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lundi 21 septembre 2026

Je suis aveugle, pas en examen permanent !

Cet été, je suis parti trois semaines en croisière entre la Corse et l’île d’Elbe, à bord de Pegasus, un superbe ketch d’environ 11 mètres et 9 tonnes. Trois semaines de bateau, de navigation, de ports, de mouillages, de manœuvres et, heureusement, de vent. Mais aussi trois semaines pendant lesquelles j’ai parfois eu une drôle d’impression : celle de passer un examen auquel je ne me souvenais absolument pas m’être inscrit. Autonomie : peut mieux faire. Sport : insuffisant. Téléphone : beaucoup trop. Activités : pas assez intéressantes. Demandes d’aide : trop nombreuses. Mobilité à bord : moins bonne qu’avant. Bon sang de bonsoir ! À quel moment m’avait-on distribué le règlement de l’examen ? Alors oui, cet article va probablement secouer quelques plumes. Certaines risquent même de tomber en route. C’est parfaitement assumé. Parce qu’à un moment donné, il faut aussi appeler un chat un chat. Commençons par ce qui est vrai Je pourrais faire davantage de sport. Voilà, c’est dit. Je passe beaucoup de temps assis. Je suis beaucoup devant mon ordinateur ou sur mon téléphone. Je travaille également moins que je le souhaiterais dans mon cabinet de massothérapie. Je ne vais donc pas prétendre ici être un athlète qui s’entraîne quinze heures par semaine. Je fais tout de même une heure de sport par semaine avec une coach. Six mois me coûtent environ 2 500 francs. Ce n’est pas rien. On pourra toujours me répondre que marcher ne coûte rien. C’est vrai. Sauf qu’il faut aussi aimer ça. Marcher pendant des heures pour marcher pendant des heures, personnellement, je trouve rapidement cela répétitif. D’autres adorent ça et tant mieux pour eux. Moi, mes passions sont ailleurs. Et puis il y a une chose qui commence sérieusement à me courir sur le haricot : reconnaître que je pourrais améliorer quelque chose ne signifie pas que tout ce que je fais actuellement est mauvais. « Tu es moins mobile à bord qu’avant » Celle-là m’a fait mal. Pas physiquement. Moralement. Parce que je ne l’avais absolument pas ressenti. À bord de Pegasus, je me déplaçais comme je l’ai toujours fait : tranquillement. Pegasus n’est pas un voilier moderne aux formes relativement plates. C’est un vieux ketch aux formes plus rondes. Et lorsque l’on ne voit pas où l’on pose les pieds, prendre son temps à bord n’est pas nécessairement un signe de manque d’autonomie. C’est parfois simplement une excellente façon d’éviter de se casser la figure. Je préfère mettre quelques secondes supplémentaires pour savoir où je suis, trouver mon appui et faire correctement ce que j’ai à faire plutôt que courir sur le pont pour prouver que l’aveugle est dynamique. Mon autonomie ne consiste pas à faire les choses à la même vitesse qu’une personne voyante. Elle consiste à les faire à ma manière, correctement et en sécurité. Et puis, lorsque ça naviguait vraiment, je n’étais pas exactement installé dans un fauteuil à attendre l’arrivée. Il fallait wincher ? Je winchais. Il fallait participer aux manœuvres ? Je participais. Et faire avancer 11 mètres et 9 tonnes de bateau quand il y a du vent, ce n’est pas précisément une séance de méditation. Heureusement d’ailleurs que Pegasus n’était pas un ketch à hunier. S’il avait encore fallu m’envoyer dans la mâture pour établir les voiles, j’aurais peut-être définitivement raté l’épreuve de mobilité ! Oui, j’ai galéré à la barre Je ne vais pas non plus raconter que tout était parfait. J’ai eu beaucoup de mal à tenir un cap avec Pegasus. Je lofais trop, puis j’abattais trop, puis je corrigeais à nouveau. Impossible de trouver quelque chose de suffisamment stable. Pourquoi ? Je n’en sais rien avec certitude. J’ai une hypothèse. Le génois actuel est immense alors que l’artimon me paraît relativement petit. Je me demande donc si l’équilibre du plan de voilure n’a pas changé. D’autant que j’avais déjà barré ce même bateau, autrefois équipé de son ancien génois, et que j’en gardais le souvenir d’un bateau agréable à barrer. Mais une hypothèse reste une hypothèse. Peut-être le bateau était-il mal réglé. Peut-être les conditions jouaient-elles. Peut-être étais-je moins bon à la barre cette fois-ci. Peut-être était-ce un mélange de tout cela. Je n’ai aucun problème à dire : j’ai galéré. Ce qui me dérange davantage, c’est lorsqu’une difficulté particulière devient la preuve d’un problème général. J’ai du mal à tenir le cap aujourd’hui, donc je serais moins autonome qu’avant ? Minute, papillon. Entre observer une difficulté et expliquer toute une personne à partir de cette difficulté, il y a quand même quelques milles nautiques. Puis vint la marche… Ah, celle-là ! Nous étions sur l’île d’Elbe, entre Marciana Marina et Marciana. Nous sommes partis avant 9 heures. Nous étions le 11 juillet. Et il faisait déjà, comme diraient nos amis québécois, ben chaud en tabarnak ! La promenade ? Quatre heures. Et quand je dis promenade, je suis gentil. Par endroits, ce n’était même plus vraiment un sentier. C’était du pierrier. J’étais guidé en tenant le sac de la personne devant moi. Dans la caillasse, sans voir précisément où va tomber le prochain pied, avec des pierres qui roulent sous les chaussures, il y avait des moments où j’avais l’impression de faire un pas en avant et huit en arrière. Mes New Balance sont de très bonnes baskets. Dans un pierrier, c’était une autre histoire. Pendant que derrière ça avançait comme une petite chèvre, moi, j’en ai chié. Voilà. Pas « rencontré quelques difficultés ». Pas « ressenti une légère fatigue ». J’en ai chié. Quatre heures sous le chalumeau, dans les cailloux, avec des chaussures pas vraiment prévues pour ça. Et je l’ai faite, cette foutue marche. Je ne demande pas une médaille. Je ne demande pas qu’on dise : « Regardez l’exploit extraordinaire de cet aveugle qui a marché pendant quatre heures ! » Surtout pas. Mais entre me remettre la médaille du mérite et me répondre en substance, lorsque j’arrive avec des cloques : « Tu t’en remettras, arrête de te plaindre », il existe peut-être un petit espace intermédiaire. Un truc tout bête. Reconnaître que, oui, j’en ai bavé. Ce jour-là, c’était en plus l’anniversaire de mon père et le réseau téléphonique était tellement mauvais que je n’arrivais même pas à l’appeler. Journée parfaite. Et derrière, entendre encore que je ne fais pas suffisamment de sport… Oui. Peut-être. Mais faut pas pousser mémère dans les orties non plus ! Demander de l’aide, c’est manquer d’autonomie ? Autre chose qui m’a été reprochée : je demanderais trop d’aide. Alors celle-là mérite qu’on s’y arrête. Pour moi, être autonome ne signifie absolument pas tout faire seul envers et contre tout. Être autonome, c’est savoir se débrouiller. Et savoir demander de l’aide en fait partie. Si je cherche quelque chose que je ne vois pas et qu’une personne à côté de moi peut me dire en dix secondes où ça se trouve, dois-je vraiment passer trois quarts d’heure à chercher pour obtenir mon brevet officiel d’aveugle autonome ? Si je demande qu’on me montre une fois comment quelque chose fonctionne afin de pouvoir ensuite le faire moi-même, est-ce un manque d’autonomie ? Je ne crois pas. L’autonomie, ce n’est pas refuser toute aide. C’est aussi savoir quelle information demander, à quel moment, puis continuer seul. Sinon, on finit par créer une injonction assez formidable : « Sois plus autonome, participe davantage… mais ne demande surtout pas trop d’aide pour pouvoir le faire. » Faudrait savoir ! Et mon téléphone, maintenant Oui, je suis beaucoup sur mon téléphone. Encore une fois : coupable ! Sauf que mon téléphone n’est pas seulement un rectangle sur lequel je fais défiler des âneries pour tuer le temps. Pour une personne aveugle, le numérique est aussi une formidable porte ouverte sur le monde. Je communique. Je lis. Je m’informe. J’écris. Je travaille sur mon blog. Je prépare des articles. Je cherche des informations. Je reste en contact avec des gens. Et oui, parfois je me divertis. Quelle horreur ! Le téléphone est un outil comme un autre. On peut en abuser, bien sûr. Moi le premier. Mais voir quelqu’un assis avec un téléphone dans la main ne permet pas de savoir ce qu’il est en train de faire, et encore moins de résumer sa vie. « Tes activités radio ne sont pas très intéressantes » Celle-là aussi, elle m’est restée en travers. Parce que la radio, j’aime ça. CB, PMR446, communications avec les Amis du Lac… J’écoute, j’échange, je prends des informations, je les entre parfois dans mon ordinateur. Vu de l’extérieur, oui, je peux être assis pendant un moment avec une radio à côté de moi. Et alors ? Un pêcheur peut rester des heures devant son bouchon. Quelqu’un peut passer l’après-midi avec un livre. Un autre va courir vingt kilomètres. Moi, je peux écouter une fréquence en attendant qu’une station se manifeste. Ce n’est peut-être pas intéressant pour vous. Mais c’est intéressant pour moi. Et il y a une énorme différence entre : « La radio ne m’intéresse pas » et : « Tes activités radio ne sont pas très intéressantes. » La première phrase parle de vos goûts. La deuxième juge les miens. D’ailleurs, lors d’un appel VHF avec un port, je me suis retrouvé à écouter attentivement l’échange. Je ne l’aurais pas conduit de la même manière. J’aurais probablement parlé plus lentement, cherché davantage la concision et confirmé clairement une information importante du genre : « Reçu pour place Lima 12, Pegasus. » Est-ce que cela fait de moi le grand maître universel de la VHF marine ? Certainement pas. Je peux moi-même me tromper sur une procédure. Mais des années à pratiquer différentes formes de radio donnent quelques habitudes : écouter, attendre, transmettre une information courte et compréhensible, vérifier ce que l’on a reçu. Je n’irais pas expliquer à une professeure de mathématiques comment enseigner les équations. Alors peut-être peut-on également accepter que derrière mon petit poste radio et mon ordinateur se trouve une activité que je connais et que j’apprécie. Même si elle se pratique assis. Et puis il y avait la vie quotidienne Au début, faire la vaisselle, aucun problème. Deux fois par jour s’il le faut. Je participe à la vie du bord comme les autres. Mais lorsque cela commence à devenir un peu trop systématiquement mon activité, jarnibleu ! Je ne suis quand même pas parti trois semaines en croisière pour décrocher mon certificat professionnel de lave-vaisselle maritime. Même chose avec la nourriture. Pendant trois semaines, j’ai mangé très différemment de mes habitudes. Beaucoup de végétal, du quinoa, des salades de tomates coupées en tout petits dés qui, à mon goût, n’avaient franchement pas inventé la poudre. Très bien. D’autres adorent cette alimentation. Moi, arrivé dans la baie de Cannes avec des bateaux partout autour, j’avais envie d’un burger, d’une entrecôte, d’une glace, d’un cocktail et de trucs qui me faisaient simplement plaisir. Et je ne vois pas pourquoi je devrais m’en excuser. Même histoire avec le soleil. J’avais envie de m’installer un peu au soleil et je demandais simplement un coup de main pour mettre de la crème dans le dos. Réponse : mets plutôt un T-shirt. Parce qu’il y aurait trop de cochonneries dans la crème. Peut-être. Mais j’ai 36 ans. Je peux aussi décider si j’ai envie de mettre de la crème solaire et de profiter un moment du soleil. Conseillez-moi. Expliquez-moi. Mais laissez-moi décider. Même mon T-shirt ! À l’île d’Elbe, je m’achète un T-shirt sur un marché. Il me plaît. J’ai envie de le mettre. Réaction : surtout pas ! Il faudrait d’abord le laver parce qu’il peut contenir toutes sortes de résidus. Et probablement que laver un vêtement neuf avant de le porter est une excellente habitude. Mais arrivé à ce stade de la croisière, j’avoue avoir intérieurement levé les yeux au ciel. Ma mère ne m’a jamais systématiquement lavé chaque T-shirt avant sa première sortie. À l’heure où j’écris ces lignes, j’ai l’immense plaisir de vous annoncer que j’ai survécu. Encore une fois, ce n’est pas le T-shirt. Ce n’est jamais le T-shirt. C’est l’accumulation. Le sport. La mobilité. L’autonomie. Le téléphone. La radio. La nourriture. Le soleil. La manière de demander de l’aide. Et maintenant le T-shirt. Au bout d’un moment : bon sang de bonsoir, laissez-moi respirer ! Quand plus rien ne semble être assez bien C’est probablement ça qui m’a le plus atteint pendant ces trois semaines. Cette impression que ce que je faisais n’était jamais vraiment suffisant. Je participais aux manœuvres. Pas assez mobile. Je faisais la vaisselle. Mais je n’étais pas assez autonome. Je fais du sport une fois par semaine. Pas assez. Je pratique la radio. Pas assez intéressant. Je tiens un blog auquel je consacre énormément de temps. Ce n’est pas un travail rémunéré. Je passe du temps sur mon téléphone. Trop. À force, oui, j’ai fini par davantage me mettre en retrait, notamment vers l’île d’Elbe. Parce que j’étais fatigué. Et parce qu’au bout d’un moment, lorsqu’on a l’impression que ce que l’on fait sera de toute manière insuffisant, une petite voix commence à dire : « Eh bien démerdez-vous. » Ce n’est probablement pas la meilleure réaction. Mais c’est humain. Mon travail aussi est un choix Je travaille comme massothérapeute indépendant. Pas autant que je le voudrais. Je ne vais pas raconter le contraire. Dans une ville comme Pully où l’offre en massothérapie est importante, développer une clientèle n’est pas une promenade de santé. Mais j’ai choisi cette activité. J’ai choisi aussi une certaine liberté. Peut-être qu’avec un autre métier, un patron, des horaires fixes et cinq semaines de vacances annuelles, je travaillerais davantage. Peut-être aussi que je n’aurais jamais pu partir trois semaines sur Pegasus. Les choix ont des avantages et des inconvénients. Ils ne sont pas forcément ceux que ferait quelqu’un d’autre. Et c’est très bien ainsi. Heureusement, il y avait le vent Parce qu’il ne faudrait pas non plus transformer cette croisière en trois semaines d’enfer. Ce serait faux. J’ai aimé naviguer. Et finalement, c’est peut-être pendant les navigations que j’étais le mieux. Quand le vent rentrait, il n’y avait plus grand-chose à discuter. Il fallait faire. Alors je faisais. Je winchais. Je participais aux manœuvres. Je sentais le bateau travailler. Et pendant ce temps-là, je ne pensais ni à mon autonomie, ni à mon téléphone, ni au nombre d’heures de sport que j’aurais dû faire pendant la semaine. J’étais simplement un équipier sur un voilier. Et c’était très bien comme ça. Nos choix sont différents Voilà probablement tout ce que j’aurais aimé faire comprendre. Nos choix sont différents. Je ne prétends pas que les miens sont parfaits. Je devrais probablement bouger davantage. Je pourrais certainement passer moins de temps assis. Je pourrais probablement lâcher quelquefois mon téléphone. Je peux améliorer des choses. Comme tout le monde. Mais ce n’est pas parce que ma vie ne correspond pas à la vôtre qu’elle est mal remplie. Ce n’est pas parce qu’une activité ne vous intéresse pas qu’elle est sans intérêt. Ce n’est pas parce que je demande de l’aide que je manque d’autonomie. Ce n’est pas parce que je prends mon temps pour me déplacer sur un bateau que je suis moins capable. Et ce n’est pas parce que j’en chie pendant quatre heures dans un pierrier sous une chaleur de plomb que toute ma condition physique et mon autonomie peuvent être résumées en une phrase. Je ne demande pas qu’on me trouve formidable. Je ne demande pas une médaille parce que je navigue, parce que je skie, parce que je tiens un blog, parce que je fais de la radio ou parce que j’ai terminé une randonnée difficile. Je demande quelque chose de beaucoup plus simple. Ne transformez pas chaque différence en défaut à corriger. Vous pouvez me conseiller. Vous pouvez me dire lorsque vous pensez que je me trompe. Vous pouvez même me dire des choses que je n’ai pas envie d’entendre. Mais parlez-moi. À moi. Et acceptez aussi qu’après vous avoir écouté, je puisse répondre : « Merci. Mais je vais faire autrement. » Parce que l’autonomie, finalement, c’est peut-être aussi ça. Pouvoir demander de l’aide lorsqu’on en a besoin. Pouvoir écouter un conseil sans être obligé de le suivre. Pouvoir choisir ses activités, même lorsqu’elles se pratiquent assis. Pouvoir manger une entrecôte quand on en a ras le bol du quinoa. Et pouvoir mener une vie qui ne ressemble pas forcément à celle que quelqu’un d’autre aurait choisie pour nous. Je suis aveugle. Pas en examen permanent. Et, bon sang de bonsoir, j’aimerais bien qu’on arrête parfois de confondre les deux. Aveugle mais capable !

jeudi 25 juin 2026

Ma journée idéale sur le Léman

Salut à tous, Si je devais décrire ma journée idéale sur le Léman, je serais incapable de choisir une seule recette. Parce qu'au fond, aucune sortie ne ressemble à la précédente. Bien sûr, j'ai un faible pour l'aube. Il y a quelque chose de particulier dans le port qui s'éveille doucement. Un nouveau jour commence, avec ses découvertes, ses surprises et cette impression que tout est encore possible. Mais j'aime aussi les fins de matinée, les après-midi bien établis et les couchers de soleil. Chaque moment a son charme. La journée commence toujours de la même manière : saluer les copains. Parce qu'un bateau n'est pas seulement une coque, un mât et des voiles. C'est aussi un équipage. Des voix familières, des habitudes, des plaisanteries et des souvenirs qui se construisent au fil des sorties. On monte à bord. J'allume ma fidèle Vertex et j'écoute. Je n'appelle pas tout de suite. En radio, on vérifie d'abord que le canal est libre. C'est une question de respect, mais aussi une bonne habitude. Puis viennent les gestes qui annoncent le départ. On enfile les gants. Le moteur démarre. On largue les aussières. On dérabante la grand-voile. On prépare les drisses. On ouvre les taquets du piano. Et surtout, on se répartit les tâches. Parce qu'on ne navigue pas seul. On ne hisse pas un ris tout seul. On ne prépare pas une manœuvre importante tout seul. On ne fait pas avancer correctement un bateau chacun dans son coin. À bord, chacun apporte quelque chose. L'un prépare une manœuvre. L'autre surveille un réglage. Un troisième prépare la suite. On s'annonce ce que l'on fait. On s'écoute. On se fait confiance. Et quand tout fonctionne bien, cela ressemble presque à une chorégraphie. Si je peux choisir notre destination, alors direction Lavaux. Bien sûr, le paysage est magnifique. Mais il y a aussi une raison plus pratique : c'est souvent là que l'on trouve de beaux thermiques. À bord, il y a toujours une bouteille d'eau. C'est indispensable. Et puis, lorsque les manœuvres sont terminées et que les conditions le permettent, un bon verre partagé entre copains fait aussi partie des plaisirs de la navigation. Après tout, lorsqu'on a travaillé pour la bonne marche du bateau, qu'on a réglé les voiles, surveillé le vent et profité d'une belle journée sur l'eau, partager un moment ensemble fait partie du voyage. Sur le Léman, les repas prennent souvent la forme d'un pique-nique. En mer, je prends davantage le temps de faire de vrais repas. Mais sur le lac, avec des thermiques parfois capricieux, on apprend vite à profiter du vent lorsqu'il est là. Le sandwich peut attendre quelques minutes. Le vent, lui, ne prévient pas toujours avant de changer. Je me souviens d'ailleurs d'une sortie particulièrement mémorable. Nous étions partis avec le propriétaire du bateau, son fils et un ami. Ce jour-là, une bise soufflait à décorner les bœufs. Nous avions pris un ris et envoyé le tourmentin, que beaucoup appellent aujourd'hui le solent. Malgré cette voilure réduite, nous filions au largue à 9,5 nœuds. Je m'en souviens encore. Il fallait anticiper. Communiquer. Régler. Faire confiance au bateau. Mais aussi faire confiance à l'équipage. Parce qu'un équipage, ce n'est pas simplement plusieurs personnes présentes sur le même bateau. C'est un groupe qui avance ensemble. Lorsque nous sommes rentrés au port ce soir-là, nous étions complètement rincés. Fatigués. Mais heureux. Et c'est peut-être cela, ma définition d'une journée idéale sur le Léman. Pas une journée parfaite. Pas une journée de carte postale. Simplement une journée où l'on navigue avec les copains, où chacun apporte sa contribution, où l'on profite du vent lorsqu'il est là et où l'on rentre avec des souvenirs plein la tête. Parce qu'au fond, chaque sortie est différente. Et c'est peut-être pour cela qu'elles sont toutes inoubliables.

samedi 4 octobre 2025

Les numéros de téléphone : mes souvenirs d’hier à aujourd’hui (Partie 1)

Salut à tous, Aujourd’hui, on va parler d’un sujet qui fait partie de la vie de tout le monde, aveugles ou pas : les numéros de téléphone. Derrière ces chiffres se cachent des souvenirs, des habitudes, et parfois même de vraies petites histoires. Mon tout premier souvenir, c’est celui du numéro de la maison. Il est toujours le même aujourd’hui, sauf qu’il est passé à 10 chiffres quand l’indicatif est devenu obligatoire. Pas de panique à l’époque : ça s’est fait naturellement, les indicatifs ont simplement été intégrés au reste. Quand j’étais petit, on utilisait même des raccourcis de numérotation. Par exemple, pour appeler ma grand-mère (paix à son âme), il suffisait de composer M05. Je ne savais pas pourquoi, mais ça marchait : une sorte de mémoire programmée avant l’heure. À l’école, on nous apprenait à téléphoner. On a commencé par les services comme le 161 pour l’horloge parlante ou le 162 pour la météo. Des numéros simples, que tout le monde composait au moins une fois, parfois juste pour s’amuser. Plus tard, j’ai découvert d’autres numéros spéciaux : ceux des radios et des concours. Je me souviens du 0901 00 103 6 pour NRJ Léman, le fameux Combox NRJ, ou encore du jackpot de Framboise, même si je ne l’ai jamais composé. Ces numéros-là, ils marquaient une époque. Et puis il y a eu le grand changement : l’arrivée du premier portable dans la famille. Chez nous, c’était un Natel C en 077. Je me rappelle encore du numéro par cœur : 077 46 02 06. Ma mère l’a gardé longtemps, jusqu’à ce que la ligne soit coupée. L’appareil était un Ericsson, pas une valise mais un gros machin qui tenait à peine dans la poche. Une vraie révolution pour l’époque. En parallèle, il y avait encore les cabines téléphoniques. Pas près de chez moi, mais à l’école, au chalet, et même à La Tzoumaz où je skiais. On pouvait y passer des coups de fil rapides, avec les fameuses pièces ou cartes à puce. Bien sûr, on connaissait aussi les numéros d’urgence : 117 pour la police, 118 pour les pompiers, 144 pour l’ambulance. On apprenait ça dès l’enfance, « au cas où ». Plus tard sont venus d’autres numéros, comme le 1414 ou le 1415, mais les classiques restent gravés dans ma mémoire. À la maison, on avait un téléphone sans fil blanc avec un large clavier. Et un peu plus tard, un appareil combiné téléphone + fax. Pas de répondeur chez nous, ce n’était pas la coutume, mais plus tard j’ai eu le Combox sur mon portable. Avec tout ça, j’ai retenu pas mal de numéros par cœur, surtout ceux de la famille et des copains. Aujourd’hui, ce n’est plus pareil : tout passe par le répertoire du portable. Pourtant, ma mémoire me sert toujours, et mon téléphone fixe me lit même certains numéros à voix haute grâce à la synthèse vocale. Alors, qu’est-ce que je préfère entre hier et aujourd’hui ? 👉 Un peu des deux, je dirais. La mémoire, ça peut dépanner, et la facilité du répertoire, ça fait gagner du temps. Mais une chose est sûre : pour moi, la voix reste essentielle. Les applis de messagerie, c’est bien, mais rien ne vaut un bon appel vocal, surtout pour un aveugle comme moi. Et vous ? Quels numéros de téléphone vous ont marqué ? En connaissez-vous encore par cœur aujourd’hui ? Venez partager vos anecdotes en commentaire, ça m’intéresse !

samedi 20 septembre 2025

Les radios qui ont marqué ma vie

👋 Salut à tous !
Aujourd'hui, je vous emmène dans un voyage sonore, à travers mes souvenirs, mes émotions et ces voix qui ont rythmé ma vie.
Pour moi, la radio n'est pas juste un appareil : c'est un compagnon de route, une présence chaleureuse qui a toujours été là, de l'enfance jusqu'à aujourd'hui.

Comme je suis aveugle de naissance, la radio occupe une place encore plus particulière dans ma vie.
Elle est bien plus qu'un simple média : elle me permet de voir le monde autrement, à travers les voix, les musiques et les sons.
Chaque émission, chaque commentaire sportif, chaque générique devient une fenêtre ouverte sur l'extérieur.


Le tout premier souvenir : le Fisher-Price rouge

Ma toute première « radio » était en réalité un radiocassette  Fisher-Price, rouge pétant avec de gros boutons de couleur.
Je m'en souviens comme si c'était hier :

  • deux blancs pour avancer et reculer la bande,
  • un rouge pour enregistrer,
  • un vert pour lancer la lecture,
  • et un bleu pour arrêter et ouvrir le compartiment à cassettes. 🎶

À cette époque, je l'utilisais surtout pour écouter des cassettes, pas vraiment la radio.
Je l'ai gardé longtemps, jusqu'au jour où on m'a dit qu'il n'était plus réparable, car il était en plastique.
Ce petit poste reste pour moi le symbole de mes premiers pas dans le monde sonore.


Les matins de mon enfance : Patrick Ferla et RSR

Le vrai contact avec la radio est arrivé au petit déjeuner, dans notre appartement du chemin de Roches à Pully.
Nous avions un poste posé sur le parquet, sur la mezzanine du salon, et le son se diffusait dans toute la pièce.
C'était l'époque de la Radio Suisse Romande, devenue ensuite RS Première, puis RTS La Première.

Chaque matin, la voix de Patrick Ferla animait Le Petit Déjeuner. ☕🎙️
Je ne me souviens pas de la marque du poste, mais je me souviens parfaitement de l'ambiance :
ces voix qui accompagnaient le début de la journée,
ce petit rituel familial qui réchauffe encore ma mémoire aujourd'hui.


Au chalet et en voiture : la radio en famille

La radio, c'était aussi les trajets en voiture ou les week-ends au chalet.
Là-bas, nous avions un petit poste Toshiba, qui pouvait fonctionner sur piles, parfait pour un lieu un peu isolé.
On écoutait beaucoup Les Dicodeurs, une émission culte de la RSR, pleine d'humour et de complicité.

Et lors des voyages en voiture, il y avait un rendez-vous incontournable :
les radios autoroutes sur la fréquence 107.7.
Elles accompagnaient nos trajets, avec des infos trafic très utiles et une musique d'ambiance parfaite pour la route. 🚗🎧


Radio Framboise et le premier poste rien qu'à moi

En parallèle, ma station favorite est devenue Radio Framboise 🍓.
À tel point que j'avais programmé mon radio-réveil dessus, pour commencer la journée avec ses animateurs.
Et chaque quart d'heure, à :15, il y avait le célèbre Jackpot Framboise !
Je me souviens encore du numéro à composer pour jouer :

« 0901 56 54 55 » 📞
Un petit moment d'excitation, même si je ne participais pas toujours.

Puis, un jour, ma marraine m'a offert un radio-CD-cassette.
Ce cadeau a été une libération : je n'avais plus besoin de monopoliser la chaîne hi-fi familiale !
C'était mon poste à moi, ma musique, mes cassettes, et surtout ma radio.
Je pouvais enfin écouter ce que je voulais, quand je le voulais.


La magie du direct : le hockey sur Framboise

Vers 2001, la radio a pris une toute nouvelle dimension avec les matchs du Lausanne HC. 🏒🔥
Grâce à Radio Framboise, j'ai découvert l'émotion du direct, cette intensité unique que seule la radio peut transmettre.

Deux voix mythiques m'accompagnaient alors :

  • Paul Magro, plein d'énergie et de passion,
  • David Lemos, plus posé, précis dans ses analyses.

Leurs commentaires me transportaient au cœur de la patinoire.
Je me souviens encore de Paul criant :

« Et goal ! Et goaaaaaaal ! »
Souvent, j'écoutais seul, complètement absorbé,
et encore aujourd'hui, je retrouve cette ambiance sur Global Sport, preuve que la magie est toujours là.


Les grandes émissions cultes

Avec le temps, j'ai élargi mes horizons radio.
Toujours sur RSR La Première, j'écoutais :

  • Les Dicodeurs, bien sûr, une émission indémodable,
  • Salut les Petits Loups, pour la jeunesse,
  • et surtout Le Kiosque à Musique, présenté par Jean-Paul Gigon et Jean-Claude Martin. 🎵

Chaque samedi, l'émission commençait par la célèbre petite phrase « Attention, le samedi… »,
qui annonçait une ambiance festive et conviviale pour tout l'après-midi.
C'était le rendez-vous musical incontournable, qui résonne encore dans mes souvenirs.

Et puis, il y avait Radio Lac, que j'associe directement au Bol d'Or,
cette course mythique sur le lac Léman ⛵.
Là, radio et passion pour la navigation se rejoignaient dans une symphonie parfaite.


Couleur 3, Nostalgie et Option Musique

Plus tard, j'ai découvert Couleur 3, avec son style décalé et audacieux.
Le dimanche soir, entre 22h et minuit, j'écoutais Krakoukas,
une émission entièrement consacrée à la musique métal. 🎸🔥
Elle avait une énergie folle, parfois complètement déjantée.
Il m'arrivait même d'oublier de couper la radio en m'endormant…
et de me réveiller avec le métal qui tournait encore en fond sonore. 😅

À côté, il y avait Nostalgie, parfaite pour retrouver les grands classiques,
et Option Musique, devenue RTS Option Musique aujourd'hui.
Quand j'étais à La Tzoumaz, nous utilisions l'émetteur de Savièse pour bien capter la station,
preuve que la radio était aussi liée aux lieux et aux voyages.


Aujourd'hui : la radio à l'ère du DAB+

Même avec Internet, les applis et les podcasts,
je continue à écouter la radio en direct, grâce au DAB+.
La qualité est incroyable, et j'aime rester dans l'instant,
comme lorsque j'écoutais un match ou une émission spéciale il y a des années.

Les applis sont très pratiques pour rattraper ce que j'ai manqué,
mais rien ne remplace la magie du direct.
C'est un parfait mélange entre modernité et tradition,
entre l'enfant que j'étais et l'adulte d'aujourd'hui.


Partagez vos souvenirs !

Et vous, quels sont vos souvenirs liés à la radio ? 🎙️
Laquelle a marqué votre enfance ou vos trajets en voiture ?
Racontez-moi vos anecdotes dans les commentaires, je serai ravi de les lire et d'échanger avec vous.
Et si cet article vous a plu, n'hésitez pas à le partager avec vos proches pour faire revivre, à plusieurs, la magie de la radio. 💬✨


Conclusion : une radio qui me fait voir le monde

Pour moi qui suis aveugle, la radio est bien plus qu'un simple média :
c'est une fenêtre ouverte sur le monde.
Là où d'autres voient des images, moi j'entends des voix, des musiques et des ambiances qui donnent vie à mon univers.

Chez moi, il y a presque toujours une radio allumée.
Elle accompagne mes journées, mes souvenirs, mes passions.
Du petit Fisher-Price rouge aux cassettes, puis au DAB+ d'aujourd'hui,
la radio est restée ce fil invisible qui relie mon passé et mon présent.

La radio, ce sont des voix et des musiques qui m'accompagnent depuis toujours,
et qui continueront de me faire vibrer encore longtemps.
🎶

 

Partagez vos souvenirs !

Et vous, quels sont vos souvenirs liés à la radio ? 🎙️
Laquelle a marqué votre enfance ou vos trajets en voiture ?
Racontez-moi vos anecdotes dans les commentaires, je serai ravi de les lire et d'échanger avec vous.
Et si cet article vous a plu, n'hésitez pas à le partager avec vos proches pour faire revivre, à plusieurs, la magie de la radio. 💬✨

 

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