Je m'appelle Maximilien et je suis aveugle de naissance. Ma cécité ne m'empêche pas de vivre pleinement mes passions. Je suis massothérapeute et j'adore le sport : ski alpin, voile, marche, vélo en tandem. Je suis aussi passionné par la radio (CB, PMR 446) et la musique, avec des goûts variés allant du blues au rock'n'roll en passant par la chanson française. À travers ce blog, je partage mes aventures et mes découvertes.
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jeudi 13 août 2026
Être aveugle, ce n'est pas parler uniquement de cécité
Salut à tous,
Aujourd'hui, j'ai envie de faire tomber encore un petit cliché.
Ou au moins de le faire vaciller un peu.
Quand on parle d'une personne aveugle, quels sujets viennent spontanément à l'esprit ?
La cécité, bien sûr.
L'accessibilité.
Le braille.
Les lecteurs d'écran.
Les difficultés du quotidien.
Tout cela existe. Tout cela est important. Et vous savez que j'en parle régulièrement sur ce blog.
Mais il y a un petit problème.
Nous ne sommes pas aveugles vingt-quatre heures sur vingt-quatre au point de ne plus être autre chose.
Je suis aveugle, certes.
Mais je suis aussi passionné de voile, de radio, de ski, d'informatique, de musique, de cuisine et de bien d'autres choses.
Et parfois, j'ai simplement envie de vous parler de ça.
« Mais comment tu fais ? »
C'est probablement l'une des questions que j'entends le plus lorsque je parle de mes activités.
Comment tu fais pour skier ?
Comment tu fais sur un voilier ?
Comment tu utilises une radio ?
Et vous savez quoi ?
Continuez à poser la question !
La surprise ne me dérange absolument pas.
Elle est même parfaitement compréhensible.
Dans les représentations habituelles de notre société, on imagine encore difficilement une personne aveugle skis aux pieds, sur un voilier, avec une radio à la main ou accrochée à un baudrier d'escalade.
Je ne vais pas en vouloir à quelqu'un parce qu'il n'y avait simplement jamais pensé.
En revanche, lorsqu'on me demande :
« Mais comment tu fais ? »
j'explique.
Sur les pistes, si je peux montrer comment fonctionne le guidage, je montre.
À bord d'un bateau, je peux expliquer ce que je fais, montrer le matériel et les manœuvres auxquelles je participe.
Pour la radio, je peux expliquer comment j'utilise les appareils et ce dont j'ai besoin pour qu'ils soient accessibles.
Et très souvent, à la fin de la discussion, quelqu'un a appris quelque chose.
Moi aussi, parfois.
C'est comme ça qu'on fait tomber un cliché : pas forcément en donnant une leçon, mais simplement en discutant.
Les enfants, eux, ne tournent pas autour du pot
Il y a d'ailleurs un public que j'aime particulièrement dans ce genre de situation : les enfants.
Eux sont souvent extraordinirement naturels.
Ils viennent.
Ils demandent.
Pourquoi tu ne vois pas ?
Comment tu fais ça ?
Pourquoi tu utilises ce matériel ?
Et comment ça marche ?
Ils y vont franchement.
Et j'adore ça.
C'est spontané, c'est curieux et, souvent, c'est franchement trop chou.
Ils veulent comprendre.
Alors j'explique.
Les adultes hésitent parfois davantage. Ils ont peur de poser une question maladroite ou de dire quelque chose qu'il ne faudrait pas.
À ceux-là, j'ai envie de dire quelque chose de très simple :
osez demander.
Il n'y a pas de mauvaise question lorsqu'elle est posée avec l'envie sincère de comprendre.
Toute question mérite une réponse.
Remplaçons « impossible » par « comment ? »
Il m'est finalement assez rarement arrivé qu'une personne me dise directement :
« Non, ça, un aveugle ne peut pas le faire. »
Le problème est souvent beaucoup plus diffus.
Certaines activités, certains appareils ou certaines organisations ont simplement été conçus sans que personne n'imagine qu'une personne aveugle pourrait un jour vouloir les utiliser.
La radio en est un bon exemple.
Une radio n'est pas intrinsèquement impossible à utiliser lorsqu'on ne voit pas.
Il faut simplement que son interface soit utilisable : boutons repérables, informations accessibles, synthèse vocale lorsque c'est nécessaire, etc.
Le problème n'est alors plus :
« Un aveugle peut-il utiliser une radio ? »
mais :
« Quel appareil lui permettra de l'utiliser ? »
Ça change complètement la question.
C'est exactement la même chose dans beaucoup d'activités.
Parfois, il faut adapter.
Parfois, il faut guider.
Parfois, il faut modifier une manière de faire.
Et parfois… il ne faut absolument rien changer.
Alors, avant de penser :
« Un aveugle ne peut probablement pas faire ça »,
essayons plutôt :
« Comment pourrait-il le faire ? »
Et encore mieux : demandons-lui directement.
La réponse pourrait être beaucoup plus simple qu'on ne l'imagine.
Mais faut-il alors arrêter de parler d'accessibilité ?
Certainement pas !
Ce serait complètement absurde.
Quand quelque chose n'est réellement pas accessible, il faut le dire.
Quand une interface empêche une personne aveugle d'utiliser un service, il faut en parler.
Quand une formation ou du matériel pourrait être rendu accessible avec quelques adaptations raisonnables, il faut poser la question.
Je l'ai fait, notamment concernant la VHF marine et la formation SRC.
Et je continuerai à le faire.
Parce que dans ce cas, la question dépasse potentiellement ma petite personne.
Si je rencontre cet obstacle aujourd'hui, quelqu'un d'autre pourrait le rencontrer demain.
Et oui, parfois, prendre position fait bomber quelques plumes.
Ce n'est pas très grave.
On peut être en désaccord et continuer à discuter.
Mais parler d'accessibilité simplement pour parler d'accessibilité ?
Comme diraient nos amis québécois :
ça n'a pas d'bon sens !
La cécité doit être présente sans diriger le contenu
C'est probablement là que je place ma propre ligne.
Ma cécité fait partie de moi.
Elle n'a aucune raison de disparaître de ce blog.
Mais elle n'a pas non plus besoin de prendre le volant à chaque article.
Si je raconte une journée de navigation sur le Léman, le sujet principal est la navigation.
Si je raconte un QSO radio, le sujet principal est la radio.
Si je parle de ski, nous allons parler de ski.
Et si je vous raconte comment je prépare une entrecôte…
eh bien, nous allons parler d'entrecôte !
Je ne vais quand même pas vous présenter :
« L'exploit extraordinaire d'un aveugle réussissant héroïquement à cuire un morceau de viande. »
Faut peut-être pas pousser non plus ! 😄
J'ai d'ailleurs déjà consacré un article à ma manière de préparer une entrecôte, et il a été apprécié.
Pourquoi ?
Probablement parce que les lecteurs peuvent aussi simplement avoir envie de parler cuisine.
Et c'est très bien comme ça.
Un article sur la radio peut simplement parler de radio
J'ai également écrit sur la manière de parler en radio.
Cet article aurait parfaitement pu être écrit par une personne voyante.
Les règles de communication radio ne deviennent pas différentes simplement parce que celui qui tient le micro ne voit pas.
Et c'est précisément ce que j'espère pour Blind Power.
J'espère que vous lisez mes articles parce que les sujets vous intéressent, parce qu'une histoire vous fait sourire, parce qu'une expérience vous apprend quelque chose ou simplement parce que vous avez envie de savoir ce que je vais encore raconter.
Pas uniquement parce que :
« Ah, c'est le blog d'un aveugle. »
Oui, son auteur est aveugle.
C'est important.
Cela apporte parfois un regard particulier à ce que je raconte.
Mais la cécité fait partie de ma vie. Elle n'est pas le sujet de ma vie.
Et du côté des personnes aveugles ?
Je vais peut-être faire bomber encore quelques plumes avec ce passage.
Tant pis, j'assume.
Sur les réseaux sociaux, je vois évidemment beaucoup de publications concernant la cécité et l'accessibilité.
Certaines sont indispensables.
Des choses ne vont pas ? Parlons-en.
Une application devient inaccessible ? Disons-le.
Une situation pose problème ? Cherchons des solutions.
Mais parfois, j'ai aussi envie de dire :
parlez-nous de ce que vous aimez !
Vous aimez la musique ?
Parlez de musique.
Vous aimez l'art ?
Parlez d'art.
Vous aimez cuisiner ?
Racontez-nous ce que vous préparez.
Vous êtes passionné de radio ?
Parlez radio.
De sport ?
Parlez sport.
De voyage ?
Faites-nous voyager.
De technologie ?
Racontez-nous vos découvertes.
Et si demain vous avez quelque chose à dire sur l'accessibilité, dites-le aussi.
L'un n'empêche absolument pas l'autre.
Je force volontairement le trait, parce que les algorithmes des réseaux sociaux ont aussi tendance à nous montrer toujours davantage de ce que nous avons déjà regardé.
Mais notre vie ne peut quand même pas se résumer à :
« Cécité, accessibilité, ça ne va pas… aïe, aïe, aïe, au secours ! »
Nous avons aussi des passions, des opinions, des compétences, des envies, des coups de cœur et probablement quelques casseroles sur le feu.
Aveugle, mais capable
Au fond, le message que j'aimerais laisser est extrêmement simple.
Nous, personnes aveugles, sommes avant tout des êtres humains.
Avec nos capacités.
Nos défauts.
Nos passions.
Nos envies.
Nos compétences.
Nos limites aussi, évidemment.
Nous pouvons faire énormément de choses.
Certaines exactement de la même manière que les personnes voyantes.
D'autres avec quelques adaptations.
Et certaines ne nous intéresseront tout simplement jamais.
Comme tout le monde.
Alors si vous êtes voyant et que quelque chose vous intrigue, ne restez pas avec votre question.
Demandez.
« Comment tu fais ? »
Je vous répondrai volontiers.
Et si vous êtes aveugle et qu'une activité vous fait envie, osez également vous demander :
« Comment pourrais-je faire ? »
Il faudra peut-être adapter quelque chose.
Peut-être trouver les bonnes personnes.
Peut-être chercher le bon matériel.
Peut-être essayer plusieurs fois.
Mais ne décidez pas forcément que ce n'est pas pour vous avant même d'avoir cherché.
Et surtout, parlons aussi de ce qui nous passionne.
De voile.
De ski.
De radio.
De musique.
D'art.
De cuisine.
D'informatique.
Ou de n'importe quoi d'autre.
Et lorsqu'il faudra parler d'accessibilité, nous en parlerons aussi.
Parce qu'au fond, tout cela tient dans une formule que vous connaissez déjà si vous passez régulièrement par ici :
Aveugle, mais capable.
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