cette formation comme un apport réel à la sécurité.
Car je navigue.
Je navigue sur le Léman.
J'ai également navigué en mer.
Je sais qu'une radio n'est pas un gadget.
Lors d'une escale mouvementée à Port-Vendres, avec la houle et le mauvais temps, j'ai une nouvelle fois constaté l'importance de pouvoir rester informé et communiquer efficacement.
La radio fait partie des outils de sécurité du navigateur.
On ne l'emporte pas parce qu'on prévoit un problème.
On l'emporte parce qu'un problème peut survenir.
Et surtout, la sécurité à bord, c'est l'affaire de tous.
Alors oui, je me pose une question.
Si une personne aveugle est capable d'apprendre les procédures, de comprendre les règles et d'utiliser la radio dans un cadre adapté, pourquoi est-il encore si difficile de trouver les outils lui permettant d'aller jusqu'au bout de la démarche ?
Ce constat me fait parfois sourire lorsque j'entends certains grands discours sur l'inclusion.
L'inclusion ne se mesure pas au nombre de conférences organisées.
L'accessibilité ne se mesure pas au nombre de slogans affichés.
Elle se mesure aux possibilités réelles offertes sur le terrain.
Et aujourd'hui, dans ce domaine précis, il reste encore du chemin à parcourir.
Je suis probablement loin d'être le seul à m'être posé ces questions.
Je suis peut-être simplement l'un de ceux qui ont décidé de continuer à chercher.
Car je suis convaincu d'une chose :
Une personne aveugle n'est pas une personne incapable.
Nous sommes présents dans les associations.
Nous sommes présents sur les pontons.
Nous sommes présents sur les lacs.
Nous sommes présents en mer.
Nous sommes présents derrière des radios.
Nous apprenons.
Nous pratiquons.
Nous participons.
Et nous aimerions simplement que les équipements évoluent eux aussi.
À tous les fabricants, organismes de formation et concepteurs d'équipements maritimes, j'aimerais adresser un message simple :
N'oubliez pas que vos utilisateurs ne sont pas tous voyants.
Les personnes en situation de handicap naviguent elles aussi.
Elles apprennent elles aussi.
Elles se forment elles aussi.
Et elles aimeraient pouvoir utiliser les mêmes outils de sécurité sans rencontrer de barrières inutiles.
Si cet article peut servir à quelque chose, j'espère qu'il contribuera à une prise de conscience.
Peut-être qu'un jour, un autre navigateur aveugle tombera sur ces lignes.
Et peut-être qu'il se dira :
« Je ne suis pas seul. »
« C'est possible. »
« Je vais essayer moi aussi. »
Parce qu'au fond, c'est cela que j'aimerais transmettre.
Aveugle, oui.
Mais capable.
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