mercredi 28 octobre 2026

Mais où est-ce que j’ai encore posé ce machin ?

« Roh mais merde… je l’ai foutu où, ce machin ? » Je pense que cette phrase, ou une variante un peu plus polie selon les personnes, a déjà été prononcée dans à peu près toutes les maisons de la planète. On cherche son téléphone. Ses clés. Un papier. Un câble. Une télécommande. Un objet qu’on était pourtant absolument certain d’avoir posé « juste là ». Et quand on est aveugle ? Eh bien… on cherche aussi ! Parce que contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, perdre ses affaires n’est pas une activité exclusivement réservée aux voyants. Et être aveugle ne donne malheureusement pas un super-pouvoir permettant de mémoriser instantanément l’emplacement de chaque objet. Dommage. Ça pourrait être pratique. Tu peux avoir du bordel, mais il faut savoir où est ton bordel Voilà probablement ma règle principale. Je ne vais pas vous raconter que tout est parfaitement rangé chez moi. Ce serait mentir. Il suffit probablement de regarder mon bureau pour comprendre assez rapidement la situation. Des radios. Des antennes. Un iPad. Un iPod. Des câbles. Et tout un tas d’autres choses. Bref, ce que j’appellerais volontiers un sacré beusier. Et pour fourguenatzer là-dedans afin de retrouver quelque chose, bonjour ! Tiens, encore deux expressions bien de chez nous. Après mon récent article consacré à notre manière de parler, il fallait bien qu’elles ressortent quelque part ! Mais ce joyeux beusier n’empêche pas d’avoir une certaine organisation. Parce qu’il y a une différence entre avoir du bordel et ne jamais savoir où sont ses affaires. Chaque chose à sa place… enfin, presque ! Pour les objets que j’utilise régulièrement, j’essaie généralement de conserver un emplacement précis. Au cabinet, c’est particulièrement important. Mes huiles, par exemple, doivent être là où je sais les trouver. Je ne vais pas faire attendre un patient pendant cinq minutes simplement parce que j’ai décidé de jouer à cache-cache avec une bouteille d’huile de massage. L’organisation me permet d’être plus efficace et de prendre rapidement la personne en charge. Pour mes radios, c’est pareil. Dans 99 % des cas, je sais où elles sont. Bon. Il reste donc 1 %. Et ce 1 % peut parfois devenir particulièrement intéressant. Mais elle était là ! Il m’est déjà arrivé de chercher une radio. Je passe la main à l’endroit où je pense l’avoir mise. Rien. Je cherche encore. Toujours rien. Je commence à m’agacer. Je finis par demander à quelqu’un : « Tu ne vois pas ma radio ? » La personne cherche. Et elle la trouve… Exactement à sa place. Là où je l’avais moi-même rangée. Magnifique. Dans ces moments-là, il devient assez difficile d’accuser quelqu’un d’avoir déplacé mes affaires. Je l’avais rangée. Correctement, en plus. Et je suis quand même passé à côté. Oui, ça arrive. Il m’arrive même parfois de chercher un objet alors que… je l’ai dans la main. Voilà. On va laisser passer quelques secondes afin que chacun puisse mesurer toute la puissance de cette organisation. Ce n’est pas parce que je suis aveugle que tout doit être étiqueté Pour retrouver mes affaires, je n’ai pas forcément besoin d’étiquettes en braille partout. Beaucoup d’objets sont parfaitement reconnaissables au toucher. Prenons mes radios portatives. Une Jopix, une PNI ou un Midland G9 n’ont pas exactement la même forme ni la même disposition des commandes. Je peux donc assez facilement savoir laquelle j’ai entre les mains. Même chose pour les chargeurs. Le socle de charge d’une Jopix, celui d’un Midland G9 et celui de mon Vertex sont très différents. Difficile de les confondre. Pour les câbles, les connecteurs donnent également beaucoup d’informations. Aujourd’hui, l’USB-C simplifie pas mal de choses, même si j’ai encore plusieurs appareils en Lightning, notamment mes AirPods, mon iPad ou mon iPod. Avec l’habitude, je reconnais assez facilement ce qui va avec quoi. Parfois, la meilleure étiquette tactile d’un objet, c’est tout simplement sa forme. Et les couleurs ? Évidemment, il existe des informations qu’un simple toucher ne me donnera pas. La couleur de mes vêtements, par exemple. Là, je peux utiliser Seeing AI sur mon iPhone. Ou, encore plus simplement, mon petit Colorino, un détecteur de couleurs. Je le place sur le vêtement et il m’indique sa couleur. Là encore, je choisis simplement l’outil qui me convient en fonction de la situation. Pas besoin de transformer le rangement d’un aveugle en opération de la NASA. Surtout, ne rangez pas mes affaires « pour m’aider » Ça, c’est un grand classique. Quelqu’un voit un objet et se dit : « Tiens, je vais le ranger, ce sera plus pratique pour lui. » L’intention peut être excellente. Le résultat, beaucoup moins. Parce que si vous déplacez quelque chose sans me prévenir, je vais naturellement commencer par le chercher là où je sais l’avoir laissé. Je cherche. Je recommence. Je m’agace. Et à un moment, il devient assez probable que je fasse comprendre que déplacer mes affaires sans me prévenir n’était peut-être pas l’idée du siècle. En général, les gens qui me connaissent font la gaffe une fois. Après, le principe est assez vite compris ! En revanche, ranger quelque chose avec moi, aucun problème. On peut parfaitement m’aider à organiser un espace. Mais laissez-moi manipuler les objets et choisir avec vous où ils vont se trouver. Ainsi, je connais ensuite leur emplacement. Aider, ce n’est pas forcément décider à la place de quelqu’un de ce qui sera pratique pour lui. La cuisine : apprendre la carte des lieux Dans une cuisine, je n’ai pas nécessairement choisi moi-même l’emplacement de chaque chose. Et ce n’est pas un problème. J’apprends simplement où elles se trouvent. Les assiettes sont là. Les verres ici. Les casseroles ailleurs. Une fois les emplacements mémorisés, je vais directement chercher ce dont j’ai besoin. Ce qui compte donc n’est pas forcément d’avoir personnellement décidé de chaque emplacement. Il faut surtout que les choses ne déménagent pas sans arrêt. Parce que si les assiettes changent de placard tous les trois jours, là, ça devient tout de suite plus sportif. Mon verre est à 1 heure À table, j’ai aussi mes repères. Je pose souvent mon verre vers 1 heure par rapport à mon assiette, ou au-dessus du couteau. Je sais donc où tendre la main. Ça fonctionne parfaitement… jusqu’à ce que quelqu’un déplace le verre. Et ça, oui, ça arrive. Je cherche ma bière, mon verre de blanc, mon eau ou que sais-je encore. Je tends la main là où je sais l’avoir posé. Plus rien. Je cherche. Et quelqu’un finit par dire : « Oups, pardon, je l’ai déplacé. » Ah ! Mystère résolu. Ce n’est pas que je suis soudain devenu incapable de retrouver mon verre. C’est simplement que le repère que j’avais mémorisé a changé sans que je le sache. Au restaurant, d’ailleurs, ça se passe généralement très bien. Les serveurs me montrent où ils posent quelque chose ou me le mettent directement dans la main. Une fois que je sais où c’est, terminé. Je me débrouille. Et quand je voyage ? Dans un hôtel, sur un bateau ou ailleurs, je prends rapidement mes repères. Parce que si je dois pouvoir sauter dans mes godasses et être opérationnel rapidement, il vaut mieux que je sache où j’ai foutu mon bordel. Sur un bateau, c’est encore plus important. L’espace n’est pas toujours immense. Nous sommes plusieurs à bord. Chacun a ses affaires. Si je ne sais jamais où j’ai posé les miennes, je vais passer mon temps à demander : « Il est où, mon truc ? » « Tu as vu ça ? » « Quelqu’un sait où est machin ? » Une fois, ça va. Sans arrêt, ça peut finir par agacer tout le monde. Alors je prends mes repères. Je sais où j’ai mis mes affaires et je peux les récupérer rapidement. L’autonomie, parfois, tient à quelque chose d’aussi simple que savoir où l’on a foutu ses chaussettes. Le rangement génial qu’on oublie trois jours plus tard Il existe cependant un piège redoutable. Vous connaissez peut-être cette brillante idée : « Tiens, je vais mettre cet objet ici. C’est un endroit tellement logique que je saurai forcément où il est. » Erreur. Trois jours plus tard : « Roh mais merde ! Je l’ai foutu où, ce machin ? » On cherche partout. À sa place habituelle ? Non. Sur le bureau ? Non. Dans un tiroir ? Non. Et bien entendu, ce genre de chose arrive généralement au moment où l’on a besoin de l’objet immédiatement. Pas quand on dispose tranquillement de vingt minutes pour le chercher. Non. Ce serait trop facile. Et quand je finis par retrouver le fameux objet dans cet emplacement « génial » que j’avais moi-même choisi trois jours auparavant, il retourne directement à sa vraie place. Parce que je sais pertinemment que si je recommence, je ne le retrouverai plus. Où est mon iPhone ? Le téléphone mérite évidemment sa propre catégorie. Il m’arrive assez régulièrement de ne plus savoir où j’ai posé mon iPhone. Je cherche. Je tâte le bureau. Je réfléchis. Rien. Heureusement, j’ai une arme redoutable : mon Apple Watch. Je peux faire sonner l’iPhone. Au lieu de fourguenatzer partout pendant dix minutes, je lance la sonnerie et j’écoute. Un jour, je cherche donc mon téléphone. Je le fais sonner. Et je l’entends… aux WC. Ah. Merde. Quel con ! Je l’avais tout simplement laissé là. Pour le coup, je ne pense pas que la cécité ait grand-chose à voir avec l’affaire. Les papiers : attention au beusier Pour les documents, j’ai aussi une organisation. Mes classeurs avec leurs intercalaires bien séparés fonctionnent très bien. Une fois qu’un document est correctement rangé, je sais où le retrouver. Mais une feuille volante posée sur le bureau ? Là, nous entrons dans une zone beaucoup plus dangereuse. Si elle n’est pas mise dans une chemise ou avec les autres documents auxquels elle appartient, elle peut rapidement se perdre au milieu du reste. Et lorsqu’il s’agit d’une facture, j’ai une méthode très simple : je la paie immédiatement. Parce que sinon, je risque de l’oublier. Parfois, la meilleure organisation consiste simplement à ne pas repousser une chose importante au lendemain. « Laisse, je vais chercher pour toi » Non. Enfin… pas tout de suite. Si je cherche quelque chose, laissez-moi d’abord chercher. Je n’ai pas besoin qu’une personne voyante se précipite systématiquement pour retrouver l’objet à ma place. En revanche, si je demande de l’aide, alors oui ! Une paire d’yeux peut être sacrément utile. Pourquoi passer vingt minutes à chercher quelque chose uniquement pour pouvoir dire que je l’ai retrouvé tout seul, alors qu’une personne à côté peut me dire en dix secondes : « Il est là. » Demander de l’aide lorsque j’en ai besoin ne me pose aucun problème. Mais laissez-moi décider quand j’en ai besoin. Les aveugles peuvent aussi être bordéliques ! Et c’est peut-être finalement le plus important. On imagine parfois qu’une personne aveugle doit forcément être extrêmement ordonnée. Que tout doit être parfaitement aligné. Que nous devons avoir une mémoire extraordinaire nous permettant de connaître l’emplacement exact de chaque objet. Eh bien non. Une personne aveugle peut être la personne la plus bordélique de la planète. Une autre peut être extrêmement ordonnée. Exactement comme chez les voyants. Personnellement, je peux être très organisé pour certaines choses parce que cela me permet d’être efficace. Au cabinet, je dois savoir où se trouve mon matériel. En voyage ou sur un bateau, je dois pouvoir retrouver rapidement mes affaires. Et à côté de ça… mon bureau peut être un sacré beusier. Les deux ne sont absolument pas incompatibles. La règle est finalement très simple Après toutes ces histoires de radios introuvables, de verres déplacés, de papiers, de câbles, de téléphone oublié aux WC et de rangement improvisé que j’oublie trois jours plus tard, ma règle pourrait tenir en une seule phrase : Tu peux avoir du bordel, mais il faut savoir où est ton bordel. Et lorsque je ne sais vraiment plus où il est ? Je cherche. Je râle peut-être un peu. Je fourguenatze. Je demande éventuellement une paire d’yeux. Et parfois, je découvre simplement que l’objet était exactement à sa place depuis le début. Ou dans ma main. Comme quoi, être aveugle ne protège absolument pas contre les grands moments de solitude ! Et vous ? Êtes-vous du genre à avoir une place précise pour chaque chose, ou votre maison ressemble-t-elle parfois à un gigantesque beusier ? Avez-vous déjà cherché votre téléphone alors qu’il était dans votre poche, vos lunettes alors qu’elles étaient sur votre nez, ou un objet que vous aviez dans la main ? Et surtout : avez-vous déjà rangé quelque chose dans un endroit tellement « intelligent » que vous avez été incapable de le retrouver trois jours plus tard ? N’hésitez pas à raconter vos propres exploits dans les commentaires. Je sens que je ne suis certainement pas le seul ! À bientôt pour un prochain article ! Aveugle mais capable !

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